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main
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@@ -7,5 +7,8 @@
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||||
"archicrat-ia/chapitre-4/index.html": "Reset intentionnel des ancres après réimport DOCX et stabilisation doctrinale substantielle du chapitre 4 depuis la source officielle. Site neuf, sans annotations ni compatibilité descendante à préserver.",
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||||
"archicrat-ia/chapitre-5/index.html": "Reset intentionnel des ancres après réimport DOCX et stabilisation doctrinale substantielle du chapitre 5 depuis la source officielle. Site neuf, sans annotations ni compatibilité descendante à préserver.",
|
||||
"archicrat-ia/conclusion/index.html": "Reset intentionnel des ancres après réimport DOCX et révision substantielle de la conclusion depuis la source officielle. Site neuf, sans annotations ni compatibilité descendante à préserver."
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},
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"accepted_prefixes": {
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"glossaire/": "Reset intentionnel des ancres après révision substantielle des fiches paradigmes et doctrines du glossaire. Site neuf, sans annotations ni compatibilité descendante à préserver."
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}
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}
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@@ -14,6 +14,9 @@ const DIST_DIR = getArg("--dist", "dist");
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const BASELINE = getArg("--baseline", path.join("tests", "anchors-baseline.json"));
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const UPDATE = args.has("--update");
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const ACCEPT_GLOSSARY_RESETS =
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process.env.ACCEPT_GLOSSARY_ANCHOR_RESETS === "1";
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// Ex: 0.2 => 20%
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const THRESHOLD = Number(getArg("--threshold", process.env.ANCHORS_THRESHOLD ?? "0.2"));
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||||
const MIN_PREV = Number(getArg("--min-prev", process.env.ANCHORS_MIN_PREV ?? "10"));
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||||
@@ -74,24 +77,42 @@ function loadAllowMissing() {
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return new Set(arr.map(String));
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}
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function loadAcceptedResets() {
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function loadAnchorChurnAllowlist() {
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const p = path.resolve("config/anchor-churn-allowlist.json");
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if (!fssync.existsSync(p)) return {};
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if (!fssync.existsSync(p)) return { acceptedResets: {}, acceptedPrefixes: {} };
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const raw = fssync.readFileSync(p, "utf8").trim();
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if (!raw) return {};
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if (!raw) return { acceptedResets: {}, acceptedPrefixes: {} };
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const data = JSON.parse(raw);
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if (!data || typeof data !== "object" || Array.isArray(data)) {
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throw new Error("anchor-churn-allowlist.json must be an object");
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}
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const accepted = data.accepted_resets || {};
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if (!accepted || typeof accepted !== "object" || Array.isArray(accepted)) {
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const acceptedResets = data.accepted_resets || {};
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if (!acceptedResets || typeof acceptedResets !== "object" || Array.isArray(acceptedResets)) {
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throw new Error("anchor-churn-allowlist.json: accepted_resets must be an object");
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}
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return accepted;
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const acceptedPrefixes = data.accepted_prefixes || {};
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if (!acceptedPrefixes || typeof acceptedPrefixes !== "object" || Array.isArray(acceptedPrefixes)) {
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||||
throw new Error("anchor-churn-allowlist.json: accepted_prefixes must be an object");
|
||||
}
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return { acceptedResets, acceptedPrefixes };
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}
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function acceptedResetReasonForPage(page) {
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if (ACCEPTED_RESETS[page]) return ACCEPTED_RESETS[page];
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for (const [prefix, reason] of Object.entries(ACCEPTED_PREFIXES)) {
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if (page.startsWith(prefix)) return reason;
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}
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return null;
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}
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const ALLOW_MISSING = loadAllowMissing();
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const ACCEPTED_RESETS = loadAcceptedResets();
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const { acceptedResets: ACCEPTED_RESETS, acceptedPrefixes: ACCEPTED_PREFIXES } =
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loadAnchorChurnAllowlist();
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async function buildSnapshot() {
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const absDist = path.resolve(DIST_DIR);
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@@ -190,7 +211,7 @@ function diffPage(prevIds, curIds) {
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const prevN = prevIds.length || 1;
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const churn = (added.length + removed.length) / prevN;
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||||
const removedRatio = removed.length / prevN;
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const acceptedReason = ACCEPTED_RESETS[p] || null;
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||||
const acceptedReason = acceptedResetReasonForPage(p);
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console.log(
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||||
`~ ${p} prev=${prevIds.length} now=${curIds.length}` +
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@@ -27,16 +27,25 @@ navigation:
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compare: ["decisionnisme-souverain", "domination-legale-rationnelle", "cybernetique"]
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apply: ["audit-archicratique", "gouvernementalite-algorithmique"]
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L’agencement machinique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur des compositions hétérogènes de corps, signes, flux, machines, institutions et affects, sans centre souverain unique ni forme close préalable.
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L’agencement machinique désigne un paradigme de régulation fondé sur des agencements hétérogènes de flux, de machines, de signes, de corps et de dispositifs, sans centre souverain unique ni forme close préalable.
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## Ancrage théorique minimal
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L’ordre y est pensé comme composition, branchement, propagation, découplage et recomposition, plutôt que comme simple exécution d’une norme centrale.
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Chez Deleuze et Guattari, l’agencement ne désigne pas un simple assemblage d’éléments déjà constitués. Il désigne une composition opératoire dans laquelle des corps, des signes, des flux, des affects, des institutions, des techniques, des énoncés et des pratiques se connectent, se stabilisent provisoirement et produisent des effets réels.
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Le terme de « machine » ne doit donc pas être entendu au sens strictement technique ou mécanique. Une machine peut être sociale, sémiotique, désirante, institutionnelle, économique ou politique. Elle désigne moins un objet qu’un mode de production de relations, de prises, de contraintes, de circulations et de transformations.
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Dans *Mille plateaux*, Deleuze et Guattari distinguent notamment l’agencement machinique de corps et l’agencement collectif d’énonciation. Le premier concerne les compositions matérielles, corporelles, techniques et pratiques ; le second concerne les régimes de signes, de paroles, de catégories et d’énoncés qui rendent ces compositions exprimables, transmissibles ou gouvernables.
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L’intérêt du concept tient donc à ce qu’il permet de penser une régulation sans la réduire à un centre souverain, à une norme unique, à une intention subjective ou à une institution dominante. Une régulation peut émerger d’un branchement hétérogène entre dispositifs techniques, habitudes incorporées, langages administratifs, affects collectifs, protocoles, infrastructures, classements et pratiques ordinaires.
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L’usage archicratique du concept retient cette puissance descriptive, mais la déplace vers une question spécifique : comment ces prises composées deviennent-elles visibles, imputables, discutables et révisables ? Autrement dit, l’agencement machinique permet de comprendre comment une cratialité distribuée opère ; l’archicration demande à quelles conditions cette cratialité peut comparaître sur une scène d’épreuve.
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## Distinction
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L’agencement machinique ne se confond ni avec l’idée vague de réseau ni avec une pure horizontalité.
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Il désigne une logique de composition dans laquelle des éléments hétérogènes se connectent de manière productive et transforment les conditions mêmes de la régulation. La machine n’y est pas seulement technique ; elle est aussi sociale, sémiotique, institutionnelle et désirante.
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Il désigne une logique de composition dans laquelle des éléments hétérogènes se connectent de manière productive et transforment les conditions mêmes de la régulation. La machine y désigne donc une puissance de composition plutôt qu’un simple objet technique.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -49,17 +58,30 @@ Ce paradigme permet de penser :
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie y trouve une ressource majeure pour penser des régulations non réductibles à l’État, au droit ou à l’administration classique.
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L’archicratie trouve dans l’agencement machinique une ressource majeure pour penser des régulations non réductibles à l’État, au droit, à la norme centrale ou à l’administration classique.
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Elle s’en distingue néanmoins par son exigence de lisibilité et de comparution. Là où l’agencement machinique peut rester infra-institué, diffus ou difficilement adressable, l’archicratie demande encore comment ces prises se rendent visibles, disputables et révisables.
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L’agencement permet de comprendre comment une régulation peut émerger de branchements distribués : infrastructures techniques, chaînes institutionnelles, langages, affects, protocoles, automatismes, habitudes et dispositifs de capture.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : elle ne demande pas seulement comment les agencements fonctionnent, mais où, comment et devant qui leurs effets peuvent comparaître.
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Autrement dit, l’agencement machinique éclaire puissamment la cratialité distribuée ; l’archicration demande en plus la scène où cette cratialité devient exposable, contestable et transformable.
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## Limite archicratique
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Le gain deleuzo-guattarien est sa puissance descriptive des compositions hétérogènes.
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Le gain deleuzo-guattarien est considérable : il permet de décrire des compositions hétérogènes, mobiles, décentrées et productives, là où les modèles classiques cherchent souvent un centre, une norme ou une institution principale.
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Mais son angle mort est que l’agencement peut rester trop fluide, trop dispersé ou trop infra-scénique pour fournir à lui seul une théorie suffisante de la scène d’épreuve.
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Mais du point de vue archicratique, cette puissance descriptive laisse une difficulté ouverte. Un agencement peut produire des effets très réels tout en demeurant infra-scénique, diffus, non imputable ou difficilement adressable. Il peut expliquer comment une puissance circule sans toujours dire comment cette puissance peut être exposée, contestée, qualifiée ou transformée collectivement.
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L’archicratie y voit donc une ressource décisive pour penser la cratialité distribuée, mais non encore une formalisation suffisante de l’archicration.
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La question décisive devient alors : comment transformer une composition opératoire en scène d’épreuve ?
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C’est précisément là que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas l’agencement ; elle en reprend la puissance d’analyse des compositions distribuées, mais elle ajoute une exigence de comparution. Une régulation ne suffit pas à fonctionner : elle doit pouvoir être rendue lisible, disputable, révisable et co-viabilisable.
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Ainsi, l’agencement machinique éclaire la cratialité distribuée ; l’archicration cherche les conditions institutionnelles, symboliques et pratiques par lesquelles cette cratialité devient politiquement et collectivement traitable.
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## Références minimales
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- Gilles Deleuze et Félix Guattari, *L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie 1*, 1972.
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- Gilles Deleuze et Félix Guattari, *Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2*, 1980.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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related: ["figures-archicratiques", "archicratie", "arcalite", "cratialite", "scene-darchicration", "autarchicratie", "hypercratialite", "hyperarcalite", "institution-invisible", "autarchicration"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["obliteration-archicratique", "scene-empechee"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["figures-archicratiques", "archicratique", "archicratistique"]
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deepen: ["institution-invisible", "archidiagnostic", "monde-instituable"]
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||||
compare: ["hyperarcalite", "hypercratialite", "autarchicration"]
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apply: ["scene-darchicration", "audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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L’archicrate désigne la figure — individuelle, institutionnelle ou techno-organisationnelle — qui concentre une cratialité décisive sur la base d’une arcalité stabilisée, tout en neutralisant, filtrant ou capturant les scènes où cette puissance pourrait comparaître.
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@@ -5,7 +5,7 @@ aliases: ["Paradigme archicratique"]
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edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.1.0"
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definitionShort: "Méta-régime de régulation par lequel les sociétés humaines organisent la co-viabilité de leurs dynamiques internes à travers des compositions variables d’arcalité, de cratialité et d’archicration."
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||||
definitionShort: "Méta-régime critique de régulation par lequel une configuration collective articule ce qui la fonde, ce qui l’opère et ce qui la met à l’épreuve afin de tenir comme totalité sociale habitable."
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||||
concepts: ["archicratie", "arcalite", "cratialite", "archicration", "co-viabilite", "tension"]
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||||
links: []
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kind: "concept"
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@@ -24,8 +24,9 @@ navigation:
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compare: ["decisionnisme-souverain", "domination-legale-rationnelle", "gouvernance-des-communs"]
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apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
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L’archicratie désigne le méta-régime critique de régulation par lequel une configuration collective devient capable de tenir comme totalité sociale habitable : elle articule ce qui fonde, ce qui opère et ce qui met à l’épreuve.
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L’archicratie désigne le méta-régime de régulation par lequel les sociétés humaines organisent la co-viabilité de leurs dynamiques internes.
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Elle n’est ni un régime politique particulier, ni une doctrine, ni une simple méthode d’analyse. Elle constitue le niveau de lisibilité où les architectures matérielles, techniques, normatives, symboliques et organisationnelles d’une société peuvent être comprises à partir de leur capacité à rendre une régulation fondée, opérante, exposable et révisable.
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Elle ne correspond pas à une forme particulière de gouvernement. Elle renvoie au niveau plus profond où s’articulent les architectures matérielles, techniques, normatives, symboliques et organisationnelles qui permettent à une société de maintenir la continuité de son existence collective malgré les tensions qui la traversent.
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@@ -43,6 +44,20 @@ Elle désigne le niveau d’analyse à partir duquel on peut comprendre comment
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Elle ne doit donc pas être pensée comme un bloc homogène. Il existe au contraire une pluralité de formes archicratiques, selon les manières dont s’y composent les prises de fondation, les chaînes d’effectuation et les scènes d’épreuve.
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## Statut théorique
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L’archicratie possède un statut pluriel, mais hiérarchisé.
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Elle est d’abord un paradigme critique de la régulation : elle permet de déplacer l’analyse politique depuis les régimes visibles vers les architectures qui rendent les régulations effectivement tenables.
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Elle comporte ensuite une structure théorique interne, organisée autour de la triade arcalité, cratialité et archicration.
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Elle fonctionne également comme une heuristique d’enquête : devant tout dispositif, elle conduit à demander ce qui fonde, ce qui opère, où se situe la scène d’épreuve et si cette scène est réelle ou seulement figurée.
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Elle possède enfin une portée herméneutique et ontologique limitée : elle permet d’interpréter les configurations sociales à partir de leur capacité de tenue, sans prétendre fournir une métaphysique générale du politique.
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En ce sens, l’archicratie n’est pas seulement un concept descriptif. Elle est un opérateur de discernement de la tenue du social.
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## Structure conceptuelle
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La théorie archicratique distingue trois vecteurs fondamentaux présents dans toute organisation sociale complexe :
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "fondamental"
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related: ["archicratie", "archicration", "co-viabilite", "tension", "scene-depreuve", "archicratistique", "archidiagnostic"]
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opposedTo: ["desarchicratique"]
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seeAlso: ["scene-darchicration", "archicratisation", "monde-instituable"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["archicratie", "archicration", "archicratistique"]
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deepen: ["archicratisation", "scene-darchicration", "archidiagnostic"]
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||||
compare: ["desarchicratique", "autarchicratie", "archicration-obliteree"]
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||||
apply: ["audit-archicratique", "journal-de-justification", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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Archicratique qualifie ce qui relève d’une logique de régulation orientée vers la mise en forme, l’exposition, la révision et la tenue co-viable des tensions collectives.
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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related: ["archicratie", "archidiagnostic", "archicratique", "meta-regime-archicratique", "figures-archicratiques", "tension", "institution-invisible", "pensee-complexe"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["archeogenese", "co-viabilite", "scene-depreuve"]
|
||||
navigation:
|
||||
paths:
|
||||
understand: ["archicratique", "archicrate", "archidiagnostic"]
|
||||
deepen: ["archeogenese", "meta-regime-archicratique", "figures-archicratiques"]
|
||||
compare: ["pensee-complexe", "configuration-et-interdependance", "transduction-et-individuation"]
|
||||
apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
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||||
L’archicratistique désigne le champ d’analyse consacré à la description, à la comparaison et au diagnostic des architectures de régulation et de leurs formes de co-viabilité.
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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||||
related: ["scene-manquante", "institution-invisible", "hypotopie", "hypertopie", "synchrotopie", "archicration-obliteree", "archicration", "scene-darchicration"]
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||||
opposedTo: ["monde-instituable"]
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||||
seeAlso: ["scene-empechee", "cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic"]
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||||
navigation:
|
||||
paths:
|
||||
understand: ["hypotopie", "hypertopie", "synchrotopie"]
|
||||
deepen: ["scene-manquante", "institution-invisible", "monde-instituable"]
|
||||
compare: ["archicration-obliteree", "autarchicratie", "desarchicration"]
|
||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic", "audit-archicratique"]
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||||
L’atopie désigne l’absence d’un lieu assignable de comparution, de décision ou de contestation pour une régulation pourtant active et structurante.
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@@ -16,7 +16,7 @@ related: ["archicration", "autarchicratie", "archicration-obliteree", "scene-dep
|
||||
opposedTo: ["monde-instituable", "scene-depreuve"]
|
||||
seeAlso: ["institution-invisible"]
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||||
navigation:
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||||
primaryNext: "archicration-obliteree"
|
||||
primaryNext: "obliteration-archicratique"
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||||
primaryReason: "Une archicration capturée tend à devenir illisible et à perdre ses conditions de reconnaissance."
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---
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@@ -25,43 +25,66 @@ navigation:
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||||
understand: ["gouvernementalite", "co-viabilite", "tension"]
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deepen: ["gouvernementalite-algorithmique", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique"]
|
||||
compare: ["cybernetique", "preemption-algorithmique", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
|
||||
apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
|
||||
apply: ["regulation-technique-et-legitimation-democratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
|
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---
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La biopolitique désigne le paradigme dans lequel le pouvoir s’exerce sur les conditions de la vie collective : santé, natalité, mortalité, risque, sécurité, protection, prévention, optimisation des corps et des populations.
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La biopolitique désigne ici un paradigme d’analyse du pouvoir centré sur la prise en charge politique de la vie : santé, natalité, mortalité, risque, sécurité, protection, prévention, normalisation, optimisation des corps et administration des populations.
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Elle désigne le moment où la vie devient un objet central de calcul, de gestion et d’intervention politique.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Michel Foucault, la biopolitique désigne une transformation majeure du pouvoir moderne. Le pouvoir ne s’exerce plus seulement comme droit de souveraineté, c’est-à-dire comme pouvoir de faire mourir ou de laisser vivre. Il tend aussi à devenir un pouvoir de faire vivre, d’optimiser et de réguler les processus biologiques, sociaux et statistiques des populations.
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La biopolitique ne remplace donc pas simplement la souveraineté. Elle s’articule à elle, la déplace et la complète. Elle intervient à travers des dispositifs de savoir, de mesure, de sécurité, de normalisation, de prévention et d’optimisation. Ce qui devient gouvernable, ce ne sont plus seulement des sujets de droit, mais des populations : taux de mortalité, espérance de vie, fécondité, santé publique, circulation, risque, exposition, productivité, vulnérabilité.
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||||
Chez Giorgio Agamben, la biopolitique est radicalisée autour de la notion de vie nue : une vie exposée à la décision souveraine, incluse dans l’ordre juridico-politique sous la forme paradoxale de son exclusion. Là où Foucault insiste sur les dispositifs modernes de gestion de la vie, Agamben met davantage l’accent sur le lien entre souveraineté, exception et exposition de la vie.
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L’usage archicratique du concept retient ces deux apports, mais les déplace vers une question régulatrice : par quelles architectures, quelles prises, quelles chaînes opératoires et quelles scènes d’épreuve la vie devient-elle gouvernable, protégée, optimisée, exposée ou capturée ?
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## Distinction
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La biopolitique ne concerne pas seulement le soin ou la médecine.
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La biopolitique ne concerne pas seulement le soin, la médecine ou la santé publique.
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Elle désigne plus largement une transformation du pouvoir moderne : la régulation ne se contente plus d’interdire ou de punir, elle administre, classe, protège, surveille et optimise les vivants.
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Elle désigne plus largement une transformation du pouvoir : la régulation ne se contente plus d’interdire, de punir ou de commander ; elle administre, classe, mesure, protège, surveille, anticipe et optimise les conditions de la vie collective.
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Elle se distingue ainsi d’un pouvoir purement juridique ou purement souverain : ce qui compte n’est plus seulement la loi, mais la gestion continue des conditions d’existence.
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Elle se distingue donc d’un pouvoir purement juridique, centré sur la loi, et d’un pouvoir purement souverain, centré sur la décision. Ce qui compte ici n’est pas seulement l’obéissance à une règle, mais la gestion continue des conditions d’existence.
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## Fonction dans le paysage théorique
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La biopolitique permet de comprendre :
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- la gestion moderne des populations ;
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- les politiques sanitaires, assurantielles et sécuritaires ;
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- les corrélations entre savoir, statistique et gouvernement ;
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- les formes de pouvoir qui se présentent comme protectrices tout en produisant de nouvelles normativités.
|
||||
- l’articulation entre savoir, statistique, médecine, sécurité et gouvernement ;
|
||||
- les politiques sanitaires, assurantielles, préventives et sécuritaires ;
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- les formes de pouvoir qui se présentent comme protectrices tout en produisant de nouvelles normes ;
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- la manière dont la vie devient un objet de calcul, d’intervention et d’optimisation.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie prolonge ce diagnostic en se demandant à quelles architectures concrètes de régulation cette gestion de la vie est arrimée, et surtout dans quelles scènes elle peut encore être exposée, contestée ou révisée.
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L’archicratie prolonge le diagnostic biopolitique en demandant à quelles architectures concrètes cette gestion de la vie est arrimée.
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Autrement dit, la biopolitique décrit puissamment **ce sur quoi** porte une régulation moderne ; l’archicratie demande en plus **par quelles prises**, **dans quelles chaînes opératoires** et **avec quelles scènes d’épreuve** cette régulation devient co-viable ou, au contraire, opaque.
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La biopolitique montre puissamment que la vie devient un objet central de gouvernement. L’archicratie demande en plus par quelles prises cette gouvernementalité devient effective : institutions, indicateurs, seuils, protocoles, plateformes, expertises, normes sanitaires, dispositifs de tri, chaînes administratives, infrastructures de données ou systèmes automatisés.
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Elle demande aussi où ces régulations peuvent comparaître. Une politique de santé, un score de risque, un protocole de sécurité, une décision d’allocation ou une mesure de protection ne sont pas seulement des instruments techniques : ce sont des actes régulateurs qui affectent des formes de vie.
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La question archicratique devient alors : ces actes disposent-ils de scènes d’épreuve suffisantes ? Peuvent-ils être compris, contestés, révisés, justifiés et requalifiés par les personnes et collectifs qu’ils affectent ?
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## Limite archicratique
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Le gain biopolitique est sa lucidité sur la centralité politique du vivant.
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Le gain de la biopolitique est considérable : elle rend visible la centralité politique du vivant et montre que la protection peut elle-même devenir une forme de pouvoir.
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Mais son angle mort est qu’elle ne formalise pas toujours suffisamment les architectures de révision capables de faire comparaître les dispositifs qui administrent la vie.
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Mais, du point de vue archicratique, elle ne formalise pas toujours suffisamment les conditions de comparution des dispositifs qui administrent la vie. Elle décrit avec force les régimes de normalisation, de sécurité et de gestion des populations, mais elle ne dit pas toujours comment ces régimes peuvent être rendus lisibles, disputables, révisables et co-viabilisables.
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L’archicratie y voit donc un diagnostic majeur, mais non encore une théorie suffisante de la comparution régulatrice.
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C’est ici que l’archicratie ajoute une exigence propre. Elle ne se contente pas de demander comment la vie est gouvernée ; elle demande comment les architectures qui gouvernent la vie peuvent être exposées à une scène d’épreuve.
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La biopolitique éclaire donc ce sur quoi porte une régulation moderne : la vie, les corps, les populations, les risques, les vulnérabilités. L’archicratie demande par quelles chaînes cette régulation opère, quelles scènes la rendent contestable, et sous quelles conditions elle peut devenir co-viable plutôt qu’autarchicratique.
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## Références minimales
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- Michel Foucault, *Il faut défendre la société*, cours au Collège de France, 1975-1976.
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- Michel Foucault, *Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir*, 1976.
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||||
- Michel Foucault, *Sécurité, territoire, population*, cours au Collège de France, 1977-1978.
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||||
- Michel Foucault, *Naissance de la biopolitique*, cours au Collège de France, 1978-1979.
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- Giorgio Agamben, *Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue*, 1995.
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## Renvois
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@@ -75,3 +98,4 @@ L’archicratie y voit donc un diagnostic majeur, mais non encore une théorie s
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- [Régulation technique / légitimation démocratique](/glossaire/regulation-technique-et-legitimation-democratique/)
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- [Formes de vie / cadres d’habitabilité](/glossaire/formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite/)
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||||
- [Subsistance vivante / captation capitalistique](/glossaire/subsistance-vivante-et-captation-capitalistique/)
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||||
- [Exception souveraine](/glossaire/exception-souveraine/)
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||||
@@ -17,8 +17,8 @@ related: ["scene-depreuve", "scene-manquante", "scene-empechee", "hypertopie", "
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||||
opposedTo: ["obliteration-archicratique"]
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seeAlso: ["synchrotopie", "archicration-obliteree", "journal-de-justification"]
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navigation:
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primaryNext: "audit-archicratique"
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primaryReason: "La cartographie appelle un audit permettant de réintroduire des conditions de scène."
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primaryNext: "scene-manquante"
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primaryReason: "La cartographie débouche d’abord sur l’identification précise des scènes manquantes, avant toute réparation institutionnelle ou procédurale."
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La cartographie des scènes manquantes désigne le travail systématique qui consiste à repérer, dans un système d’IA ou dans une architecture décisionnelle, les lieux où se prennent réellement les décisions, les lieux où la parole existe sans prise réelle, et les lieux où de nouvelles scènes devraient être instituées.
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "cosmopolitique", "technodiversite-et-cosmotechnie", "transduction-et-individuation", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["egalisation-normative-et-differenciation-singuliere"]
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navigation:
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primaryNext: "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"
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primaryReason: "Les formes de vie et cadres d’habitabilité concrétisent la coexistence ontologique dans des conditions situées de tenue commune."
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paths:
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understand: ["tension", "archicration", "co-viabilite"]
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deepen: ["formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "cosmopolitique", "technodiversite-et-cosmotechnie"]
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||||
compare: ["souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "egalisation-normative-et-differenciation-singuliere"]
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apply: ["scene-depreuve", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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La tension entre co-existence ontologique et nécessité régulatrice désigne le conflit structurel entre, d’un côté, l’hétérogénéité radicale des êtres, des formes de vie, des cultures, des régimes cognitifs ou des entités impliquées dans un monde commun, et, de l’autre, la nécessité d’instituer malgré tout une scène de régulation partageable.
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@@ -25,34 +25,76 @@ navigation:
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||||
understand: ["tension", "co-viabilite", "theorie-de-la-resonance"]
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||||
deepen: ["configuration-et-interdependance", "transduction-et-individuation", "agencement-machinique"]
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||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "pluralite-natalite-action"]
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apply: ["scene-depreuve", "archicration", "audit-archicratique"]
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apply: ["scene-depreuve", "archicration", "pluralite-natalite-action"]
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||||
Le conatus et la multitude désignent ici un paradigme immanent de régulation dans lequel la tenue du collectif dépend des affects, des puissances d’agir et des compositions mouvantes d’une pluralité de singularités interdépendantes.
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||||
Le conatus et la multitude désignent un paradigme immanent de régulation dans lequel la tenue du collectif dépend des affects, des puissances d’agir et des compositions mouvantes d’une multitude de singularités interdépendantes.
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||||
L’ordre n’y est pas conçu comme application d’une norme transcendante, mais comme résultante toujours instable de puissances, d’affections et de compositions plus ou moins viables.
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L’ordre n’y est pas conçu comme simple application d’une norme transcendante, mais comme résultante toujours instable de puissances, d’affections et de compositions plus ou moins viables.
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## Ancrage théorique minimal
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||||
Chez Baruch Spinoza, le conatus désigne l’effort par lequel chaque être persévère dans son être. Il ne s’agit pas d’une simple volonté subjective, mais d’une dynamique ontologique fondamentale : chaque mode d’existence tend à maintenir et augmenter sa puissance d’agir, en fonction des affects qui le traversent.
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Les affects jouent ici un rôle central. Ils modulent la puissance d’agir : certains augmentent cette puissance (joie), d’autres la diminuent (tristesse). La régulation ne se comprend donc pas d’abord en termes de norme ou de loi, mais en termes de composition affective et de variation de puissance.
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||||
Chez Antonio Negri, la notion de multitude désigne une pluralité de singularités irréductibles à une unité souveraine. Contrairement au peuple, qui suppose une forme d’unification politique, la multitude reste multiple, hétérogène et traversée de tensions. Elle est capable de produire du commun sans passer nécessairement par une centralisation étatique.
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||||
L’intérêt de ce paradigme tient à ce qu’il permet de penser une régulation immanente : l’ordre collectif émerge de la composition des puissances individuelles et collectives, sans fondation transcendante ni instance souveraine unique.
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||||
L’usage archicratique de ce cadre retient cette puissance d’analyse des dynamiques affectives et relationnelles, mais la déplace vers une question spécifique : comment ces variations de puissance deviennent-elles observables, qualifiables, discutables et transformables dans des dispositifs concrets de régulation ?
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## Distinction
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Ce paradigme ne renvoie ni à une foule indistincte ni à une spontanéité sans forme.
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Le **conatus** désigne l’effort par lequel chaque être persévère dans son être, tandis que la **multitude** désigne une pluralité de puissances qui ne se laisse pas réduire à une unité souveraine simple. La régulation y est immanente, affective, relationnelle.
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Le conatus ne désigne pas une simple intention individuelle, mais une dynamique de persévérance et de variation de puissance inscrite dans des relations. La multitude ne désigne pas un agrégat chaotique, mais une pluralité structurée par des interdépendances, des conflits, des alliances et des compositions.
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La régulation y est immanente, affective et relationnelle : elle procède de la manière dont les puissances s’ajustent, se renforcent ou s’entravent.
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Il se distingue ainsi du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui recentre l’ordre dans l’acte de trancher, et de l’[Exception souveraine](/glossaire/exception-souveraine/), qui fait de la suspension un point culminant de tenue.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- les dynamiques affectives du collectif ;
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- la puissance des compositions immanentes ;
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- la variation des puissances d’agir ;
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- les compositions et recompositions de la multitude ;
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- la conflictualité interne des rapports de force ;
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- l’émergence d’ordres non fondés sur une transcendance politique centrale.
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- l’émergence d’ordres sans fondation transcendante centrale.
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## Rapport à l’archicratie
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L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) peut y trouver un point d’appui pour penser la régulation comme organisation de tensions réelles entre puissances relationnelles.
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L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) trouve dans ce paradigme une ressource décisive pour penser la régulation comme organisation de tensions réelles entre puissances relationnelles et affectives.
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Mais elle s’en distingue en demandant comment ces compositions deviennent objectivables, transmissibles et comparables. Là où le paradigme du conatus et de la multitude insiste sur l’immanence, l’archicratie insiste aussi sur les architectures qui rendent cette immanence politiquement et institutionnellement soutenable.
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Il permet notamment de comprendre que toute régulation repose sur des équilibres instables de puissances, et que la viabilité dépend de la manière dont ces puissances peuvent coexister, s’ajuster et se transformer.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire. Là où le paradigme du conatus et de la multitude insiste sur l’immanence des dynamiques, l’archicratie demande par quelles architectures ces dynamiques deviennent :
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- observables ;
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- qualifiables ;
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- transmissibles ;
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- discutables ;
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- révisables.
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Autrement dit, le paradigme éclaire la production immanente de la cratialité ; l’archicration cherche les conditions dans lesquelles cette cratialité peut être exposée sur une scène d’épreuve.
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## Limite archicratique
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Le gain du paradigme est sa capacité à penser la puissance des dynamiques immanentes et affectives sans les réduire à une instance souveraine.
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Mais, du point de vue archicratique, il laisse une difficulté ouverte : une variation de puissance, un affect collectif ou une dynamique de multitude peuvent produire des effets très réels tout en restant difficiles à objectiver, à attribuer ou à traiter politiquement.
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La question devient alors : comment passer d’une dynamique immanente de puissance à une régulation capable de se rendre visible, de se justifier et de se transformer collectivement ?
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C’est précisément là que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas l’immanence ; elle cherche à en construire les conditions de comparution.
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## Références minimales
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- Baruch Spinoza, *Éthique*, 1677.
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- Antonio Negri, *L’Anomalie sauvage*, 1981.
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||||
- Michael Hardt et Antonio Negri, *Empire*, 2000.
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||||
- Michael Hardt et Antonio Negri, *Multitude*, 2004.
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## Renvois
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@@ -63,3 +105,5 @@ Mais elle s’en distingue en demandant comment ces compositions deviennent obje
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- [Configuration et interdépendance](/glossaire/configuration-et-interdependance/)
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- [Agencement machinique](/glossaire/agencement-machinique/)
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- [Exception souveraine](/glossaire/exception-souveraine/)
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- [Pluralité, natalité, action](/glossaire/pluralite-natalite-action/)
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||||
- [Théorie de la résonance](/glossaire/theorie-de-la-resonance/)
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@@ -25,18 +25,32 @@ navigation:
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understand: ["co-viabilite", "tension", "conatus-et-multitude"]
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deepen: ["transduction-et-individuation", "pensee-complexe", "fait-social-total"]
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compare: ["decisionnisme-souverain", "domination-legale-rationnelle", "theorie-de-la-justification"]
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apply: ["regime-de-co-viabilite", "audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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apply: ["regime-de-co-viabilite", "regulation-morphogenetique-des-interdependances", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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La configuration et l’interdépendance désignent un paradigme de régulation dans lequel les formes sociales émergent de chaînes d’interdépendance, de contraintes réciproques et de configurations évolutives qui transforment les acteurs autant qu’elles les lient.
|
||||
La configuration et l’interdépendance désignent ici un paradigme de régulation dans lequel les formes sociales émergent de chaînes d’interdépendance, de contraintes réciproques et de configurations évolutives qui transforment les acteurs autant qu’elles les lient.
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La société n’y est pas pensée comme somme d’unités séparées ni comme produit d’un pur décret fondateur, mais comme un tissu de dépendances mutuelles en transformation.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Norbert Elias, la société ne se comprend ni comme simple somme d’individus isolés, ni comme totalité abstraite placée au-dessus d’eux. Elle se comprend comme configuration : une figuration évolutive d’interdépendances dans lequel les individus sont pris, agissent, se contraignent mutuellement et se transforment.
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Une configuration n’est donc pas une structure figée. Elle désigne une forme relationnelle dynamique : famille, cour, État, marché, institution, champ professionnel, appareil administratif ou chaîne technique peuvent être compris comme des configurations dès lors qu’ils organisent des dépendances réciproques entre acteurs.
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L’interdépendance signifie que les trajectoires des acteurs ne sont jamais entièrement séparables. Chacun dépend des autres pour agir, se maintenir, obtenir des ressources, être reconnu, exercer une fonction ou stabiliser sa position. Ces dépendances produisent des contraintes qui ne viennent pas seulement d’un ordre extérieur, mais de la forme même des relations.
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La notion d’autocontrainte est ici décisive. Elias montre que les contraintes sociales finissent par être incorporées : manières de se tenir, de parler, de désirer, de se contrôler, de différer ses impulsions. Le processus de civilisation désigne précisément cette transformation historique des contraintes externes en autocontraintes intériorisées.
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L’usage archicratique de ce paradigme retient cette puissance d’analyse processuelle : une régulation n’est pas seulement une règle imposée ; elle est une configuration d’interdépendances, de contraintes, d’habitudes, de médiations et de chaînes d’action. Mais l’archicratie ajoute une question spécifique : où ces configurations peuvent-elles être rendues visibles, discutables et révisables ?
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## Distinction
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Ce paradigme ne se réduit ni à l’interaction immédiate ni à une simple théorie des réseaux.
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La **configuration** désigne une forme relationnelle évolutive, l’**interdépendance** désigne la liaison réciproque des trajectoires, et l’**autocontrainte** désigne la manière dont les acteurs intériorisent des contraintes produites par ces configurations elles-mêmes.
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||||
La configuration désigne une forme relationnelle évolutive. L’interdépendance désigne la liaison réciproque des trajectoires. L’autocontrainte désigne la manière dont les contraintes produites par ces relations sont incorporées par les acteurs eux-mêmes.
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Il ne s’agit donc pas seulement de dire que “tout est lié”. Il s’agit de comprendre comment certaines formes de liaison produisent des ordres durables, des hiérarchies, des dépendances, des possibilités d’action, mais aussi des blocages, des asymétries et des transformations historiques.
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Ce paradigme se distingue du décisionnisme souverain, qui cherche le fondement de l’ordre dans l’acte de décision. Il se distingue aussi d’une conception purement juridique de la régulation, qui réduit l’ordre à des normes explicites. Ici, l’ordre se forme dans la durée, par chaînes de dépendances, ajustements réciproques et transformations incorporées.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -45,19 +59,43 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la genèse processuelle des formes sociales ;
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- la montée en complexité des interdépendances ;
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||||
- les contraintes émergentes qui pèsent sur les acteurs ;
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- la manière dont les sociétés se configurent historiquement.
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||||
- la transformation historique des conduites ;
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- l’incorporation progressive des normes, attentes et autocontrôles ;
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||||
- la manière dont les sociétés se configurent sans dépendre d’un centre unique.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rejoint ici l’idée qu’un ordre tient par l’organisation de dépendances, de tensions et de formes de coordination de plus en plus complexes.
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L’archicratie trouve dans Elias une ressource majeure pour penser la régulation comme forme historique d’interdépendance.
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Elle s’en distingue en cherchant à expliciter comment ces configurations deviennent non seulement effectives, mais aussi lisibles, comparables et politiquement réouvrables. La configuration éclaire le processus ; l’archicratie ajoute la question de la comparution et de la co-viabilité.
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Une architecture régulatrice ne tient pas seulement parce qu’une norme est proclamée ou qu’une institution commande. Elle tient parce que des acteurs, des dispositifs, des habitudes, des attentes, des ressources et des contraintes se configurent ensemble.
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Ce paradigme permet donc de comprendre la dimension morphogénétique de la régulation : les formes sociales ne sont pas simplement appliquées ; elles se produisent, se stabilisent et se transforment à travers des chaînes d’interdépendance.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire. Elle demande non seulement comment une configuration se forme, mais comment elle peut comparaître.
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Autrement dit : une configuration peut structurer puissamment les conduites tout en demeurant peu visible pour ceux qu’elle affecte. Elle peut produire des dépendances, des asymétries et des autocontraintes sans offrir de scène claire où ces effets puissent être discutés, contestés ou révisés.
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La configuration éclaire donc la formation processuelle de l’ordre ; l’archicration demande les conditions dans lesquelles cet ordre devient lisible, disputable et co-viabilisable.
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## Limite archicratique
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Le gain eliasien est sa puissance morphogénétique.
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Le gain eliasien est considérable : il permet de penser les régulations comme processus historiques, relationnels et incorporés, plutôt que comme simples décisions ou normes abstraites.
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Mais son angle mort est qu’il formalise peu les lieux où la régulation peut être rendue publiquement disputable. L’interdépendance explique la formation de l’ordre ; elle n’explicite pas encore suffisamment les scènes où cet ordre peut être repris.
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||||
Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse une difficulté ouverte. Il explique puissamment comment les interdépendances produisent des formes sociales, mais il formalise moins les scènes où ces formes peuvent être publiquement reprises.
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||||
Une configuration peut être réelle, efficace et durable sans être immédiatement lisible. Elle peut contraindre sans se déclarer comme pouvoir. Elle peut transformer les conduites sans offrir de lieu où cette transformation puisse être mise en débat.
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La question archicratique devient alors : comment transformer une configuration d’interdépendance en objet de comparution ?
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C’est ici que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas la logique configurationnelle ; elle cherche à déterminer les conditions dans lesquelles les interdépendances peuvent être cartographiées, qualifiées, discutées et réinstituées.
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||||
## Références minimales
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||||
- Norbert Elias, *Über den Prozess der Zivilisation*, 1939.
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||||
- Norbert Elias, *La Société de cour*, 1969.
|
||||
- Norbert Elias, *Qu’est-ce que la sociologie ?*, 1970.
|
||||
- Norbert Elias, Engagement et distanciation, 1983.
|
||||
- Norbert Elias, *La Société des individus*, 1987.
|
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||||
## Renvois
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@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Thomas Hobbes"]
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comparisonTraditions: ["contractualisme classique", "philosophie politique moderne", "théorie de la souveraineté"]
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||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
|
||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Doctrine fondatrice faisant de la sortie de la guerre de tous contre tous et de l’institution d’un souverain garant de la sécurité le principe premier de l’ordre politique."
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||||
concepts: ["contractualisme-hobbesien", "souverainete", "ordre", "securite", "contrat", "tension"]
|
||||
links: []
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||||
@@ -18,23 +18,38 @@ level: "fondamental"
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||||
related: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "archicratie", "archicration", "tension", "co-viabilite", "domination-legale-rationnelle", "droit-naturel-et-propriete"]
|
||||
opposedTo: ["volonte-generale", "democratie-deliberative", "gouvernance-des-communs"]
|
||||
seeAlso: ["gouvernementalite", "volonte-generale"]
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navigation:
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||||
primaryNext: "droit-naturel-et-propriete"
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||||
primaryReason: "Le droit naturel et propriété prolonge Hobbes vers la question de l’appropriation, de la sécurité et du fondement juridico-politique."
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paths:
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||||
understand: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "droit-naturel-et-propriete"]
|
||||
deepen: ["volonte-generale", "domination-legale-rationnelle", "democratie-deliberative"]
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||||
compare: ["archicration", "co-viabilite", "dissensus-politique"]
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apply: ["scene-depreuve", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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Le contractualisme hobbesien désigne ici une doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique tire sa légitimité première de sa capacité à conjurer la conflictualité destructrice et à garantir la sécurité commune.
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||||
Le contractualisme hobbesien désigne la doctrine selon laquelle l’ordre politique tire sa légitimité première de sa capacité à conjurer la conflictualité destructrice et à garantir la sécurité commune.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans cette perspective, le problème premier n’est ni la participation, ni la délibération, ni la pluralité des scènes de justification. Le problème premier est la désagrégation possible du collectif. L’ordre vaut donc d’abord comme puissance de pacification.
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Chez Thomas Hobbes, le problème politique fondamental est celui de la guerre civile et de la désagrégation de l’ordre commun. Dans l’état de nature, les individus disposent d’une liberté telle qu’aucune autorité commune ne vient stabiliser durablement leurs rapports.
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||||
La formule de la “guerre de tous contre tous” ne décrit pas seulement un chaos permanent ; elle désigne une situation d’insécurité structurelle où chacun peut craindre autrui, anticiper l’agression et chercher à se protéger par avance.
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Le contrat institue alors une autorité commune : le souverain. Les individus autorisent une puissance souveraine à une instance capable d’imposer la paix, de fixer la loi et de garantir la sécurité.
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L’ordre politique naît donc d’un impératif de pacification. La légitimité du pouvoir tient d’abord à sa capacité à empêcher le retour de la guerre civile.
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## Distinction
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Cette doctrine ne pense pas la politique depuis la pluralité du commun, mais depuis le risque de son effondrement.
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Le contrat n’y est pas principalement une procédure dialogique. Il est l’opération fondatrice par laquelle les individus transfèrent leur puissance à une autorité commune capable d’imposer un cadre stable.
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Le contrat n’y est pas principalement une procédure dialogique. Il est l’opération fondatrice par laquelle les individus autorisent une puissance commune capable de les contraindre au nom de leur conservation.
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Elle se distingue donc :
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Elle se distingue ainsi :
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- de la [Volonté générale](/glossaire/volonte-generale/), qui pense la légitimité depuis l’auto-législation du peuple ;
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- de la [Volonté générale](/glossaire/volonte-generale/), qui pense la légitimité depuis l’auto-législation collective ;
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- de la [Démocratie délibérative](/glossaire/democratie-deliberative/), qui insiste sur la justification publique ;
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- de la [Gouvernance des communs](/glossaire/gouvernance-des-communs/), qui privilégie des régulations distribuées.
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- de la [Gouvernance des communs](/glossaire/gouvernance-des-communs/), qui privilégie des régulations distribuées et situées.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -43,29 +58,39 @@ Le contractualisme hobbesien constitue une matrice majeure de pensée de l’ord
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Il permet de penser :
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- la centralité de la sécurité ;
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- la peur comme opérateur de fondation politique ;
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- la nécessité d’un principe d’unification ;
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- la relation entre peur, désordre et fondation de l’autorité ;
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- la sortie de la conflictualité destructrice ;
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- la relation entre conservation, souveraineté et obéissance ;
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- la tendance à reconduire la régulation à une fonction de pacification verticale.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie se distingue du contractualisme hobbesien en ce qu’elle ne réduit pas la tenue d’un ordre à l’unité souveraine ni à la seule sortie du chaos.
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L’archicratie reconnaît la puissance du problème hobbesien : aucun ordre collectif ne peut tenir si la conflictualité devient absolument destructrice.
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Elle déplace l’analyse :
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Mais elle se distingue du contractualisme hobbesien en refusant de réduire la tenue de l’ordre à l’unité souveraine ou à la seule pacification.
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- du contrat fondateur vers les architectures de régulation ;
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- de la centralisation de la souveraineté vers la composition d’arcalités, de cratialités et de scènes ;
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- de la simple pacification vers la [Co-viabilité](/glossaire/co-viabilite/) des tensions.
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Du point de vue archicratique, Hobbes produit une arcalité forte : fondation, autorisation, souveraineté, sécurité. Il produit aussi une cratialité puissante : capacité d’imposer la loi, de contraindre, de pacifier et de stabiliser.
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Du point de vue archicratique, Hobbes voit puissamment le besoin de tenue, mais il ne distingue pas encore nettement régulation et domination. Sa cratialité est coercitive, son arcalité totalisante, et son archicration demeure quasi absente. Cette limite est explicitement soulignée dans le chapitre 3.
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Mais l’archicration demeure faible. La scène de contestation, de révision et de co-viabilisation reste largement subordonnée à l’impératif de sécurité.
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Autrement dit, Hobbes voit puissamment la nécessité de tenir ; l’archicratie demande en plus comment cette tenue peut rester visible, disputable, révisable et co-viable.
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## Limite archicratique
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Le gain hobbesien est clair : il rend pensable la nécessité d’un ordre fort lorsque la désagrégation menace.
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Le gain hobbesien est considérable : il rend pensable la nécessité d’un ordre commun lorsque la désagrégation menace.
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Mais son angle mort est tout aussi clair : la sécurité risque d’absorber la scène, et la fondation de se substituer à toute révision ultérieure.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est majeur. La sécurité peut absorber la scène. La fondation peut se substituer à la révision. La pacification peut neutraliser les tensions au lieu de les rendre politiquement traitables.
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Le contractualisme hobbesien demeure ainsi une doctrine fondatrice décisive, mais insuffisante pour penser une régulation tensionnelle, modulante et révisable.
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La question archicratique devient alors : comment empêcher que la nécessité de tenir devienne justification d’une fermeture durable ?
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Le contractualisme hobbesien demeure donc une doctrine fondatrice décisive, mais insuffisante pour penser une régulation tensionnelle, modulante, révisable et orientée vers la co-viabilité.
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## Références minimales
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||||
- Thomas Hobbes, *Leviathan*, 1651.
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- Thomas Hobbes, *De Cive*, 1642.
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||||
- Thomas Hobbes, *The Elements of Law*, 1640.
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## Renvois
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@@ -25,13 +25,25 @@ navigation:
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understand: ["coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "co-viabilite"]
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||||
deepen: ["technodiversite-et-cosmotechnie", "theorie-de-lacteur-reseau", "configuration-et-interdependance"]
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||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "gouvernance-des-communs", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales"]
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||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique", "regime-de-co-viabilite"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "regime-de-co-viabilite"]
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La cosmopolitique désigne un paradigme politique selon lequel les collectifs humains ne peuvent pas instituer un ordre commun en faisant comme si seuls comptaient les acteurs humains déjà reconnus dans les formats politiques ordinaires.
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Elle propose au contraire de penser les situations comme des compositions plus vastes, impliquant des milieux, des êtres, des techniques, des attachements, des formes de vie et parfois des mondes hétérogènes qui ne se laissent pas aisément rabattre sur une scène politique préformée.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Isabelle Stengers, la cosmopolitique ne désigne pas un cosmopolitisme universel au sens classique. Elle ne suppose pas un monde commun déjà donné, ni une humanité abstraite capable de se reconnaître immédiatement dans les mêmes catégories.
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Elle désigne plutôt une exigence de composition prudente entre des êtres, des pratiques, des savoirs, des milieux et des attachements hétérogènes. Le « cosmos » n’y renvoie pas à une totalité harmonieuse, mais à l’insistance de ce qui trouble les partages établis du politique : vivants, milieux, techniques, collectifs non humains, savoirs minorés, interdépendances écologiques, modes d’existence et conséquences non prises en charge.
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La cosmopolitique oblige donc à ralentir la décision. Elle demande que l’on ne transforme pas trop vite une situation en simple problème administrable, calculable ou arbitrable selon des critères déjà disponibles.
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Son enjeu n’est pas d’ajouter mécaniquement de nouveaux représentants à une scène politique inchangée, mais de transformer les conditions mêmes de la scène : qui ou quoi compte, selon quelles médiations, avec quelles précautions, et au nom de quels effets sur les mondes engagés ?
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L’usage archicratique du concept retient cette exigence de composition entre mondes hétérogènes, mais la déplace vers une question régulatrice : comment instituer des scènes où cette pluralité puisse devenir lisible, opposable, discutable et révisable sans être réduite à une métrique unique ?
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## Distinction
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La cosmopolitique ne se réduit ni à un universalisme généreux, ni à une simple écologie morale, ni à une extension rhétorique du politique.
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@@ -87,6 +99,13 @@ Mais son angle mort possible est de ne pas toujours expliciter suffisamment les
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L’archicratie prolonge alors cette intuition en demandant comment instituer des scènes capables de faire comparaître des mondes hétérogènes sans les écraser sous une métrique unique ni les abandonner à une coexistence purement descriptive.
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## Références minimales
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- Isabelle Stengers, *Cosmopolitiques I. La guerre des sciences*, 1996-1997
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||||
- Isabelle Stengers, *Cosmopolitiques II. Pour en finir avec la tolérance*, 1997.
|
||||
- Isabelle Stengers, *Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient*, 2009.
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||||
- Bruno Latour, *Politiques de la nature*, 1999.
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## Renvois
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- [Archicratie](/glossaire/archicratie/)
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@@ -27,44 +27,70 @@ navigation:
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compare: ["technodiversite-et-cosmotechnie", "pensee-complexe", "biopolitique"]
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apply: ["regulation-technique-et-legitimation-democratique", "audit-archicratique", "journal-de-justification"]
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La cybernétique désigne ici un paradigme de régulation centré sur les flux d’information, les boucles de rétroaction, le pilotage, la correction des écarts et l’adaptation des systèmes.
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La cybernétique désigne le paradigme selon lequel un système peut être compris et gouverné à partir de ses flux d’information, de ses boucles de rétroaction, de ses écarts et de ses mécanismes de correction.
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## Ancrage théorique minimal
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Elle constitue une matrice générale de pensée du pilotage, du contrôle et de l’adaptation.
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Chez Norbert Wiener, la cybernétique se définit comme science du contrôle et de la communication dans l’animal et la machine. Son apport majeur consiste à penser des systèmes capables de se réguler à partir d’informations sur leurs propres effets.
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La notion décisive est celle de rétroaction. Un système reçoit des informations sur son état, mesure un écart par rapport à une cible, puis ajuste son comportement en conséquence. La régulation n’est donc plus seulement conçue comme commandement extérieur, mais comme boucle dynamique d’observation, de correction et d’adaptation.
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La cybernétique a ainsi profondément transformé les manières de penser le vivant, la machine, l’organisation, l’administration, la décision, la communication et les systèmes techniques. Elle fournit une grammaire générale du pilotage : capter des signaux, traiter de l’information, corriger des écarts, stabiliser un comportement, optimiser une trajectoire.
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Son usage archicratique est décisif : elle permet de comprendre comment une cratialité peut devenir opérationnelle dans des dispositifs de mesure, de feedback, de contrôle, de surveillance, de correction et d’optimisation. Mais elle appelle immédiatement une question critique : qui fixe les objectifs, les seuils, les indicateurs et les critères de correction ?
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## Distinction
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La cybernétique ne se réduit pas à l’informatique.
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La cybernétique ne se réduit ni à l’informatique ni à l’automatisation.
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Elle fournit une forme générale d’intelligibilité dans laquelle la régulation est pensée comme ajustement dynamique d’un système à partir d’informations sur ses propres écarts.
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Elle désigne une manière de penser la régulation comme ajustement dynamique d’un système à partir d’informations produites par ses propres écarts. Elle peut concerner une machine, un organisme, une organisation, une administration, une infrastructure, une plateforme numérique ou un système social.
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||||
Elle se distingue d’une souveraineté fondatrice comme d’une simple légalité procédurale : elle pense le pouvoir depuis l’ajustement, le monitoring et la correction.
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Elle se distingue d’une souveraineté fondatrice, qui pense l’ordre depuis la décision, et d’une légalité procédurale, qui pense l’ordre depuis la règle. La cybernétique pense l’ordre depuis la boucle : observation, information, correction, adaptation.
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## Fonction dans le paysage théorique
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La cybernétique joue un rôle décisif dans la formation des imaginaires contemporains de régulation :
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Ce paradigme permet de penser :
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- monitorer ;
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- corriger ;
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- optimiser ;
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- stabiliser ;
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- ajuster en temps réel.
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- les boucles de rétroaction ;
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- les dispositifs de pilotage ;
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- la correction continue des écarts ;
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- l’optimisation des systèmes ;
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- la régulation par indicateurs ;
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- les formes contemporaines de monitoring ;
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- les infrastructures techniques, logistiques, administratives et numériques.
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Elle éclaire tout particulièrement les dispositifs techniques, logistiques, informatiques et organisationnels.
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Ce paradigme éclaire particulièrement les systèmes où la décision n’apparaît plus comme un acte ponctuel, mais comme un processus continu d’ajustement.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie dialogue étroitement avec la cybernétique, car elle aussi prend au sérieux la tension, la régulation et l’ajustement.
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L’archicratie dialogue étroitement avec la cybernétique, car elle prend elle aussi au sérieux la régulation, la tension, l’ajustement et les conditions de stabilité d’un système.
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Mais elle s’en distingue par son insistance sur la scène, la justification et la comparution. Là où la cybernétique privilégie l’efficacité des boucles de pilotage, l’archicratie interroge la visibilité des prises, la révisabilité des architectures et la co-viabilité des régulations.
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Mais elle s’en distingue par une exigence centrale : la comparution.
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Là où la cybernétique demande comment un système se corrige, l’archicratie demande où, comment et devant qui les critères de correction peuvent être exposés, discutés et révisés.
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Une boucle de rétroaction peut être efficace sans être juste : elle peut optimiser un indicateur tout en dégradant les formes de vie qu’elle prétend servir. Elle peut être stable sans être légitime.
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La question archicratique devient donc : les boucles de pilotage disposent-elles de scènes d’épreuve ? Leurs objectifs sont-ils lisibles ? Leurs seuils sont-ils contestables ? Leurs effets sont-ils révisables ? Leurs arbitrages sont-ils justifiables ?
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## Limite archicratique
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Le gain cybernétique est sa capacité à penser la correction continue.
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Le gain cybernétique est considérable : elle permet de penser la régulation comme processus dynamique, informé, adaptatif et corrigible.
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Mais son angle mort est majeur : la boucle peut fonctionner parfaitement tout en soustrayant ses critères, ses objectifs et ses arbitrages à toute scène d’épreuve.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est majeur. Une boucle peut fonctionner parfaitement tout en soustrayant ses finalités, ses critères, ses seuils et ses arbitrages à toute scène de comparution.
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L’archicratie ne refuse donc pas la cybernétique ; elle refuse qu’elle devienne l’unique grammaire de la régulation.
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La cybernétique sait très bien corriger un écart ; elle dit moins clairement qui définit l’écart pertinent, au nom de quoi il doit être corrigé, et qui peut contester la cible retenue.
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C’est ici que l’archicratie intervient. Elle ne refuse pas la cybernétique ; elle refuse qu’elle devienne l’unique grammaire de la régulation.
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Une régulation ne doit pas seulement être capable de feedback. Elle doit aussi être capable de justification, de contestation, de révision et de co-viabilisation.
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## Références minimales
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- Norbert Wiener, *Cybernetics: Or Control and Communication in the Animal and the Machine*, 1948.
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||||
- Norbert Wiener, *The Human Use of Human Beings*, 1950.
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||||
- W. Ross Ashby, *An Introduction to Cybernetics*, 1956.
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||||
- Stafford Beer, *Cybernetics and Management*, 1959.
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## Renvois
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@@ -1,13 +1,13 @@
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title: "Décisionnisme souverain"
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term: "Décisionnisme souverain"
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aliases: ["Décisionnisme", "Doctrine décisionniste", "Exception souveraine"]
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aliases: ["Décisionnisme", "Doctrine décisionniste"]
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urlAliases: ["decisionnisme-souverain"]
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mobilizedAuthors: ["Carl Schmitt"]
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comparisonTraditions: ["décisionnisme", "théorie de la souveraineté", "théologie politique"]
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||||
edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
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version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique se constitue ultimement dans la capacité souveraine à décider de l’exception, à suspendre la norme et à imposer un cadre sans médiation dialogique."
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||||
concepts: ["decisionnisme-souverain", "decision", "exception", "souverainete", "theologie-politique"]
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links: []
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@@ -27,48 +27,66 @@ navigation:
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compare: ["democratie-deliberative", "dissensus-politique", "gouvernance-des-communs"]
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apply: ["audit-archicratique", "scene-depreuve"]
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||||
Le décisionnisme souverain désigne ici une doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique se constitue ultimement dans la capacité souveraine à décider de l’exception, à suspendre la norme et à imposer un cadre sans médiation dialogique.
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||||
Le décisionnisme souverain désigne la doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique se constitue ultimement dans la capacité souveraine à décider de l’exception, à suspendre la norme et à imposer un cadre sans médiation dialogique.
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## Ancrage théorique minimal
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Il ne pense pas le pouvoir depuis la règle, mais depuis l’exception ; non depuis la loi, mais depuis la capacité à la suspendre.
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Chez Carl Schmitt, le souverain est celui qui décide de la situation exceptionnelle. Cette formule ne signifie pas seulement qu’un pouvoir intervient en cas de crise ; elle signifie que l’ordre juridique dépend, en dernière instance, d’une décision qui ne peut pas être entièrement déduite de la norme.
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||||
Le décisionnisme affirme donc que la norme ne se fonde pas elle-même. Lorsqu’une situation échappe aux cadres ordinaires, c’est la décision souveraine qui détermine ce qui doit être suspendu, maintenu ou réinstitué.
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La politique y est pensée depuis le moment du tranchant : l’autorité se révèle dans sa capacité à décider là où les médiations ordinaires, les procédures et les discussions ne suffisent plus.
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## Distinction
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Il ne s’agit pas ici d’un paradigme régulatoire large, mais d’une doctrine de souveraineté.
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Le décisionnisme souverain n’est pas un paradigme général de régulation. C’est une doctrine de fondation politique.
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||||
Le décisionnisme souverain ne décrit pas une composition co-viabilisante de la régulation. Il affirme un geste inaugural de fondation sans justification procédurale, dans lequel l’autorité qui fonde n’a pas besoin d’être fondée.
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||||
Il ne décrit pas une composition co-viabilisante de la régulation. Il affirme un geste inaugural de décision, dans lequel l’ordre dépend d’une autorité capable de trancher sans devoir passer par une justification dialogique préalable.
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Il se distingue donc :
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Il se distingue ainsi :
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui privilégie la règle ;
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui privilégie la règle, l’office et la procédure ;
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||||
- de la [Démocratie délibérative](/glossaire/democratie-deliberative/), qui privilégie la publicité de la justification ;
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||||
- de la [Gouvernance des communs](/glossaire/gouvernance-des-communs/), qui privilégie des régulations distribuées.
|
||||
- de la [Gouvernance des communs](/glossaire/gouvernance-des-communs/), qui privilégie des régulations distribuées et situées.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Cette doctrine est décisive pour penser :
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Cette doctrine permet de penser :
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- l’exception ;
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- les régimes d’urgence ;
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- la suspension de la norme ;
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- le moment de fondation de l’ordre ;
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||||
- la décision comme acte irréductible à la norme ;
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- la suspension des médiations ordinaires ;
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- la concentration extrême du pouvoir ;
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- les formes unilatérales de régulation imposée.
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||||
- les régimes d’urgence ;
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||||
- les formes unilatérales de réinstitution politique.
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||||
Elle donne ainsi une expression radicale au problème de la tenue : que se passe-t-il lorsque l’ordre ne peut plus s’appuyer sur ses propres procédures ?
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## Rapport à l’archicratie
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||||
L’archicratie rencontre ici l’un de ses contrepoints doctrinaux les plus radicaux.
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Là où le décisionnisme souverain reconcentre la fondation dans un acte d’exception, l’archicratie cherche à penser des architectures de régulation modulantes, transductives, traversables et contestables.
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Le décisionnisme souverain produit une arcalité massive : l’ordre est fondé par l’autorité capable de décider. Il produit aussi une cratialité concentrée : trancher, suspendre, imposer, réinstituer.
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Elle ne cherche pas seulement qui décide, mais comment une régulation tient, s’ajuste et se transforme sans se dissoudre ni s’absolutiser.
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Mais l’archicration y demeure très faible. La scène de contestation, de justification et de révision est subordonnée au moment souverain du tranchant.
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Là où le décisionnisme demande qui décide lorsque la norme ne suffit plus, l’archicratie demande comment une régulation peut rester exposable, contestable et révisable même lorsqu’elle doit affronter des tensions extrêmes.
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## Limite archicratique
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Le gain décisionniste est sa lucidité sur le fait qu’aucun ordre ne tient sans pouvoir trancher.
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Le gain décisionniste est réel : il rappelle qu’aucun ordre ne peut ignorer la possibilité de la crise, de l’indécidable et du moment où il faut trancher.
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||||
Mais son angle mort est majeur : la scène est rapidement absorbée par le tranchant lui-même, et la décision risque de devenir autojustifiante.
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||||
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est majeur. La décision peut absorber la scène. Le tranchant peut devenir autojustifiant. L’exception peut se convertir en mode ordinaire de gouvernement.
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Le chapitre 3 le place ainsi dans une topologie où le principe de fondation se sépare du travail régulateur : l’acte de trancher peut reconstruire un ordre, mais sans produire une véritable archicration tensionnelle.
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La question archicratique devient alors : comment empêcher que la capacité de décider ne devienne fermeture de toute comparution ?
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Le décisionnisme souverain demeure donc une doctrine fondatrice décisive pour penser la crise de la norme, mais insuffisante pour penser une régulation tensionnelle, révisable et co-viabilisable.
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## Références minimales
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||||
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||||
- Carl Schmitt, *Théologie politique*, 1922.
|
||||
- Carl Schmitt, *La notion de politique*, 1932.
|
||||
- Carl Schmitt, *La Dictature*, 1921.
|
||||
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||||
## Renvois
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@@ -8,7 +8,7 @@ comparisonTraditions: ["démocratie délibérative", "théorie de l’espace pub
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||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
|
||||
version: "0.2.0"
|
||||
definitionShort: "Paradigme politique fondant la légitimité de l’ordre collectif sur la discussion publique, l’échange argumenté et la formation procédurale d’un accord révisable."
|
||||
definitionShort: "Paradigme politique fondant la légitimité de l’ordre collectif sur la discussion publique, l’échange argumenté et la formation procédurale d’accords révisables."
|
||||
concepts: ["democratie-deliberative", "deliberation", "discussion", "legitimite", "espace-public", "revision"]
|
||||
links: []
|
||||
kind: "paradigme"
|
||||
@@ -27,16 +27,25 @@ navigation:
|
||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "preemption-algorithmique"]
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apply: ["journal-de-justification", "tribunal-de-lalgorithme", "audit-archicratique"]
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La démocratie délibérative désigne ici un paradigme politique selon lequel la légitimité d’un ordre collectif doit se fonder sur la discussion publique, l’échange argumenté et la formation procédurale d’un accord révisable.
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La démocratie délibérative désigne le paradigme politique selon lequel la légitimité d’un ordre collectif doit se fonder sur la discussion publique, l’échange argumenté et la formation procédurale d’un accord révisable.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans cette perspective, la décision n’est pas première. Ce qui importe d’abord est la qualité des conditions dans lesquelles les normes, orientations ou choix collectifs peuvent être discutés, justifiés, contestés et reformulés.
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Chez Jürgen Habermas, la démocratie délibérative s’enracine dans une théorie de l’agir communicationnel : une norme ne peut prétendre à la légitimité que si elle peut être discutée dans un espace public où les participants sont susceptibles d’échanger des raisons, de contester des prétentions et de réviser leurs positions.
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L’enjeu n’est donc pas seulement que chacun exprime une préférence. Il est que les décisions collectives puissent être soumises à une épreuve de justification publique. La légitimité ne vient pas uniquement du vote, ni de la tradition, ni de l’autorité administrative, mais de la possibilité pour les normes d’être discutées dans des conditions suffisamment ouvertes, argumentées et révisables.
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Chez John Rawls, cette exigence prend la forme de la raison publique : dans une société pluraliste, les principes politiques doivent pouvoir être justifiés par des raisons que des citoyens libres et égaux peuvent reconnaître comme partageables, malgré leurs désaccords moraux, religieux ou philosophiques profonds.
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La démocratie délibérative désigne donc moins une simple procédure de discussion qu’un paradigme de légitimation : une décision est d’autant plus légitime qu’elle peut comparaître devant des raisons publiques, être contestée, reformulée et révisée.
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L’usage archicratique de ce paradigme retient cette exigence de publicité, de justification et de réversibilité, mais l’étend vers une question plus large : quelles architectures concrètes rendent réellement possible une scène délibérative effective ?
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## Distinction
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La démocratie délibérative ne se réduit ni au vote majoritaire ni à l’existence abstraite d’une opinion publique.
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Elle suppose des dispositifs concrets de publicité, d’argumentation, de révision et de participation dans lesquels les acteurs peuvent faire valoir des raisons, contester des positions et contribuer à la formation du commun.
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Elle suppose des dispositifs concrets de publicité, d’argumentation, de participation, de contradiction et de révision dans lesquels les acteurs peuvent faire valoir des raisons, contester des positions et contribuer à la formation du commun.
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Elle se distingue ainsi :
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@@ -46,31 +55,47 @@ Elle se distingue ainsi :
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme fournit une ressource majeure pour penser :
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Ce paradigme permet de penser :
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- l’espace public ;
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- la justification collective des normes ;
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- la légitimité procédurale ;
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- la publicité des conflits ;
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- la révisabilité des décisions ;
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- la publicité des conflits.
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- la formation d’accords toujours contestables ;
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- les conditions d’une citoyenneté active et argumentée.
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Il constitue une référence essentielle pour toute pensée qui refuse de réduire l’ordre à la seule souveraineté, à la seule administration ou à la seule optimisation technique.
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Il constitue une référence essentielle pour toute pensée politique qui refuse de réduire l’ordre collectif à la seule souveraineté, à la seule administration, à la seule expertise ou à la seule optimisation technique.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rejoint la démocratie délibérative en ce qu’elle accorde une importance décisive à la possibilité de rendre les régulations visibles, discutables et révisables.
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L’archicratie rejoint la démocratie délibérative en ce qu’elle accorde une importance décisive à la possibilité de rendre les régulations visibles, discutables, justifiables et révisables.
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Mais elle s’en distingue en ce qu’elle ne centre pas exclusivement l’analyse sur les procédures discursives. Elle cherche à décrire plus largement les architectures matérielles, techniques, administratives et symboliques qui rendent ou non possibles de telles scènes.
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Mais elle s’en distingue en ne centrant pas exclusivement l’analyse sur les procédures discursives. Elle cherche à décrire plus largement les architectures matérielles, techniques, administratives, documentaires et symboliques qui rendent ou non possibles de telles scènes.
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Le chapitre 3 situe d’ailleurs Habermas comme contre-prise nécessaire à Weber : la délibération réintroduit la possibilité d’un retour sur décision là où la règle risquerait de s’auto-perpétuer.
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Une délibération ne tient pas seulement parce que des sujets parlent. Elle suppose des lieux, des délais, des dossiers, des formats de contradiction, des médiations, des garanties d’accès, des capacités d’écoute, des conséquences institutionnelles et des prises effectives sur la décision.
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Autrement dit, la démocratie délibérative éclaire la scène argumentative de la légitimité ; l’archicratie demande en plus quelles conditions rendent cette scène opératoire, opposable et transformatrice.
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## Limite archicratique
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Le gain délibératif est évident : il rend pensable la réversibilité publique de la norme.
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Le gain délibératif est considérable : il rend pensable la réversibilité publique de la norme et refuse de confondre légitimité, commandement et efficacité.
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Mais son angle mort tient aux conditions réelles de la symétrie discursive : la scène peut exister formellement sans être habitable, la discussion peut être saturée par les inégalités de ressources, et la publicité peut rester sans prise sur les infrastructures effectives.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient aux conditions réelles de la symétrie discursive. Une scène peut exister formellement sans être habitable. Une discussion peut être ouverte en droit mais saturée en fait par des inégalités de ressources, de temps, de savoir, de langage, d’accès ou de reconnaissance.
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Du point de vue archicratique, la délibération est donc une scène majeure, mais non suffisante. Elle doit être arrimée à des prises documentaires, à des dispositifs exécutoires et à des médiations institutionnelles robustes.
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La publicité peut aussi rester sans prise sur les infrastructures effectives. On peut débattre sans pouvoir modifier ni reconfigurer les architectures effectives de décision. On peut être entendu sans être capable d’affecter la chaîne de décision. On peut participer à une scène dont les résultats sont déjà neutralisés ailleurs.
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La question archicratique devient alors : qu’est-ce qui donne prise à la délibération ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge le paradigme délibératif. Elle ne nie pas la centralité de la discussion publique ; elle demande à quelles conditions cette discussion devient une véritable scène d’épreuve, capable de produire des effets sur les architectures de régulation.
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## Références minimales
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- Jürgen Habermas, *Théorie de l’agir communicationnel*, 1981.
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- Jürgen Habermas, *Droit et démocratie. Entre faits et normes*, 1992.
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||||
- John Rawls, *Théorie de la justice*, 1971.
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||||
- John Rawls, *Libéralisme politique*, 1993.
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||||
- John Rawls, “The Idea of Public Reason Revisited”, 1997.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "intermediaire"
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related: ["desarchicration", "desarchicratisation", "autarchicratie", "archicration-obliteree", "scene-manquante", "institution-invisible", "autarchicration", "obliteration-archicratique"]
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opposedTo: ["archicratique"]
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seeAlso: ["scene-empechee", "archidiagnostic"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["desarchicration", "desarchicratisation", "archicration-obliteree"]
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deepen: ["scene-manquante", "institution-invisible", "obliteration-archicratique"]
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||||
compare: ["archicratique", "autarchicratie", "autarchicration"]
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||||
apply: ["archidiagnostic", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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Désarchicratique qualifie ce qui contribue à retirer une régulation de la scène de l’épreuve, à la rendre moins disputable, moins révisable ou moins capable de soutenir une co-viabilisation explicite.
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@@ -27,16 +27,27 @@ navigation:
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compare: ["democratie-deliberative", "decisionnisme-souverain", "preemption-algorithmique"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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Le dissensus politique désigne ici un paradigme politique dans lequel le litige, le désaccord et l’apparition conflictuelle des voix exclues constituent une dimension constitutive de la scène commune.
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Le dissensus politique désigne le paradigme dans lequel le litige, le désaccord et l’apparition conflictuelle des voix exclues constituent une dimension constitutive de la scène commune.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans ce paradigme, la régulation n’a pas pour tâche première d’abolir le conflit, mais de rendre visibles les partages contestés, les torts, les exclusions et les déplacements de légitimité qui traversent le collectif.
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Chez Jacques Rancière, le dissensus ne désigne pas un simple désaccord d’opinions. Il désigne une rupture dans le partage du sensible : ce qui était invisible devient visible, ce qui était inaudible devient audible, ce qui n’était pas reconnu comme parole politique apparaît comme parole légitime.
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Chez Chantal Mouffe, l’agonisme insiste sur le fait que le conflit ne peut pas être éliminé de la démocratie. Il doit être institué, orienté et rendu politiquement praticable, afin que l’adversaire ne soit pas transformé en ennemi à détruire.
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L’usage archicratique retient cette double leçon : une scène commune n’est jamais donnée une fois pour toutes ; elle doit pouvoir accueillir l’apparition de litiges qui déplacent les places, les voix et les évidences établies.
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## Distinction
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Le dissensus politique ne désigne ni le chaos pur ni une glorification abstraite de l’affrontement.
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Le dissensus politique ne désigne ni le chaos pur, ni la violence pour elle-même, ni une glorification abstraite de l’affrontement.
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Il désigne une scène où le commun se constitue aussi par contestation des places, des voix et des évidences établies. Le conflit n’y est pas seulement pathologique : il peut être révélateur, correcteur et instituteur de visibilité.
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Il désigne une conflictualité instituante : le conflit peut révéler ce qu’un ordre rendait invisible, corriger des exclusions, déplacer les critères de légitimité et rouvrir la scène commune.
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Il se distingue ainsi :
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- d’une simple délibération consensuelle, qui peut neutraliser le litige au nom de l’accord ;
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui tranche sans laisser comparaître les voix affectées ;
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- de la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui neutralise l’épreuve avant sa comparution.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -45,23 +56,33 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la conflictualité constitutive du politique ;
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- la scène publique comme espace de litige ;
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- l’apparition de sujets jusque-là invisibilisés ;
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- la contestabilité des distributions établies.
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- la contestabilité des distributions établies ;
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- la différence entre pacification apparente et véritable scène commune.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicration trouve ici un voisinage très fort, car elle suppose elle aussi des scènes où l’ordre peut comparaître et être mis à l’épreuve.
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||||
L’archicration trouve ici un voisinage très fort : elle suppose elle aussi des scènes où l’ordre peut comparaître, être mis à l’épreuve, contesté et transformé.
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||||
L’archicratie s’en distingue toutefois en ce qu’elle ne réduit pas la régulation à la seule ouverture du conflit. Elle cherche aussi à penser les architectures qui rendent ce dissensus tenable, transmissible et co-viable.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire. Elle ne demande pas seulement que le conflit apparaisse ; elle demande comment cette apparition devient prise régulatrice.
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||||
Autrement dit, le dissensus rend visible ; l’archicratie demande en plus comment cette visibilité devient prise régulatrice.
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Autrement dit, le dissensus rend visible le tort, l’exclusion ou le partage contesté ; l’archicratie demande par quelles médiations, quels formats, quelles archives, quels délais et quelles institutions cette visibilité peut produire une révision effective.
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## Limite archicratique
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Le gain du dissensus est sa capacité à rouvrir la scène.
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Le gain du dissensus est décisif : il empêche de confondre ordre commun et consensus apparent.
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Mais son angle mort est qu’une conflictualité non médiée, non articulée ou non soutenue institutionnellement ne régule pas nécessairement : elle peut disperser, épuiser ou demeurer sans suite.
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Mais, du point de vue archicratique, une conflictualité non médiée peut demeurer sans suite. Elle peut rendre visible sans transformer, dénoncer sans instituer, ouvrir une scène sans produire de prise durable sur les architectures de régulation.
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L’archicratie y voit donc une ressource politique décisive, à arrimer à des formes de tenue, de reprise et de révision.
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La question archicratique devient alors : comment faire passer le litige de l’apparition à la transformation ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge le dissensus. Elle ne cherche pas à l’abolir, mais à lui donner des conditions de tenue, de mémoire, de reprise et de co-viabilisation.
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## Références minimales
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||||
- Jacques Rancière, *La Mésentente*, 1995.
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||||
- Jacques Rancière, *Le Partage du sensible*, 2000.
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||||
- Chantal Mouffe, *The Democratic Paradox*, 2000.
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||||
- Chantal Mouffe, *On the Political*, 2005.
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## Renvois
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@@ -27,16 +27,23 @@ navigation:
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compare: ["decisionnisme-souverain", "agencement-machinique", "dissensus-politique"]
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apply: ["journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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La domination légale-rationnelle désigne ici un paradigme de régulation fondé sur la légalité formelle, la compétence fonctionnelle, l’impersonnalité des règles et l’organisation bureaucratique de l’autorité.
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||||
La domination légale-rationnelle désigne le paradigme de régulation fondé sur la légalité formelle, la compétence fonctionnelle, l’impersonnalité des règles et l’organisation bureaucratique de l’autorité.
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## Ancrage théorique minimal
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||||
Dans cette perspective, l’ordre collectif ne tient pas d’abord par la tradition, le charisme ou l’exception, mais par des procédures stabilisées, des fonctions définies, des chaînes de compétence et des critères relativement prévisibles de traitement.
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||||
Chez Max Weber, la domination légale-rationnelle désigne un type de légitimité dans lequel l’obéissance ne porte pas d’abord sur une personne, une tradition ou une qualité charismatique, mais sur un ordre légal formellement établi.
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||||
La bureaucratie en constitue la forme institutionnelle privilégiée. Elle repose sur des compétences définies, des règles explicites, une hiérarchie fonctionnelle, des procédures écrites, une séparation entre la personne et l’office, et une continuité administrative relativement indépendante des individus qui occupent les postes.
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Son gain historique est considérable : elle permet la prévisibilité, la traçabilité, la stabilité, l’égalité formelle de traitement et l’action à grande échelle.
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Mais cette puissance a un revers : l’appareil peut se refermer sur ses propres procédures, transformer la règle en fin en soi, et produire une rationalité administrative difficilement révisable par ceux qu’elle affecte.
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## Distinction
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La domination légale-rationnelle ne se confond pas avec l’existence banale d’une administration.
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||||
Elle désigne un type spécifique de légitimité et d’organisation : l’obéissance porte sur la règle et sur la fonction, non sur la personne comme telle. La bureaucratie en constitue la forme historique et institutionnelle privilégiée.
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||||
Elle désigne un type spécifique de légitimité et d’organisation : l’obéissance porte sur la règle et sur la fonction, non sur la personne comme telle.
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Elle se distingue ainsi :
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@@ -50,24 +57,36 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la formalisation moderne du pouvoir ;
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- la montée en puissance des appareils administratifs ;
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- la continuité d’un ordre par procédures et dossiers ;
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- la capacité à gouverner à grande échelle par standardisation et compétence.
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||||
- la continuité d’un ordre par procédures, dossiers et compétences ;
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||||
- la possibilité de gouverner à grande échelle par standardisation ;
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||||
- la séparation entre office, personne et décision ;
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||||
- la tension entre rationalité procédurale et révisabilité politique.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie ne remplace pas la domination légale-rationnelle : elle la resitue dans une écologie plus large de la régulation.
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Elle montre que la légalité formelle et la bureaucratie ne sont pas seulement des instruments neutres, mais une composition spécifique d’arcalités, de cratialités et de scènes d’archicration. Elles peuvent soutenir la co-viabilité ou, au contraire, dériver vers la rigidification et l’opacité.
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La légalité formelle et la bureaucratie ne sont pas seulement des instruments neutres. Elles constituent une composition spécifique d’arcalité, de cratialité et d’archicration.
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Le chapitre 3 va même plus loin : dans l’une des compositions robustes qu’il met en avant, Weber fournit le socle exécutoire et impersonnel nécessaire, mais seulement à condition d’être contrebalancé par la réversibilité délibérative et par l’ancrage local polycentrique.
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Elles fournissent une arcalité forte : règles, compétences, procédures, légitimité formelle. Elles produisent aussi une cratialité décisive : capacité d’exécution, de classement, de traitement, d’allocation, de sanction et de continuité.
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Mais l’archicratie demande en plus où ces procédures peuvent comparaître. Une règle peut être légale sans être suffisamment justifiée ; une procédure peut être régulière sans être habitable ; un dossier peut être traité correctement sans que la personne affectée dispose d’une prise réelle sur la décision.
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La domination légale-rationnelle éclaire donc la stabilisation impersonnelle de l’ordre ; l’archicration demande les scènes où cet ordre peut être rendu visible, contestable et révisable.
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## Limite archicratique
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Le gain weberien est clair : il rend l’exécution possible, continue et relativement prévisible.
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Le gain weberien est considérable : il rend l’exécution possible, continue, prévisible et relativement détachée de l’arbitraire personnel.
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Mais son angle mort est également net : l’office risque de se reconduire lui-même, la règle de s’imposer sans reprise, et la procédure de devenir empêchement silencieux.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est net. L’office peut se reconduire lui-même. La règle peut s’imposer sans reprise. La procédure peut devenir empêchement silencieux. La compétence fonctionnelle peut neutraliser la question du sens, de la justice ou de la co-viabilité.
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Du point de vue archicratique, la bureaucratie est donc une prise indispensable mais incomplète : elle doit être réouverte par des scènes de justification et des contre-prises capables d’en limiter l’inertie normative.
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La bureaucratie est donc une prise indispensable, mais incomplète. Elle doit être réouverte par des scènes de justification, des contre-prises délibératives, des formes de publicité et des dispositifs capables de limiter son inertie normative.
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## Références minimales
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||||
- Max Weber, *Wirtschaft und Gesellschaft* (*Économie et société*), 1921-1922.
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||||
- Max Weber, *Le Savant et le politique*, 1919.
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||||
- Max Weber, « Les types de domination légitime », dans *Économie et société*.
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## Renvois
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@@ -7,8 +7,8 @@ mobilizedAuthors: ["John Locke"]
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comparisonTraditions: ["libéralisme classique", "droit naturel moderne", "philosophie politique moderne"]
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edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
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||||
definitionShort: "Doctrine fondatrice faisant de la loi naturelle, de la propriété et du consentement des gouvernés les principes supérieurs d’un ordre politique chargé avant tout de protéger des droits préexistants."
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||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Doctrine fondatrice faisant de droits naturels antérieurs (vie, liberté, propriété) et du consentement des gouvernés les principes supérieurs d’un ordre politique chargé avant tout de les protéger."
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||||
concepts: ["droit-naturel-et-propriete", "propriete", "droit-naturel", "consentement", "encadrement-liberal"]
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||||
links: []
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||||
kind: "doctrine"
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||||
@@ -18,12 +18,30 @@ level: "fondamental"
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||||
related: ["contractualisme-hobbesien", "volonte-generale", "archicratie", "archicration", "co-viabilite", "domination-legale-rationnelle", "democratie-deliberative"]
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||||
opposedTo: ["decisionnisme-souverain"]
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seeAlso: ["gouvernementalite"]
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navigation:
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primaryNext: "volonte-generale"
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||||
primaryReason: "La volonté générale déplace la propriété et le droit naturel vers l’auto-législation collective."
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paths:
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||||
understand: ["contractualisme-hobbesien", "volonte-generale", "domination-legale-rationnelle"]
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||||
deepen: ["democratie-deliberative", "gouvernance-des-communs", "co-viabilite"]
|
||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "dissensus-politique", "lieu-vide-du-pouvoir"]
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apply: ["scene-depreuve", "archicration", "journal-de-justification"]
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Le droit naturel et la propriété désignent la doctrine fondatrice qui fait de la loi naturelle, de la propriété et du consentement des gouvernés les principes supérieurs d’un ordre politique chargé avant tout de protéger des droits préexistants.
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Dans cette perspective, le pouvoir politique n’est pas premier. Il devient mandataire, subordonné à des principes censés le précéder : droit naturel, propriété, consentement.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez John Locke, les individus disposent de droits naturels antérieurs à toute institution politique : droit à la vie, à la liberté et à la propriété.
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La propriété joue un rôle central. Elle naît du travail par lequel un individu s’approprie une part du monde, et constitue une extension de sa personne.
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Le pouvoir politique est institué par consentement afin de protéger ces droits. Il n’est donc pas souverain au sens absolu : il est limité, conditionné et révocable.
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La légitimité du gouvernement dépend de sa capacité à garantir ces droits. Lorsqu’il y manque, les gouvernés peuvent résister ou renverser l’autorité.
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## Distinction
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Il ne s’agit pas ici d’un paradigme régulatoire complet, mais d’une doctrine fondatrice.
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@@ -49,7 +67,7 @@ Cette doctrine est essentielle pour comprendre :
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L’archicratie ne rejette ni l’importance des droits ni la nécessité de limiter l’arbitraire, mais elle montre que cette doctrine reste insuffisante pour penser la co-viabilité.
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Chez Locke, la propriété tend à devenir à la fois le fondement, la finalité et la mesure de la régulation politique. Le pouvoir est encadré, mais non orchestré ; il protège, mais ne module pas ; il garantit, mais n’articule pas réellement les tensions.
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||||
Chez Locke, la propriété tend à devenir à la fois le fondement, la finalité et la mesure de la régulation politique. Le pouvoir est conçu comme garant de droits déjà constitués, non comme opérateur de composition entre des tensions hétérogènes.
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Le chapitre 3 souligne précisément cette limite : la cratialité y est encadrée juridiquement, mais sans véritable modèle d’agencement tensionnel ni d’archicration modulante.
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@@ -61,6 +79,11 @@ Mais son angle mort est tout aussi net : il tend à traiter comme pré-politique
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Du point de vue archicratique, cette doctrine fonde un cadre, mais ne suffit pas à penser comment ce cadre devient effectivement opératoire, ajustable et traversable.
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## Références minimales
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||||
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||||
- John Locke, *Two Treatises of Government*, 1689.
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||||
- John Locke, *A Letter Concerning Toleration*, 1689.
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## Renvois
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||||
- [Contractualisme hobbesien](/glossaire/contractualisme-hobbesien/)
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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||||
related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "democratie-deliberative", "dissensus-politique", "pluralite-natalite-action", "coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"]
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opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique"]
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navigation:
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primaryNext: "dissensus-politique"
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primaryReason: "Le dissensus politique rend visible la tension entre égalisation commune et différenciation des voix singulières."
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paths:
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understand: ["tension", "archicration", "democratie-deliberative"]
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deepen: ["dissensus-politique", "pluralite-natalite-action", "theorie-de-la-justification"]
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compare: ["volonte-generale", "coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"]
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apply: ["scene-depreuve", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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La tension entre égalisation normative et différenciation singulière désigne le conflit structurel entre, d’un côté, l’exigence d’universalité, d’égalité de traitement et de formalisation commune, et, de l’autre, la nécessité de reconnaître des situations, des positions, des héritages et des expériences irréductiblement différenciés.
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@@ -19,10 +19,19 @@ related: ["decisionnisme-souverain", "archicratie", "tension", "autarchicratie",
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opposedTo: ["democratie-deliberative", "gouvernance-des-communs", "dissensus-politique", "lieu-vide-du-pouvoir"]
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seeAlso: ["preemption-algorithmique", "domination-legale-rationnelle", "autarchicration"]
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L’exception souveraine désigne ici un paradigme de régulation dans lequel l’ordre se maintient par la capacité effective à suspendre la norme ordinaire et à recentrer la tenue collective dans une décision d’exception.
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L’exception souveraine désigne un paradigme de régulation dans lequel l’ordre se maintient par la capacité effective à suspendre la norme ordinaire et à recentrer la tenue collective dans une décision d’exception.
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## Ancrage théorique minimal
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Là où le [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/) énonce le principe de cette fondation, l’exception souveraine décrit sa configuration régulatrice concrète : crise, urgence, suspension, recentrage, hiérarchisation absolue des priorités.
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Chez Carl Schmitt, l’exception révèle le point ultime de la souveraineté : est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. L’exception n’est donc pas un simple accident extérieur au droit ; elle manifeste le lieu où l’ordre juridique dépend d’une décision capable de suspendre l’application ordinaire de la norme pour préserver l’ordre lui-même.
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Là où le décisionnisme souverain formule le principe général de la décision fondatrice, l’exception souveraine en décrit la mise en œuvre limite : la situation où l’ordre affirme devoir suspendre ses médiations ordinaires pour préserver sa propre continuité.
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L’enjeu est décisif : la norme ne peut pas prévoir intégralement les conditions de sa propre application. Lorsqu’une situation est déclarée exceptionnelle, la continuité de l’ordre est alors rapportée à une puissance de décision qui tranche ce qui doit être suspendu, maintenu, protégé ou sacrifié.
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Chez Giorgio Agamben, cette logique est prolongée par l’analyse de l’état d’exception comme zone d’indistinction entre droit et fait, norme et suspension, inclusion et exclusion. L’exception peut cesser d’être un moment ponctuel pour devenir une technique durable de gouvernement.
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L’usage archicratique du concept retient cette puissance d’analyse, mais la déplace vers une question régulatrice : comment une suspension de la scène ordinaire peut-elle être encadrée, limitée, justifiée, mémorisée et réouverte ?
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## Distinction
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@@ -43,23 +52,38 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- les régimes d’urgence ;
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- la centralisation extrême du pouvoir ;
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- la suspension des médiations ordinaires ;
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- la réduction de la scène politique à un impératif de survie ou de décision.
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- la primauté accordée à la survie de l’ordre ;
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- la transformation du provisoire en technique de gouvernement ;
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- la fragilité des scènes de contestation en situation de crise.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie ne nie pas que certaines situations puissent exiger des formes de concentration régulatrice.
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Mais elle cherche à comprendre comment ces moments sont préparés, encadrés, limités et réouvrables.
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Mais elle demande à quelles conditions cette concentration reste archicratable : qui déclare l’exception, selon quels critères, pour quelle durée, avec quelle traçabilité, sous quel contrôle, et avec quelles scènes de reprise après coup ?
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L’exception souveraine devient problématique lorsqu’elle tend à se normaliser, à absorber durablement la scène d’épreuve ou à justifier l’effacement de toute disputabilité. Dans ce cas, elle peut dériver vers une forme d’[Autarchicratie](/glossaire/autarchicratie/) où la régulation se protège elle-même de toute exposition critique.
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Autrement dit, l’exception souveraine éclaire la puissance de suspension ; l’archicration demande les conditions de réouverture.
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## Limite archicratique
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Le gain de l’exception est sa force de concentration.
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Le gain de l’exception est sa force de concentration : elle permet de penser les moments où l’ordre se rapporte à sa propre possibilité de survie.
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Mais son angle mort est sa tendance à convertir le provisoire en forme durable, et la nécessité en légitimation auto-entretenue.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est majeur. L’exception peut convertir le provisoire en forme durable, la nécessité en justification auto-entretenue, et l’urgence en neutralisation des scènes ordinaires de contestation.
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Le paradigme archicratique en fait donc non pas un impensable absolu, mais une forme-limite qui doit rester réencastrée dans des scènes de reprise, faute de quoi elle cesse de réguler et commence à se fermer.
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La question archicratique devient alors : comment empêcher que la suspension devienne régime ?
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L’archicratie ne traite donc pas l’exception comme un impensable absolu. Elle la traite comme une forme-limite qui doit rester encadrée par des conditions strictes de justification, de temporalisation, de mémoire, de contrôle et de reprise.
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Sans ces conditions, l’exception cesse d’être un moment de régulation concentrée : elle devient une machine de désarchicration.
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## Références minimales
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- Carl Schmitt, *Théologie politique*, 1922.
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- Carl Schmitt, *La Dictature*, 1921.
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||||
- Giorgio Agamben, *Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue*, 1995.
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- Giorgio Agamben, *État d’exception*, 2003.
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## Renvois
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@@ -27,37 +27,65 @@ navigation:
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compare: ["preemption-algorithmique", "gouvernance-des-communs", "archicrations-sacrales-non-etatiques"]
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apply: ["scene-depreuve", "archidiagnostic", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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Le fait social total désigne ici un paradigme de régulation dans lequel les échanges, obligations et symbolisations engagent simultanément les dimensions économiques, juridiques, rituelles, politiques et affectives de la vie collective.
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||||
Le fait social total désigne un paradigme de régulation dans lequel les échanges, obligations et symbolisations engagent simultanément les dimensions économiques, juridiques, rituelles, politiques et affectives de la vie collective.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans cette perspective, la régulation ne procède pas d’un centre unique ni d’une norme abstraite seulement énoncée. Elle tient parce que certaines pratiques sociales condensent plusieurs dimensions du collectif à la fois et assurent leur articulation effective.
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Chez Marcel Mauss, le fait social total désigne des pratiques qui mobilisent la société dans plusieurs dimensions à la fois. Dans l’*Essai sur le don*, le don n’est jamais un simple transfert économique : il engage des obligations de donner, de recevoir et de rendre, mais aussi des formes de prestige, d’alliance, de dette, d’honneur, de mémoire, de rivalité et de reconnaissance.
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L’intérêt du concept tient précisément à ce refus de séparer artificiellement ce qui, dans la vie collective, fonctionne ensemble. L’échange est à la fois économique, juridique, religieux, symbolique, politique et affectif. Il produit de la cohésion, mais aussi de la hiérarchie, de l’obligation et de la contrainte.
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Le fait social total permet donc de penser une régulation diffuse, incorporée dans des pratiques collectives chargées de sens, plutôt que localisée dans un appareil spécialisé ou une norme explicite.
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L’usage archicratique du concept retient cette puissance d’intégration : certaines régulations tiennent parce qu’elles condensent des arcalités symboliques, des cratialités pratiques et des formes de reconnaissance collective dans une même scène sociale.
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## Distinction
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Le fait social total ne désigne pas un concept descriptif parmi d’autres.
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Le fait social total ne désigne pas seulement un phénomène “important” ou “global”.
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Il désigne une manière de penser la tenue d’un ordre à partir de formes d’échange et d’obligation qui débordent toute séparation stricte entre économie, droit, religion, symbolique et politique. La régulation y est diffuse, incorporée dans des pratiques totales plutôt que localisée dans un seul appareil spécialisé.
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Il désigne une forme sociale dans laquelle plusieurs ordres de réalité sont simultanément engagés : échange, obligation, prestige, dette, alliance, rite, droit, affect, mémoire et pouvoir.
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Il se distingue donc :
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- d’une approche purement économique, qui réduirait l’échange à l’intérêt ;
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- d’une approche purement juridique, qui réduirait l’obligation à la règle ;
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- d’une approche purement symbolique, qui négligerait les effets matériels, politiques et sociaux de ces pratiques.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme éclaire :
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Ce paradigme permet de penser :
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- les formes de cohésion produites par l’obligation réciproque ;
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- les régulations diffuses portées par les échanges ;
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- la manière dont des pratiques symboliquement chargées peuvent tenir lieu d’infrastructure sociale ;
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- la persistance d’un commun vécu au-delà de la seule règle explicite.
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- l’entrelacement du droit, du rite, de l’économie et du symbolique ;
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- la puissance sociale de la dette, du don, du contre-don et de la reconnaissance ;
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- la manière dont certaines pratiques tiennent lieu d’infrastructure collective avant toute spécialisation institutionnelle.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve ici un interlocuteur important, car ce paradigme montre que la régulation ne se réduit jamais à ses organes visibles. Une société tient aussi par des pratiques totales où s’agrègent symbolisation, contrainte, reconnaissance et transmission.
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L’archicratie trouve ici une ressource majeure : le fait social total montre qu’une régulation ne se réduit jamais à ses organes visibles.
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L’archicratie s’en distingue toutefois en ce qu’elle cherche à expliciter les architectures de cette tenue : quelles arcalités la soutiennent, quelles cratialités la rendent agissante, et quelles scènes permettent encore de l’éprouver ou de la réviser.
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Une société tient aussi par des pratiques d’échange, d’obligation, de reconnaissance et de transmission qui composent silencieusement les conditions de la co-viabilité.
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Du point de vue archicratique, ces pratiques condensent une arcalité forte : elles donnent forme, légitimité et continuité au collectif. Elles produisent aussi une cratialité réelle : elles obligent, orientent, distribuent les places, stabilisent les alliances et transforment les rapports sociaux.
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Mais l’archicratie ajoute une question : ces obligations peuvent-elles comparaître ? Peuvent-elles être discutées, requalifiées, contestées ou révisées lorsque leur puissance intégratrice devient contrainte, exclusion ou captation ?
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## Limite archicratique
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Le gain maussien est sa capacité à penser la régulation diffuse avant la spécialisation moderne.
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Le gain maussien est considérable : il permet de penser la régulation diffuse avant la spécialisation moderne des institutions.
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Mais son angle mort est que cette puissance intégrative reste souvent peu formalisée du point de vue de la scène. L’obligation tient, sans que ses propres prises soient toujours rendues visibles comme objet de comparution.
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Mais, du point de vue archicratique, cette puissance intégrative laisse une difficulté ouverte. Une obligation peut tenir sans être clairement visible. Elle peut lier sans être explicitement justifiée. Elle peut produire du commun tout en enfermant certains acteurs dans des dettes, des places ou des attentes difficilement contestables.
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La question archicratique devient alors : comment faire comparaître les obligations qui tiennent le collectif ?
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L’archicratie ne nie donc pas la puissance du fait social total. Elle cherche à déterminer à quelles conditions cette puissance peut devenir lisible, disputable, révisable et co-viabilisable.
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## Références minimales
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- Marcel Mauss, *Essai sur le don*, 1925.
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- Marcel Mauss, *Sociologie et anthropologie*, 1950.
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- Marcel Mauss, *Manuel d’ethnographie*, 1947.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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related: ["archicrate", "archicratie", "institution-invisible", "scene-darchicration", "archicration", "autarchicratie", "hypercratialite", "hyperarcalite", "archidiagnostic", "obliteration-archicratique"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["desarchicratisation", "autarchicration"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["archicrate", "archicratique", "archicratistique"]
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deepen: ["institution-invisible", "hyperarcalite", "hypercratialite"]
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||||
compare: ["autarchicratie", "autarchicration", "archicration-obliteree"]
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apply: ["archidiagnostic", "scene-darchicration", "audit-archicratique"]
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Les figures archicratiques désignent l’ensemble des positions, profils, rôles et agencements qui, dans une configuration donnée, exercent une fonction structurante dans la régulation collective.
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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||||
related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "technodiversite-et-cosmotechnie", "biopolitique", "coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["cosmopolitique", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "egalisation-normative-et-differenciation-singuliere"]
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navigation:
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primaryNext: "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique"
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primaryReason: "La subsistance vivante met à l’épreuve les cadres d’habitabilité dès lors qu’ils sont captés par des logiques d’extraction."
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paths:
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understand: ["coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "co-viabilite", "biopolitique"]
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deepen: ["subsistance-vivante-et-captation-capitalistique", "cosmopolitique", "technodiversite-et-cosmotechnie"]
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||||
compare: ["souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur"]
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apply: ["scene-depreuve", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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La tension entre formes de vie et cadres d’habitabilité désigne le conflit structurel entre la pluralité des manières d’habiter, de se déplacer, de produire, de coexister et de se rapporter à un milieu, et les cadres spatiaux, fonctionnels, techniques ou normatifs qui organisent les conditions de l’habitabilité.
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@@ -19,10 +19,15 @@ related: ["co-viabilite", "archicratie", "democratie-deliberative", "tension", "
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opposedTo: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine"]
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seeAlso: ["theorie-de-la-justification", "meta-regime-archicratique", "cosmopolitique"]
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La gouvernance des communs désigne ici un paradigme de régulation fondé sur la coordination collective, située et polycentrique de ressources ou d’usages partagés par des communautés d’acteurs.
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La gouvernance des communs désigne le paradigme de régulation fondé sur la coordination collective, située et polycentrique de ressources ou d’usages partagés par des communautés d’acteurs.
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## Ancrage théorique minimal
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Ce paradigme montre qu’il existe des formes robustes de régulation qui ne reposent ni exclusivement sur le marché, ni exclusivement sur l’État souverain centralisé. Il met en évidence des arrangements institutionnels capables d’organiser durablement l’usage, la protection et la répartition de ressources communes à travers des règles élaborées, surveillées et révisées par les collectifs concernés.
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||||
Chez Elinor Ostrom, les communs ne désignent pas une simple ressource partagée, ni un idéal spontané de coopération. Ils désignent des situations où des acteurs élaborent, surveillent, ajustent et font respecter des règles d’usage autour de ressources communes.
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Ostrom conteste ainsi l’alternative simpliste entre marché privé et État central. Elle montre que des communautés peuvent produire des arrangements institutionnels robustes lorsqu’elles disposent de règles adaptées au contexte local, de mécanismes de surveillance, de sanctions graduées, de procédures de résolution des conflits et d’une reconnaissance minimale de leur capacité à s’auto-organiser.
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La notion de polycentricité est décisive : la régulation ne dépend pas d’un centre unique, mais d’une pluralité de centres de décision partiellement autonomes, coordonnés entre eux et capables d’apprentissage.
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## Distinction
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@@ -34,35 +39,49 @@ Elle se distingue :
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui privilégie un centre de tranchant ;
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui privilégie l’administration hiérarchique impersonnelle ;
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- des formes purement marchandes de coordination.
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- des formes purement marchandes de coordination, qui réduisent la régulation à l’échange et au prix.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme éclaire une dimension très importante des sociétés complexes : la possibilité de formes de régulation situées, distribuées et polycentriques.
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Ce paradigme permet de penser :
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Il permet de penser :
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- la gestion de ressources partagées ;
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- la gestion durable de ressources partagées ;
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- la production de règles locales ;
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- la surveillance par les pairs ;
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- les sanctions graduées ;
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- la résolution située des conflits ;
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- la coordination entre échelles ;
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- la pluralité des centres de décision ;
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- la robustesse de régulations non centralisées.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve dans la gouvernance des communs un interlocuteur particulièrement fécond.
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L’archicratie trouve dans la gouvernance des communs une ressource majeure pour penser des régulations non réductibles à la souveraineté centrale, à l’administration hiérarchique ou au marché.
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Ce paradigme confirme qu’une société peut tenir à travers une pluralité d’architectures régulatrices non réductibles à la seule souveraineté centrale. Il met en évidence des formes de régulation capables de traiter des tensions locales tout en maintenant certaines formes de co-viabilité.
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Les communs montrent qu’une régulation peut tenir par des scènes locales, des règles partagées, des mécanismes de co-surveillance et des ajustements produits par les acteurs concernés eux-mêmes.
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Le chapitre 3 en fait même un élément indispensable d’une composition robuste avec Weber et Habermas : Ostrom y joue le rôle d’une arcalité localisée, capable d’ajustement par les concernés eux-mêmes, et d’un principe de co-monitoring qui empêche la scène de se dissoudre entièrement dans l’office ou dans la seule délibération abstraite.
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||||
Du point de vue archicratique, ils articulent fortement arcalité et cratialité : arcalité, parce qu’ils instituent des règles, des usages légitimes et des formes de reconnaissance ; cratialité, parce qu’ils organisent effectivement l’accès, la restriction, la sanction, la réparation et l’ajustement.
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||||
Mais l’archicratie ajoute une question : comment ces communs restent-ils lisibles, révisables et co-viables lorsque les interdépendances dépassent le local, deviennent techniques, algorithmiques, globales ou fortement asymétriques ?
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## Limite archicratique
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Le gain des communs est sa puissance d’ancrage local, de co-surveillance et d’ajustement situé.
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Le gain des communs est considérable : ils montrent que la régulation peut être située, distribuée, participative et robuste sans être absorbée par l’État ou par le marché.
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Mais son angle mort peut être l’autarcie locale, la difficulté du passage d’échelle ou l’insuffisance de médiations lorsque les interdépendances deviennent vastes, techniques ou diffuses.
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Mais, du point de vue archicratique, leur limite possible tient au passage d’échelle. Un commun peut être très efficace localement et devenir insuffisant face à des interdépendances vastes, invisibles, techniques ou transnationales.
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||||
Du point de vue archicratique, les communs ne valent donc pas comme solution universelle, mais comme contre-prise décisive contre la rigidité bureaucratique, la concentration souveraine ou la déliaison purement marchande.
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Il peut aussi se refermer sur ses propres membres, produire des exclusions, naturaliser des asymétries internes ou manquer de scènes de contestation pour celles et ceux qui subissent ses règles sans participer réellement à leur élaboration.
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La question archicratique devient alors : comment préserver la puissance située des communs sans les transformer en enclaves autarciques ?
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L’archicratie ne traite donc pas les communs comme une solution universelle. Elle les comprend comme une contre-prise décisive : contre la rigidité bureaucratique, contre la concentration souveraine, contre la déliaison marchande, mais à condition qu’ils demeurent ouverts à la comparution, à la révision et à la co-viabilisation.
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## Références minimales
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||||
- Elinor Ostrom, *Governing the Commons*, 1990.
|
||||
- Elinor Ostrom, *Understanding Institutional Diversity*, 2005.
|
||||
- Elinor Ostrom, “Beyond Markets and States: Polycentric Governance of Complex Economic Systems”, 2010.
|
||||
- Elinor Ostrom, travaux fondateurs autour de l’Institutional Analysis and Development Framework.
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## Renvois
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@@ -33,38 +33,76 @@ navigation:
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apply: ["audit-archicratique", "tribunal-de-lalgorithme", "journal-de-justification"]
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La gouvernementalité algorithmique désigne le paradigme contemporain dans lequel la régulation tend à s’appuyer sur des traitements automatisés de données, des calculs prédictifs, des classements, des seuils de risque et des ajustements opérés à distance par des systèmes techniques.
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La gouvernementalité algorithmique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur le calcul automatisé, la corrélation de données, le scoring, le classement, la prédiction et le pilotage comportemental par systèmes algorithmiques.
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Elle désigne un régime où la décision, l’orientation ou la modulation des comportements passent de plus en plus par des dispositifs calculatoires intégrés aux infrastructures ordinaires.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, la gouvernementalité algorithmique prolonge la gouvernementalité foucaldienne en la déplaçant vers des régimes de calcul automatisé. Le pouvoir n’agit plus seulement par norme explicite, discipline ou décision identifiable ; il agit par capture de traces, traitement massif de données, corrélations statistiques, profils, scores, recommandations et modulations d’environnement.
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||||
Son trait décisif est de gouverner moins par prescription directe que par anticipation, orientation et ajustement des possibles. Les conduites sont prises dans des infrastructures qui filtrent, classent, hiérarchisent, recommandent, alertent ou désincitent avant même qu’une décision ne soit toujours clairement formulée comme telle.
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||||
La gouvernementalité algorithmique ne cherche donc pas nécessairement à produire un sujet obéissant à une norme énoncée. Elle tend plutôt à agir sur des profils, des probabilités, des comportements anticipés et des régularités extraites de données. la personne concrète peut alors être contournée au profit d’un double statistique, d’un score ou d’une probabilité d’action.
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L’usage archicratique de ce concept retient cette puissance critique, mais la déplace vers une question régulatrice : par quelles architectures ces calculs deviennent-ils opératoires, et où peuvent-ils être rendus visibles, discutables, justifiables et révisables ?
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## Distinction
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Elle ne se confond ni avec la simple numérisation ni avec la seule informatique administrative.
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La gouvernementalité algorithmique ne se confond ni avec la simple numérisation, ni avec l’informatique administrative, ni avec l’usage ponctuel d’outils d’aide à la décision.
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Elle désigne un mode de gouvernement dans lequel la régulation se déporte vers des opérations corrélationnelles, des chaînes de scoring, des systèmes de recommandation, des dispositifs de tri et d’optimisation souvent peu visibles comme tels.
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Elle désigne un mode de régulation dans lequel le calcul devient une prise de gouvernement : il classe, priorise, détecte, recommande, module, exclut ou rend certaines trajectoires plus probables que d’autres.
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Elle se distingue :
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- de la [Gouvernementalité](/glossaire/gouvernementalite/), dont elle radicalise le versant technique, corrélationnel et automatisé ;
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- de la [Cybernétique](/glossaire/cybernetique/), dont elle hérite les logiques de feedback, de pilotage et d’ajustement ;
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- de la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui en constitue une forme plus radicale lorsque l’écart est neutralisé avant même sa comparution.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- les formes récentes de gouvernement par scoring, recommandation, détection, filtrage et priorisation ;
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- l’intégration du calcul dans les chaînes ordinaires de régulation ;
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- les nouvelles formes de pilotage silencieux des conduites ;
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- la densification des chaînes opératoires sans scène adéquate.
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- le gouvernement par données ;
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- les dispositifs de scoring, recommandation, filtrage, détection et priorisation ;
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- la conduite silencieuse des comportements ;
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- la substitution de corrélations opérationnelles à des justifications explicites ;
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- l’intégration du calcul dans les infrastructures ordinaires de décision ;
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- la production de scènes manquantes autour des systèmes automatisés ;
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- la transformation des personnes en profils, segments, risques ou probabilités.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie fournit ici une ressource critique décisive : elle permet d’identifier les arcalités cachées, les cratialités automatisées et les déficits d’archicration propres à ces régimes.
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L’archicratie trouve dans la gouvernementalité algorithmique un diagnostic décisif des régulations contemporaines.
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Elle rend possible un diagnostic plus précis des tendances à l’autarchicratie, à la scène manquante et à la régulation hors comparution.
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Ce paradigme montre que la régulation peut devenir extrêmement effective tout en restant peu visible : elle opère dans les modèles, les bases de données, les seuils, les interfaces, les systèmes de recommandation, les classements, les scores et les chaînes automatisées de décision.
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Du point de vue archicratique, la gouvernementalité algorithmique manifeste une cratialité automatisée : elle agit, trie, module et oriente. Mais cette cratialité est souvent adossée à des arcalités cachées : choix de variables, catégories, objectifs, métriques, seuils, fonctions d’optimisation, hypothèses de modèle et valeurs incorporées dans le système.
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La question archicratique devient alors : où ces prises peuvent-elles comparaître ?
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Un score, une recommandation, un classement ou une alerte ne sont pas seulement des résultats techniques. Ce sont des actes régulateurs lorsqu’ils affectent l’accès à un droit, à une ressource, à une visibilité, à une opportunité ou à une reconnaissance.
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L’archicration demande donc que ces actes puissent être documentés, expliqués, contestés, audités, suspendus et révisés.
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## Limite archicratique
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Le gain du concept est sa capacité à nommer la mutation contemporaine du gouvernement.
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Le gain du concept est considérable : il permet de nommer la mutation contemporaine d’un pouvoir qui gouverne par calcul, corrélation et modulation plutôt que par commandement explicite.
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Mais son angle mort est qu’il reste parfois davantage diagnostique que programmateur : il décrit puissamment la fermeture algorithmique sans toujours formaliser les dispositifs institutionnels capables de la rouvrir.
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Mais, du point de vue archicratique, ce diagnostic reste insuffisant s’il ne débouche pas sur des dispositifs de reprise.
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L’archicratie prolonge précisément ce point en proposant des scènes, des prises documentaires et des contre-dispositifs.
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La gouvernementalité algorithmique décrit puissamment la fermeture possible du gouvernement par les données, mais elle ne formalise pas toujours les scènes capables de rouvrir cette fermeture : audit, journal de justification, droit au différé contradictoire, tribunal de l’algorithme, coupe-circuit citoyen, cartographie des scènes manquantes.
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La question décisive devient alors : comment transformer une chaîne algorithmique de conduite en architecture publiquement éprouvable ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge le diagnostic. Elle ne se contente pas de dire que les algorithmes gouvernent ; elle demande comment leurs prises peuvent devenir lisibles, imputables, contestables, révisables et co-viabilisables.
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Sans ces conditions, la gouvernementalité algorithmique tend vers l’autarchicratie : une régulation qui fonctionne, mais qui se soustrait à la scène où elle devrait comparaître.
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## Références minimales
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- Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, « Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation. Le disparate comme condition d’individuation par la relation ? », 2013.
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- Antoinette Rouvroy, “La gouvernementalité algorithmique : radicalisation et stratégie immunitaire du capitalisme et du néolibéralisme ?”, 2011.
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||||
- Antoinette Rouvroy, “Des données sans personne : le fétichisme de la donnée à caractère personnel à l’épreuve de l’idéologie des Big Data”, 2014.
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- Thomas Berns, *Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique*, 2009.
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## Renvois
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@@ -27,48 +27,72 @@ navigation:
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compare: ["volonte-generale", "lieu-vide-du-pouvoir", "democratie-deliberative"]
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apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
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La gouvernementalité désigne ici un paradigme d’analyse du pouvoir centré sur la conduite des conduites : la manière dont des institutions, savoirs, normes, dispositifs, calculs et techniques orientent les comportements individuels et collectifs.
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La gouvernementalité désigne le paradigme d’analyse dans lequel le pouvoir est pensé comme conduite des conduites, à travers des savoirs, des dispositifs, des calculs et des techniques orientés vers la gestion des comportements collectifs.
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## Ancrage théorique minimal
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Elle ne centre pas d’abord l’analyse sur la souveraineté juridique ni sur la seule violence d’État. Elle s’intéresse aux formes capillaires, diffuses, techniques et administratives du gouvernement des hommes.
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Chez Michel Foucault, la gouvernementalité désigne une transformation majeure de l’analyse du pouvoir. Le pouvoir ne se comprend pas seulement comme souveraineté juridique, commandement étatique ou répression directe. Il s’exerce aussi comme conduite des conduites : agir sur les manières d’agir, structurer les possibles, orienter les comportements, aménager les milieux, produire des normes et organiser des populations.
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La gouvernementalité articule ainsi trois dimensions : des rationalités de gouvernement, des dispositifs techniques et administratifs, et des formes de savoir capables de rendre les conduites calculables, comparables et pilotables.
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Elle permet de comprendre comment le pouvoir moderne agit à travers la sécurité, la statistique, l’administration, l’économie politique, la santé publique, l’expertise, la normalisation et la gestion des populations.
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Son intérêt décisif tient au fait qu’elle déplace l’analyse du pouvoir : il ne s’agit plus seulement de savoir qui commande, mais comment des conduites sont rendues gouvernables.
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## Distinction
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La gouvernementalité ne se confond ni avec la souveraineté classique ni avec la seule bureaucratie.
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La gouvernementalité ne se confond ni avec la souveraineté classique, ni avec la seule bureaucratie, ni avec la simple domination idéologique.
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Elle désigne un régime d’analyse dans lequel le pouvoir agit moins par commandement explicite que par structuration des milieux, des normes, des seuils, des incitations et des formats de conduite.
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Elle désigne une forme de pouvoir qui agit moins par ordre direct que par structuration des milieux, des normes, des seuils, des incitations, des risques, des classements et des formats d’action.
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Elle se distingue ainsi :
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- de la [Volonté générale](/glossaire/volonte-generale/), qui pense la légitimité depuis l’auto-législation ;
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui pense la fondation depuis l’exception ;
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui privilégie l’impersonnalité procédurale.
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- de la [Volonté générale](/glossaire/volonte-generale/), qui pense la légitimité depuis l’auto-législation collective ;
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui pense l’ordre depuis l’acte de décision ;
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui privilégie la règle, l’office et la procédure.
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## Fonction dans le paysage théorique
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La gouvernementalité fournit une grille décisive pour penser :
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Ce paradigme permet de penser :
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- les dispositifs de sécurité ;
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- la gestion des populations ;
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- la normalisation ;
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- la normalisation des conduites ;
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- l’administration des comportements ;
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- les formes discrètes, diffuses et techniques du pouvoir.
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- la production de savoirs gouvernementaux ;
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- les formes diffuses, techniques et capillaires du pouvoir ;
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- le passage de la souveraineté juridique au gouvernement des milieux, des risques et des conduites.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rejoint la gouvernementalité dans son attention aux dispositifs concrets, aux infrastructures et aux médiations effectives.
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L’archicratie trouve dans la gouvernementalité une ressource diagnostique majeure.
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Mais elle s’en distingue en recentrant l’analyse sur la scène d’épreuve et sur la possibilité de rendre visibles les prises régulatrices. Là où la gouvernementalité éclaire la rationalité de conduite, l’archicratie insiste sur l’architecture, la comparution et la co-viabilité.
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La gouvernementalité montre que la régulation peut agir sans se présenter comme commandement souverain. Elle peut passer par des indicateurs, des normes, des classements, des procédures, des dispositifs de sécurité, des formats administratifs, des incitations ou des environnements techniques.
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Le chapitre 3 fait de Foucault une composante décisive d’une seconde composition robuste : il révèle une cratialité douce mais envahissante, capable de réguler sans apparaître, ce qui impose précisément d’y adosser des contre-prises scéniques et pharmacologiques.
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Du point de vue archicratique, elle éclaire donc une cratialité souvent douce, diffuse et enveloppante : une puissance de conduite qui agit en organisant les conditions mêmes de l’action.
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Mais l’archicratie ajoute une exigence : rendre ces prises comparables, discutables et révisables.
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Là où la gouvernementalité décrit comment les conduites sont gouvernées, l’archicration demande où ces dispositifs peuvent comparaître. Qui peut identifier les rationalités à l’œuvre ? Qui peut contester les seuils, les normes, les catégories et les effets produits ? Quels formats permettent de transformer ce qui gouverne sans apparaître ?
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## Limite archicratique
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Le gain foucaldien est immense : il rend visible un pouvoir qui n’a plus besoin de se montrer comme souverain pour être effectif.
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Le gain foucaldien est considérable : il rend visible un pouvoir qui n’a plus besoin de se montrer comme souverain pour être effectif.
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Mais son angle mort est également important : la critique de la diffusion du pouvoir ne dit pas toujours assez comment rouvrir effectivement la scène, ni comment reconstruire des médiations instituantes capables de réarticuler ce qui gouverne.
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Mais, du point de vue archicratique, cette puissance critique laisse une difficulté ouverte. La gouvernementalité permet de diagnostiquer la diffusion du pouvoir, mais elle ne formalise pas toujours les conditions institutionnelles, documentaires et scéniques de sa reprise.
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Du point de vue archicratique, la gouvernementalité est donc une ressource diagnostique majeure, mais non encore un modèle suffisant d’archicration.
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Elle montre comment les conduites sont orientées ; elle dit moins comment les architectures de conduite peuvent être réouvertes, justifiées, contestées et co-viabilisées.
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La question archicratique devient alors : comment transformer une rationalité de gouvernement en objet de comparution ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Foucault. Elle ne refuse pas le diagnostic gouvernemental ; elle cherche à lui adosser des scènes d’épreuve, des contre-prises, des journaux de justification et des cartographies des scènes manquantes et des dispositifs capables de rendre contestable ce qui gouverne silencieusement.
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## Références minimales
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- Michel Foucault, *Sécurité, territoire, population*, cours au Collège de France, 1977-1978.
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- Michel Foucault, *Naissance de la biopolitique*, cours au Collège de France, 1978-1979.
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||||
- Michel Foucault, *Surveiller et punir*, 1975.
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||||
- Michel Foucault, *Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir*, 1976.
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## Renvois
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@@ -27,40 +27,78 @@ navigation:
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compare: ["pluralite-natalite-action", "dissensus-politique", "technodiversite-et-cosmotechnie"]
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apply: ["journal-de-justification", "droit-au-differe-contradictoire", "audit-archicratique"]
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[frontmatter inchangé]
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La grammatisation et la prolétarisation cognitive désignent ici un paradigme de régulation technique dans lequel la capture, la discrétisation et l’automatisation des savoirs transforment les capacités humaines en fonctions externalisées, calculables et potentiellement dépossédées.
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||||
La grammatisation et la prolétarisation cognitive désignent un paradigme de régulation technique dans lequel la capture, la discrétisation et l’automatisation des savoirs transforment les capacités humaines en fonctions externalisées, calculables et potentiellement dépossédées.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans ce paradigme, les gestes, les perceptions, les jugements et les savoir-faire sont progressivement découpés, enregistrés, formalisés puis redistribués dans des dispositifs techniques capables d’en capter la mémoire, d’en accélérer l’exécution et d’en orienter les usages.
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Chez Bernard Stiegler, la grammatisation désigne le processus par lequel des flux continus — gestes, paroles, perceptions, savoirs, mémoires, comportements — sont découpés en unités discrètes, enregistrables, calculables, transmissibles et automatisables.
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Elle ne concerne donc pas seulement l’écriture alphabétique. Elle s’étend aux machines industrielles, aux médias, aux technologies numériques, aux bases de données, aux algorithmes et aux dispositifs de captation de l’attention.
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La prolétarisation cognitive désigne alors la perte de savoirs, de savoir-faire et de savoir-vivre qui accompagne cette externalisation. Les capacités humaines ne disparaissent pas simplement : elles sont transférées, formalisées, automatisées, puis réorganisées par des systèmes techniques qui peuvent appauvrir l’autonomie, la mémoire, l’attention et le jugement.
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Mais le diagnostic stieglerien n’est pas technophobe. La technique est pharmacologique : elle peut être poison ou remède. Elle peut déposséder, automatiser et court-circuiter les capacités humaines ; mais elle peut aussi soutenir la mémoire, l’individuation, la transmission, l’apprentissage et la reprise collective des savoirs.
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## Distinction
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La **grammatisation** désigne le processus par lequel des continuités pratiques, perceptives ou symboliques sont discrétisées en unités manipulables, stockables et transmissibles.
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La **prolétarisation cognitive** désigne la perte corrélative de savoirs, de prises et de capacités de jugement au profit de systèmes techniques qui les prennent en charge à la place des sujets.
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La grammatisation ne désigne pas une simple numérisation.
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Ce paradigme ne se réduit donc pas à une critique générale des machines. Il permet de penser une mutation de la régulation où la technique n’outille plus seulement l’activité : elle en reconfigure la mémoire, l’attention, l’autonomie et les conditions de transmission.
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Elle désigne une opération plus profonde : rendre des pratiques discrétisables, stockables, comparables, reproductibles et automatisables.
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La prolétarisation cognitive ne désigne pas seulement l’ignorance ou la perte de compétence individuelle. Elle désigne une transformation systémique dans laquelle les dispositifs techniques prennent en charge des capacités auparavant exercées, transmises et discutées par des sujets ou des collectifs.
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Ce paradigme se distingue donc d’une critique générale des machines. Il interroge les conditions dans lesquelles les techniques externalisent les capacités humaines : soit pour les augmenter et les transmettre, soit pour les capturer, les standardiser et les neutraliser.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- l’automatisation des savoirs et des décisions ;
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- la perte de capacités critiques et de savoir-faire ;
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- la transformation industrielle de l’attention et de la mémoire ;
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- les nouvelles formes de dépendance cognitive produites par les dispositifs techniques.
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- l’automatisation des savoirs, des gestes et des décisions ;
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- la captation industrielle de l’attention ;
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- la transformation technique de la mémoire collective ;
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- la perte de savoir-faire et de capacités critiques ;
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- la dépendance cognitive aux dispositifs numériques ;
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- la manière dont les systèmes techniques reconfigurent les conditions mêmes de l’apprentissage, du jugement et de l’autonomie.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve ici un outil critique majeur pour décrire des régulations qui tiennent en capturant les facultés mêmes de jugement, d’anticipation et d’interprétation des acteurs.
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L’archicratie trouve dans ce paradigme une ressource critique majeure.
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Elle prolonge toutefois ce paradigme en posant la question de la reprise politique de ces capacités : comment rouvrir des scènes où les savoirs, les règles, les médiations techniques et les critères d’arbitrage puissent redevenir discutables, transmissibles et co-viables, au lieu d’être intégralement délégués à des chaînes d’automatisation ?
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La grammatisation éclaire la manière dont une régulation peut s’inscrire dans des formats techniques : interfaces, protocoles, bases de données, modèles, procédures, classifications, automatisations et chaînes de décision.
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Elle montre que la cratialité technique ne se contente pas d’exécuter des ordres : elle reconfigure les capacités mêmes des acteurs à comprendre, juger, se souvenir, agir et contester.
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Du point de vue archicratique, la question devient alors : où les processus de grammatisation peuvent-ils comparaître ?
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Quels savoirs sont capturés ? Quelles capacités sont externalisées ? Quels critères sont automatisés ? Quelles mémoires sont conservées ou effacées ? Quels sujets perdent des prises ? Quels collectifs peuvent réouvrir la discussion sur ces dispositifs ?
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L’archicration demande donc que les chaînes de grammatisation puissent être rendues lisibles, documentées, contestables et révisables.
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## Limite archicratique
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Le gain de Stiegler est sa puissance de diagnostic sur la dépossession cognitive.
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Le gain stieglerien est considérable : il permet de comprendre que la dépossession contemporaine ne porte pas seulement sur le travail matériel, mais aussi sur l’attention, la mémoire, le jugement et les capacités d’individuation.
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Mais son angle mort est que la critique de la prolétarisation ne dit pas toujours assez comment instituer les formes positives, stables et partageables d’une reprise scénique.
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Mais, du point de vue archicratique, ce diagnostic doit être prolongé par une théorie plus explicite des scènes de reprise.
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L’archicratie y voit donc une ressource critique décisive, à arrimer à des dispositifs de réouverture.
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Il ne suffit pas de dire que les savoirs sont prolétarisés. Il faut déterminer par quels dispositifs ils peuvent être réappropriés, discutés, transmis, corrigés et co-viabilisés.
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La question archicratique devient alors : comment transformer une chaîne de dépossession cognitive en scène de réindividuation collective ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Stiegler. Elle reprend la critique de la prolétarisation, mais l’arrime à des dispositifs concrets : journal de justification, droit au différé contradictoire, audit archicratique, scènes d’épreuve, institutions de mémoire et contre-prises collectives.
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Sans ces scènes, la grammatisation tend vers l’automatisation silencieuse des capacités humaines. Avec elles, elle peut redevenir pharmacologique : non plus seulement captation, mais support de reprise, de transmission et de co-viabilisation.
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## Références minimales
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||||
- Bernard Stiegler, *La Technique et le Temps 1. La faute d’Épiméthée*, 1994.
|
||||
- Bernard Stiegler, *La Technique et le Temps 2. La désorientation*, 1996.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Mécréance et discrédit 1. La décadence des démocraties industrielles*, 2004.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Prendre soin. De la jeunesse et des générations*, 2008.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Pour une nouvelle critique de l’économie politique*, 2009.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Dans la disruption*, 2016.
|
||||
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||||
## Renvois
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@@ -27,16 +27,33 @@ navigation:
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compare: ["dissensus-politique", "archicration", "theorie-de-la-resonance"]
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apply: ["archidiagnostic", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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L’habitus et la violence symbolique désignent ici un paradigme de régulation dans lequel l’ordre social se reproduit à travers l’incorporation de dispositions durables, la structuration des positions dans des champs différenciés et l’efficacité d’une violence symbolique souvent méconnue.
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||||
L’habitus et la violence symbolique désignent un paradigme de régulation dans lequel l’ordre social se reproduit par l’incorporation de dispositions durables, la structuration des positions dans des champs et l’efficacité d’une violence symbolique souvent méconnue.
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## Ancrage théorique minimal
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||||
Dans ce paradigme, la stabilité d’un ordre ne dépend pas seulement de règles explicites ou de décisions visibles. Elle tient aussi au fait que les agents intériorisent des manières de percevoir, de juger et d’agir qui reconduisent l’ordre établi tout en le rendant largement évident à leurs propres yeux.
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Chez Pierre Bourdieu, l’habitus désigne un système de dispositions durables et transposables, acquis au cours des trajectoires sociales, qui oriente les manières de percevoir, de juger et d’agir sans passer par une explicitation consciente.
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Le champ désigne un espace structuré de positions, traversé par des rapports de force et des luttes pour l’accès à des ressources spécifiques (capital économique, culturel, social, symbolique). Chaque champ possède ses règles implicites, ses critères de légitimité et ses formes propres de hiérarchisation.
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La violence symbolique désigne la capacité d’imposer des catégories de perception, des classements et des hiérarchies qui sont reconnus comme légitimes par ceux-là mêmes qui les subissent. Elle s’exerce d’autant plus efficacement qu’elle est méconnue comme violence.
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L’ordre social tient ainsi par un ajustement entre habitus et champ : les dispositions incorporées tendent à s’accorder aux structures objectives, ce qui produit une reproduction sans nécessité d’un commandement explicite.
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## Distinction
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Ce paradigme ne se réduit ni à la coutume ni à l’idéologie au sens étroit.
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Ce paradigme ne se réduit ni à la coutume, ni à l’idéologie, ni à une simple contrainte extérieure.
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||||
L’**habitus** désigne des dispositions acquises et durables, le **champ** désigne un espace structuré de positions et de luttes, et la **violence symbolique** désigne l’imposition de catégories de perception ou de hiérarchies qui s’exercent d’autant mieux qu’elles sont méconnues comme violence.
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Il désigne une forme de régulation immanente dans laquelle :
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- les dispositions orientent les pratiques sans prescription explicite ;
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- les champs structurent les possibles sans centre unique de décision ;
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- la domination s’exerce sans apparaître nécessairement comme telle.
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Il se distingue ainsi :
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- des approches normatives explicites, centrées sur la règle ou la délibération ;
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- des modèles décisionnistes, centrés sur l’acte souverain ;
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- des analyses purement techniques de la régulation.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -44,22 +61,44 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la reproduction sociale ;
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- la naturalisation des hiérarchies ;
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- l’incorporation pratique de l’ordre ;
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- les effets régulateurs d’un monde social déjà distribué et symboliquement tenu.
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- l’ajustement entre dispositions et structures ;
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- les effets régulateurs incorporés ;
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- la persistance d’un ordre sans commandement visible ;
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- la force des évidences sociales qui échappent à la contestation.
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Il éclaire particulièrement les situations où l’ordre tient parce qu’il est vécu comme allant de soi.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve ici une ressource critique importante : elle permet de montrer qu’une régulation peut tenir très puissamment sans apparaître comme telle, parce qu’elle s’est déposée dans les corps, les attentes et les classements.
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L’archicratie trouve dans ce paradigme une ressource critique décisive.
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Mais l’archicratie s’en distingue en insistant sur la possibilité — toujours fragile — de rendre ces prises visibles, disputables et transformables. Là où l’habitus et la violence symbolique expliquent la reproduction, l’archicratie demande aussi comment une société peut rouvrir sa scène d’épreuve.
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Il montre que la régulation peut être extrêmement efficace sans apparaître comme telle, parce qu’elle est incorporée dans les habitus et inscrite dans les structures des champs. Il met en évidence une forme d’arcalité diffuse, incorporée et peu explicitée, ainsi qu’une cratialité qui s’exerce à travers les classements, les trajectoires et les anticipations pratiques.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : la comparution.
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Là où Bourdieu décrit la reproduction d’un ordre incorporé, l’archicration demande où cet ordre peut être rendu visible, contesté et transformé. Comment faire apparaître ce qui fonctionne comme évidence ? Comment rouvrir des prises là où les dispositions reconduisent silencieusement l’ordre ?
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## Limite archicratique
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Le gain bourdieusien est immense pour diagnostiquer les formes d’oblitération incorporée.
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Le gain bourdieusien est immense : il permet de comprendre que la domination peut se maintenir sans coercition explicite, par intériorisation et ajustement pratique.
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Mais son angle mort est de moins dire comment instituer positivement des contre-scènes capables de défaire, corriger ou déplacer ces reproductions.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient à la faible formalisation des conditions de réouverture.
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L’archicratie y voit donc une théorie majeure de l’inertie symbolique, mais non encore une théorie suffisante de la réinstitution.
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Le paradigme met en lumière l’inertie des dispositions et la force des champs, mais il dit moins clairement comment instituer des scènes capables de désajuster ces habitus, de rendre visibles les catégories incorporées et de produire des transformations durables.
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La question archicratique devient alors : comment faire comparaître un ordre qui se tient dans l’évidence ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Bourdieu. Elle ne conteste pas le diagnostic de reproduction ; elle cherche à lui adjoindre des dispositifs de mise en visibilité et de désajustement critique : scènes d’épreuve, contre-prises, formats de justification, cartographies des scènes manquantes.
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Sans ces dispositifs, la violence symbolique tend à se reconduire comme évidence incorporée. Avec eux, elle peut devenir objet de critique, de transformation et de co-viabilisation.
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## Références minimales
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- Pierre Bourdieu, *Esquisse d’une théorie de la pratique*, 1972.
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- Pierre Bourdieu, *Le sens pratique*, 1980.
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||||
- Pierre Bourdieu, *La distinction*, 1979.
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||||
- Pierre Bourdieu, *Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques*, 1982.
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- Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, *La reproduction*, 1970.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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related: ["synchrotopie", "atopie", "scene-darchicration", "institution-invisible", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "co-viabilite", "archicration"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["hypotopie", "cartographie-des-scenes-manquantes", "configuration-et-interdependance", "archidiagnostic"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["atopie", "synchrotopie", "scene-darchicration"]
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deepen: ["institution-invisible", "co-viabilite", "regime-de-co-viabilite"]
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compare: ["hypotopie", "autarchicratie", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic", "audit-archicratique"]
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L’hypertopie désigne une configuration dans laquelle une scène, un dispositif ou une architecture de régulation déborde son site initial et étend ses effets bien au-delà de son cadre apparent.
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@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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related: ["institution-invisible", "scene-manquante", "archicration-obliteree", "synchrotopie", "atopie", "scene-darchicration", "archicration", "hypertopie", "scene-empechee"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique", "archidiagnostic"]
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navigation:
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paths:
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understand: ["atopie", "synchrotopie", "scene-manquante"]
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deepen: ["institution-invisible", "scene-empechee", "archicration-obliteree"]
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compare: ["hypertopie", "autarchicratie", "desarchicration"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic", "audit-archicratique"]
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L’hypotopie désigne la topologie sous-jacente dans laquelle une part décisive de la régulation opère en dessous ou en deçà de la scène visible.
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@@ -27,18 +27,23 @@ navigation:
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compare: ["transduction-et-individuation", "regulation-morphogenetique-des-interdependances", "resonance-sociale"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic", "audit-archicratique"]
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L’inertie sociale symbolique désigne ici un paradigme décrivant la manière dont des formes, classements, rites, habitudes perceptives et évidences incorporées tendent à reconduire l’ordre collectif en amortissant ses possibilités de reconfiguration.
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L’inertie sociale symbolique désigne le paradigme selon lequel une part importante de la stabilité collective tient à la sédimentation de formes, de rites, de classements, d’habitudes perceptives et de médiations symboliques qui reconduisent l’ordre sans qu’il soit nécessaire de le refonder ou de le rejustifier en permanence.
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## Ancrage théorique minimal
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Elle ne désigne pas une pure immobilité. Elle renvoie plutôt à la persistance active de formes déjà instituées, qui continuent d’orienter les conduites, de hiérarchiser les positions et d’amortir les possibilités de bifurcation.
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Chez Marcel Mauss, les faits sociaux engagent souvent plusieurs dimensions à la fois : rituelle, juridique, économique, affective, symbolique et politique. Certaines formes collectives tiennent précisément parce qu’elles condensent ces dimensions dans des pratiques répétées, transmises et reconnues.
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Chez Pierre Bourdieu, cette inertie se comprend à travers l’habitus, les champs et la violence symbolique. Les agents incorporent des dispositions durables qui rendent certaines hiérarchies, catégories et manières d’agir immédiatement plausibles, légitimes ou naturelles.
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L’inertie sociale symbolique ne désigne donc pas une immobilité passive. Elle désigne une persistance active : les formes déjà instituées continuent d’orienter les conduites, de stabiliser les positions et d’amortir les écarts avant même qu’ils ne deviennent pleinement visibles comme contestations.
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## Distinction
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Ce paradigme ne se confond ni avec la seule coercition visible ni avec la seule inertie administrative.
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Ce paradigme ne se confond ni avec la seule coercition visible, ni avec la seule inertie administrative, ni avec une simple résistance au changement.
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L’inertie est ici sociale et symbolique : elle tient à l’incorporation, à la répétition, à la légitimation diffuse et à la reproduction de formes qui paraissent aller de soi.
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Il se distingue ainsi de la [Transduction et individuation](/glossaire/transduction-et-individuation/), qui insiste davantage sur la genèse de formes nouvelles à partir des tensions, et de la [Régulation morphogénétique des interdépendances](/glossaire/regulation-morphogenetique-des-interdependances/), qui met l’accent sur la transformation structurante des relations.
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||||
Il se distingue ainsi de la [Transduction et individuation](/glossaire/transduction-et-individuation/), qui insiste sur la genèse de formes nouvelles à partir des tensions, et de la [Régulation morphogénétique des interdépendances](/glossaire/regulation-morphogenetique-des-interdependances/), qui met l’accent sur la transformation structurante des relations.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -46,14 +51,36 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la reconduction silencieuse des hiérarchies ;
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- la stabilisation symbolique des positions ;
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- la force des formes incorporées ;
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- la difficulté à rouvrir certaines évidences collectives.
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- la force des rites, classements et évidences incorporées ;
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- la difficulté à rouvrir certaines formes collectives déjà naturalisées ;
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- l’amortissement des possibilités de bifurcation.
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## Rapport à l’archicratie
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L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) y trouve une ressource critique importante : une société peut tenir non seulement par ses scènes visibles, mais aussi par des sédimentations symboliques qui reconduisent l’ordre en deçà de la comparution explicite.
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||||
L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) trouve ici une ressource critique importante : une société peut tenir non seulement par ses institutions visibles, ses règles explicites ou ses scènes déclarées, mais aussi par des sédimentations symboliques qui reconduisent l’ordre en deçà de la comparution.
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Elle s’en distingue toutefois en demandant comment ces inerties peuvent redevenir visibles, disputables et réinstituables dans une [Scène d’épreuve](/glossaire/scene-depreuve/).
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Du point de vue archicratique, l’inertie sociale symbolique manifeste une arcalité diffuse : elle stabilise des cadres, des légitimités, des évidences et des formes d’attachement. Elle produit aussi une cratialité discrète : elle oriente les conduites, limite les bifurcations, rend certaines contestations improbables ou illisibles.
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Mais l’archicratie ajoute une exigence : comment ces inerties peuvent-elles redevenir visibles, discutables et réinstituables dans une [Scène d’épreuve](/glossaire/scene-depreuve/) ?
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## Limite archicratique
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Le gain du paradigme est de montrer que l’ordre ne se reproduit pas seulement par décision, contrainte ou procédure, mais par sédimentation symbolique.
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Mais, du point de vue archicratique, son risque est de décrire fortement la persistance sans toujours formaliser les conditions de réouverture.
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La question archicratique devient alors : comment faire comparaître ce qui tient précisément parce qu’il paraît aller de soi ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge ce paradigme. Elle cherche à transformer l’inertie symbolique en objet d’archidiagnostic : repérer les formes sédimentées, cartographier les scènes manquantes, rendre visibles les classements incorporés et ouvrir des prises de reconfiguration.
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## Références minimales
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||||
- Marcel Mauss, *Essai sur le don*, 1925.
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||||
- Marcel Mauss, *Sociologie et anthropologie*, 1950.
|
||||
- Pierre Bourdieu, *Esquisse d’une théorie de la pratique*, 1972.
|
||||
- Pierre Bourdieu, *La distinction*, 1979.
|
||||
- Pierre Bourdieu, *Le sens pratique*, 1980.
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||||
- Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, *La reproduction*, 1970.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "preemption-algorithmique", "gouvernementalite", "pharmacologie-technique", "regulation-technique-et-legitimation-democratique", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle"]
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||||
opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur", "gouvernementalite-algorithmique"]
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navigation:
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||||
primaryNext: "preemption-algorithmique"
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||||
primaryReason: "La préemption algorithmique radicalise la tension entre liberté d’action et sécurisation anticipatrice."
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paths:
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||||
understand: ["tension", "gouvernementalite-algorithmique", "preemption-algorithmique"]
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||||
deepen: ["droit-au-differe-contradictoire", "coupe-circuit-citoyen", "pharmacologie-technique"]
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||||
compare: ["pluralite-natalite-action", "dissensus-politique", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
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||||
apply: ["tribunal-de-lalgorithme", "audit-archicratique", "journal-de-justification"]
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La tension entre liberté d’action et régimes de sécurité algorithmique désigne le conflit structurel entre la capacité des sujets et des collectifs à agir de manière ouverte, imprévisible et révisable, et les dispositifs de calcul, de surveillance, de notation, de préemption ou de nudging déployés au nom de la sécurité, de la fluidité ou de l’optimisation.
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||||
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||||
@@ -28,16 +28,27 @@ navigation:
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||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "volonte-generale"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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Le lieu vide du pouvoir désigne ici un paradigme politique selon lequel la démocratie moderne se caractérise par la désincorporation du pouvoir : le lieu du pouvoir demeure institué mais ne peut plus être durablement confondu avec le corps d’un souverain, d’un parti ou d’une substance sociale unique.
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||||
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||||
Le lieu vide du pouvoir désigne un paradigme politique selon lequel la démocratie moderne se caractérise par la désincorporation du pouvoir : le lieu du pouvoir demeure institué mais ne peut plus être durablement confondu avec le corps d’un souverain, d’un parti ou d’une substance sociale unique.
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## Ancrage théorique minimal
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||||
Dans cette perspective, le pouvoir ne disparaît pas. Il continue d’organiser la scène collective, mais il ne peut plus prétendre s’identifier pleinement à une incarnation totale du social. Cette vacance instituée ouvre l’espace de la conflictualité, de la représentation et de l’indétermination démocratique.
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||||
Chez Claude Lefort, la démocratie moderne se distingue des régimes monarchiques ou totalitaires d’incorporation du pouvoir en ce que le pouvoir n’est plus incarné dans une figure qui prétend représenter la totalité du social. Le roi, le parti ou le peuple-un ne peuvent plus coïncider avec le lieu du pouvoir.
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Ce lieu ne disparaît pas : il reste nécessaire à l’organisation symbolique du collectif. Mais il devient structurellement **vide**, au sens où aucune instance ne peut s’y installer définitivement sans être exposée à la contestation.
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||||
Cette vacance n’est pas un défaut : elle est la condition même de la démocratie. Elle signifie que la société ne peut plus se représenter comme une unité close. Elle est traversée par une division constitutive, et le pouvoir devient le lieu où cette division se donne à voir sans pouvoir être résolue une fois pour toutes.
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## Distinction
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Ce paradigme ne signifie pas absence de pouvoir, mais impossibilité de sa clôture incarnée.
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Le **lieu** du pouvoir subsiste comme point d’organisation symbolique du collectif, mais il demeure **vide** au sens où aucune instance particulière ne peut s’en déclarer propriétaire absolue sans trahir la logique démocratique elle-même.
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Le **lieu** du pouvoir subsiste comme point d’organisation symbolique du collectif, mais il demeure **vide** en ce sens qu’il ne peut être occupé que de manière provisoire, contestable et réversible.
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Il se distingue ainsi :
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- des régimes d’incorporation (monarchiques, totalitaires), où le pouvoir prétend coïncider avec une figure ou une substance sociale ;
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui reconcentre la fondation dans l’acte de trancher ;
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- de la [Volonté générale](/glossaire/volonte-generale/), lorsqu’elle est pensée comme unité substantielle du corps social.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -46,21 +57,42 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- la spécificité symbolique des démocraties modernes ;
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- la non-coïncidence entre pouvoir et société ;
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- l’ouverture constitutive de la scène politique ;
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- la légitimité du conflit, de la pluralité et de l’indétermination.
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- la légitimité du conflit et du dissensus ;
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- l’impossibilité d’une clôture définitive du social.
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Il éclaire particulièrement les situations où le pouvoir est disputé sans pouvoir être stabilisé comme propriété.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve ici une ressource précieuse pour penser qu’un ordre viable ne tient pas nécessairement par saturation du politique, mais parfois par l’institution d’une scène où nul ne peut s’approprier totalement la régulation commune.
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L’archicratie trouve ici une ressource théorique majeure.
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Elle s’en distingue toutefois en cherchant à décrire plus finement les prises, les médiations et les architectures concrètes par lesquelles cette vacance symbolique peut rester praticable, au lieu de sombrer dans l’indétermination pure ou l’oblitération silencieuse des tensions.
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Le paradigme du lieu vide du pouvoir montre qu’un ordre viable ne tient pas nécessairement par saturation ou clôture, mais par l’institution d’un espace où la régulation demeure exposée à la contestation et à la révision.
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Il éclaire une condition essentielle de l’archicration : aucune instance ne doit pouvoir se soustraire durablement à la comparution.
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Mais l’archicratie s’en distingue en introduisant une exigence supplémentaire : la matérialité des prises.
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Là où Lefort décrit la vacance symbolique du pouvoir, l’archicratie demande par quelles architectures concrètes cette vacance reste praticable ; l’archicration désigne alors la scène où cette vacance devient effectivement contestable, révisable et transformatrice.
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## Limite archicratique
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Le gain lefortien est sa capacité à désessentialiser le pouvoir et à préserver la conflictualité démocratique.
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Le gain lefortien est décisif : il empêche toute réincorporation du pouvoir dans une figure totalisante et préserve la conflictualité démocratique.
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Mais son angle mort est que la vacance symbolique ne suffit pas à elle seule à garantir des scènes robustes : le pouvoir peut demeurer non incorporé tout en devenant technocratiquement insaisissable.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient au risque d’une vacance sans prise.
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L’archicratie y voit donc une intuition majeure, à compléter par une théorie plus matérielle des dispositifs de comparution.
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Le pouvoir peut demeurer non incorporé tout en devenant difficilement saisissable, diffus, technocratique ou algorithmique, sans scènes effectives de contestation.
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La question archicratique devient alors : comment empêcher que le lieu vide ne devienne un lieu introuvable ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Lefort. Elle ne remet pas en cause la désincorporation du pouvoir ; elle cherche à lui adjoindre des dispositifs de comparution capables de rendre cette vacance opératoire, visible et transformatrice.
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Sans ces dispositifs, le lieu vide peut se transformer en espace d’indétermination impuissante ou de captation silencieuse. Avec eux, il peut devenir une véritable scène d’épreuve du commun.
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## Références minimales
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||||
- Claude Lefort, *L’invention démocratique*, 1981.
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||||
- Claude Lefort, *Essais sur le politique*, 1986.
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||||
- Claude Lefort, *La complication*, 1999.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "grammatisation-et-proletarisation-cognitive", "pharmacologie-technique", "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
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||||
opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["archicrations-historiographiques", "theorie-de-la-resonance", "liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique"]
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navigation:
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||||
primaryNext: "meta-regime"
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||||
primaryReason: "Cette tension ouvre vers la notion de méta-régime, car elle révèle une forme transversale d’articulation entre temporalité, inscription, calcul et régulation."
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paths:
|
||||
understand: ["tension", "pharmacologie-technique", "grammatisation-et-proletarisation-cognitive"]
|
||||
deepen: ["visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique", "theorie-de-la-resonance", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
|
||||
compare: ["cybernetique", "preemption-algorithmique", "pluralite-natalite-action"]
|
||||
apply: ["journal-de-justification", "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique", "scene-depreuve"]
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||||
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||||
La tension entre mémoire symbolique et instantanéité computationnelle désigne le conflit structurel entre, d’une part, les temporalités longues de transmission, de narration, d’héritage et d’historicisation, et, d’autre part, les régimes de calcul en temps réel qui privilégient l’actualisation continue, la disponibilité immédiate et l’oubli structurel.
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||||
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||||
@@ -7,9 +7,9 @@ mobilizedAuthors: ["Edgar Morin"]
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||||
comparisonTraditions: ["théorie de la complexité", "dialogique", "pensée systémique critique"]
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||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
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definitionShort: "Paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes complexes caractérisés par l’interdépendance, la récursivité et la coexistence de logiques antagonistes."
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||||
concepts: ["complexite", "dialogique", "recursivite", "systeme", "antagonisme"]
|
||||
version: "0.2.1"
|
||||
definitionShort: "Paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes complexes caractérisés par l’interdépendance, la récursivité organisationnelle, le principe hologrammatique et la coexistence de logiques antagonistes."
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||||
concepts: ["complexite", "dialogique", "recursivite", "systeme", "antagonisme", "hologrammatique"]
|
||||
links: []
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||||
kind: "paradigme"
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||||
family: "paradigme"
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||||
@@ -28,40 +28,72 @@ navigation:
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apply: ["regime-de-co-viabilite", "audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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La pensée complexe est un paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes complexes caractérisés par l’interdépendance, la récursivité et la coexistence de logiques antagonistes.
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La pensée complexe désigne ici un paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes dynamiques caractérisés par l’interdépendance des éléments, la récursivité des processus et la coexistence de logiques hétérogènes, parfois antagonistes.
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||||
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Elle critique les approches réductionnistes qui isolent les phénomènes au lieu de les replacer dans leurs réseaux d’interrelations.
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Elle s’oppose aux approches réductionnistes qui isolent les phénomènes, simplifient les causalités ou cherchent à ramener l’ordre à un principe unique.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Edgar Morin, la pensée complexe se structure autour de plusieurs principes fondamentaux.
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La **dialogique** désigne la capacité à maintenir ensemble des logiques antagonistes sans les réduire ni les résoudre dans une synthèse simplificatrice : ordre et désordre, stabilité et transformation, autonomie et dépendance peuvent coexister au sein d’un même système.
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La **récursivité organisationnelle** désigne un processus dans lequel les effets rétroagissent sur leurs causes : les produits et les résultats d’une action contribuent à produire ce qui les a rendus possibles. Une société produit des individus qui, en retour, produisent la société.
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||||
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||||
Le **principe hologrammatique** désigne le fait que le tout est présent dans les parties et que les parties participent à la constitution du tout : chaque élément porte en lui, sous certaines formes, l’organisation globale à laquelle il appartient.
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Ces principes permettent de penser les systèmes sociaux non comme des ensembles stables ou linéaires, mais comme des configurations dynamiques, traversées de boucles, de tensions et de dépendances multiples.
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## Distinction
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La pensée complexe ne renvoie pas à une célébration vague du compliqué.
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La pensée complexe ne désigne ni une complication descriptive, ni une indétermination vague.
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||||
Elle désigne une exigence de pensée selon laquelle les tensions, contradictions, rétroactions et antagonismes font partie de la structure même des systèmes vivants et sociaux.
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Elle constitue une exigence épistémologique rigoureuse : penser ensemble ce qui est séparé, articuler des logiques hétérogènes sans les réduire, intégrer les rétroactions, les incertitudes et les antagonismes comme des dimensions constitutives des systèmes.
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Elle se distingue ainsi des modèles qui cherchent à réduire l’ordre à un principe simple, linéaire ou univoque.
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Elle se distingue ainsi :
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- des approches réductionnistes, qui isolent les variables et simplifient les causalités ;
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- des modèles linéaires, qui pensent les relations en termes de causes et d’effets unidirectionnels ;
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- des paradigmes unificateurs, qui cherchent à ramener la complexité à un principe unique.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- les systèmes sociaux interdépendants ;
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- les dynamiques de transformation ;
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- les tensions constitutives des régulations collectives ;
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- la nécessité de penser ensemble ordre, désordre, stabilité et changement.
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- les dynamiques de transformation et de stabilisation ;
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- les boucles de rétroaction entre niveaux d’organisation ;
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- la coexistence de logiques contradictoires au sein d’un même ensemble ;
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- la nécessité d’articuler ordre, désordre, organisation et désorganisation ;
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- les régulations comme processus instables, évolutifs et situés.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie partage avec la pensée complexe l’idée que les régulations collectives doivent être analysées comme des configurations dynamiques où coexistent plusieurs logiques parfois contradictoires.
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L’archicratie partage avec la pensée complexe une intuition fondamentale : les régulations collectives ne peuvent être comprises comme des structures simples, linéaires ou homogènes.
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Elle prolonge cette approche en cherchant à décrire les formes institutionnelles, topologiques et scéniques capables de stabiliser ces tensions dans des régimes de co-viabilité.
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Elle prolonge toutefois cette approche en opérant un déplacement décisif.
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Là où Morin propose une **épistémologie de la complexité**, l’archicratie cherche à en produire une **topologie opératoire** : identifier les scènes, les prises, les médiations et les dispositifs par lesquels des logiques hétérogènes peuvent effectivement coexister, entrer en tension et être stabilisées sans être réduites.
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Autrement dit, la pensée complexe permet de comprendre pourquoi les régulations sont intrinsèquement plurielles et conflictuelles ; l’archicratie demande comment ces pluralités deviennent effectivement praticables, comparables et co-viabilisées.
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## Limite archicratique
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Le gain morinien est sa puissance anti-réductionniste.
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Le gain morinien est considérable : il fournit une critique puissante des simplifications abusives et permet de penser la complexité constitutive des systèmes sociaux.
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Mais son angle mort est qu’il propose davantage une épistémologie de la complexité qu’une topologie précise des scènes, des prises et des institutions de la comparution.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient à son niveau de généralité.
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L’archicratie y voit donc une matrice méthodologique très proche, mais à opérationnaliser plus précisément sur le plan régulatoire.
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La pensée complexe décrit les propriétés des systèmes, mais elle formalise moins précisément les conditions institutionnelles, documentaires et scéniques qui permettent de rendre ces complexités opératoires, discutables et transformables.
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La question archicratique devient alors : comment donner prise à la complexité ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Morin. Elle ne cherche pas à simplifier la complexité, mais à l’équiper : produire des dispositifs capables de soutenir la tension, d’organiser la comparution et de permettre la co-viabilisation de logiques hétérogènes.
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## Références minimales
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- Edgar Morin, *La Méthode*, 6 volumes, 1977-2004.
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- Edgar Morin, *Introduction à la pensée complexe*, 1990.
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- Edgar Morin, *Science avec conscience*, 1982.
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## Renvois
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@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Bernard Stiegler"]
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comparisonTraditions: ["pharmacologie de la technique", "critique de l’automatisation", "théories du soin technique"]
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edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.2.0"
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version: "0.2.1"
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definitionShort: "Paradigme de régulation fondé sur l’ambivalence constitutive des techniques, capables à la fois de soutenir le soin, la mémoire et l’attention, ou d’accroître l’entropie, l’automatisation et la dépossession."
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concepts: ["pharmacologie-technique", "technique", "soin", "attention", "automatisation", "ambivalence"]
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links: []
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understand: ["tension", "co-viabilite", "scene-depreuve"]
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deepen: ["grammatisation-et-proletarisation-cognitive", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle", "technodiversite-et-cosmotechnie"]
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apply: ["audit-archicratique", "journal-de-justification", "droit-au-differe-contradictoire"]
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apply: ["droit-au-differe-contradictoire", "journal-de-justification", "coupe-circuit-citoyen"]
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La pharmacologie technique désigne un paradigme de régulation fondé sur l’idée que toute technique est à la fois remède et poison : elle peut soutenir des formes de mémoire, de soin, de transmission et de délibération, ou au contraire accentuer l’automatisation, la désynchronisation, l’entropie attentionnelle et la dépossession cognitive.
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La pharmacologie technique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur l’ambivalence constitutive des techniques : toute technique peut fonctionner à la fois comme remède et comme poison.
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Ce paradigme ne pense donc pas la technique comme un simple outil neutre. Il l’aborde comme une puissance ambivalente qui transforme les conditions mêmes de la régulation collective.
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Elle peut soutenir la mémoire, l’attention, la transmission, le soin, la coopération et la délibération. Mais elle peut aussi accroître l’automatisation, la désorientation, l’entropie attentionnelle, la dépendance cognitive et la dépossession des capacités d’agir.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Bernard Stiegler, la technique n’est pas un simple instrument extérieur à l’humain. Elle participe à la constitution même des formes de mémoire, de savoir, d’attention, de désir et de vie collective.
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La notion de pharmacologie reprend l’ambivalence du *pharmakon* : ce qui soigne peut aussi intoxiquer ; ce qui augmente une capacité peut aussi la détruire ; ce qui conserve la mémoire peut aussi produire de l’oubli ; ce qui automatise peut libérer du temps ou prolétariser les savoir-faire.
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La technique doit donc être pensée comme une puissance de transformation des milieux symboliques, cognitifs et sociaux. Elle ne se contente pas d’exécuter des finalités déjà données : elle reconfigure les conditions mêmes dans lesquelles les sujets perçoivent, jugent, désirent, apprennent, transmettent et délibèrent.
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L’enjeu pharmacologique consiste alors à distinguer les conditions dans lesquelles une technique devient curative, capacitante et contributive, de celles où elle devient toxique, captatrice et désindividuante.
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## Distinction
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La pharmacologie technique se distingue d’une approche purement instrumentale des dispositifs.
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Elle affirme que les architectures techniques modifient les temporalités, les capacités d’attention, les milieux de symbolisation et les scènes de confrontation. La question n’est donc pas seulement : « quelle technique ? », mais : « quelles formes de soin, de mémoire, de co-gouvernance et de contestation cette technique rend-elle possibles ou impossibles ? »
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Elle ne demande pas seulement si une technique est efficace, utile ou performante. Elle demande quels effets cette technique produit sur les capacités humaines et collectives : attention, mémoire, jugement, autonomie, transmission, délibération, soin, individuation.
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Elle se distingue aussi d’une technophobie simple. La technique n’est pas condamnée en tant que telle. Elle est toujours ambivalente. La question décisive n’est donc pas de refuser la technique, mais de savoir comment l’organiser, l’instituer, la limiter, la réorienter et la soigner.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- l’ambivalence constitutive des appareils techniques ;
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- les formes de soin ou de toxicité qu’ils produisent ;
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- les effets temporels et attentionnels de l’automatisation ;
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- la nécessité de désautomatiser les automatismes.
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- l’ambivalence constitutive des dispositifs techniques ;
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- les effets de soin ou de toxicité produits par l’automatisation ;
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- la transformation technique de l’attention, de la mémoire et du jugement ;
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- les formes de prolétarisation cognitive ;
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- la nécessité de désautomatiser certains automatismes ;
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- la possibilité de dispositifs contributifs, capacitants et réindividuants ;
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- les conditions techniques d’une vie collective plus ou moins habitable.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rejoint ce paradigme dans son exigence de rendre les dispositifs habitables, révisables et disputables.
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L’archicratie trouve dans la pharmacologie technique une ressource majeure pour penser les régulations contemporaines.
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Mais elle en déplace le centre d’analyse : là où la pharmacologie technique insiste d’abord sur l’ambivalence de la technique et sur la nécessité du soin, l’archicratie cherche à décrire plus largement les architectures régulatrices dans lesquelles ce soin peut être institué, contesté et partagé.
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La pharmacologie montre qu’un dispositif technique n’est jamais seulement un moyen neutre. Il modifie les prises disponibles, les temporalités de l’action, les capacités de contestation, les formes d’attention, les régimes de mémoire et les possibilités de participation.
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Du point de vue archicratique, une technique possède donc toujours une portée régulatrice. Elle organise des arcalités : cadres, normes, formats, mémoires, critères. Elle déploie aussi des cratialités : automatisations, classements, accélérations, captures, délégations, chaînes d’action.
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Mais l’archicratie ajoute une exigence : la comparution.
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Une technique ne doit pas seulement être évaluée selon ses performances ou ses risques abstraits. Elle doit pouvoir être exposée sur une scène d’épreuve : quels effets produit-elle ? Quelles capacités augmente-t-elle ? Quelles capacités détruit-elle ? Qui peut la contester ? Qui peut la modifier ? Qui supporte ses coûts cognitifs, sociaux, symboliques ou politiques ?
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## Limite archicratique
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Le gain stieglerien est de rappeler que la technique n’est jamais neutre et qu’elle modifie la texture même du commun.
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Le gain stieglerien est considérable : il permet de comprendre que la technique transforme la texture même du commun.
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Mais son angle mort est de moins formaliser les scènes, procédures et prises institutionnelles par lesquelles une pharmacologie positive pourrait durablement s’organiser.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort possible tient à la formalisation institutionnelle des scènes de reprise. La pharmacologie technique dit puissamment qu’il faut soigner les dispositifs, désautomatiser les automatismes et produire des techniques contributives, c’est-à-dire capables d’augmenter les capacités de participation, de savoir et de délibération. Elle dit moins précisément quelles architectures publiques, documentaires, juridiques et scéniques permettent d’organiser durablement cette reprise.
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L’archicratie y voit donc une ressource critique majeure, à compléter par une topologie explicite de l’épreuve.
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La question archicratique devient alors : comment instituer une pharmacologie ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Stiegler. Elle ne se contente pas d’opposer le poison au remède ; elle demande quelles scènes, quels droits, quels journaux de justification, quels audits, quels coupe-circuits et quels dispositifs de contestation permettent de transformer une toxicité technique en objet de reprise collective.
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Sans archicration, la pharmacologie risque de rester un diagnostic critique. Avec des scènes d’épreuve robustes, elle peut devenir une politique effective de co-viabilisation technique.
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## Références minimales
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||||
- Bernard Stiegler, *La Technique et le temps 1. La faute d’Épiméthée*, 1994.
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||||
- Bernard Stiegler, *La Technique et le temps 2. La désorientation*, 1996.
|
||||
- Bernard Stiegler, *La Technique et le temps 3. Le temps du cinéma et la question du mal-être*, 2001.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Prendre soin. De la jeunesse et des générations*, 2008.
|
||||
- Bernard Stiegler, *Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?*, 2016.
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## Renvois
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@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Hannah Arendt"]
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comparisonTraditions: ["philosophie politique arendtienne", "théorie de l’action", "philosophie du monde commun"]
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edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.2.0"
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version: "0.2.1"
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definitionShort: "Paradigme politique dans lequel la régulation doit ménager l’apparition de sujets pluriels capables d’initiative, d’action concertée et d’inauguration imprévisible dans un monde commun."
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||||
concepts: ["pluralite-natalite-action", "pluralite", "natalite", "action", "monde-commun", "apparition"]
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links: []
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@@ -28,38 +28,71 @@ navigation:
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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La pluralité, la natalité et l’action désignent un paradigme politique dans lequel la régulation doit ménager l’apparition de sujets pluriels capables d’initiative, d’action concertée et d’inauguration imprévisible dans un monde commun.
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||||
La pluralité, la natalité et l’action désignent ici un paradigme politique dans lequel la régulation doit ménager l’apparition de sujets pluriels capables d’initiative, d’action concertée et d’inauguration imprévisible dans un monde commun.
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||||
La pluralité y signifie que le collectif n’est jamais réductible à une unité homogène. La natalité désigne la capacité de commencer, d’introduire du nouveau, d’ouvrir une séquence inattendue. L’action, enfin, renvoie à la mise en commun visible de cette capacité d’initiative.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Hannah Arendt, la pluralité est la condition fondamentale de la politique. Les humains ne vivent pas seulement comme membres interchangeables d’une espèce ou comme individus isolés ; ils apparaissent les uns devant les autres comme êtres singuliers, capables de parole, d’action et d’initiative.
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La natalité désigne la capacité de commencer. Chaque naissance introduit dans le monde la possibilité d’un commencement imprévisible. Politiquement, cela signifie qu’un ordre commun n’est jamais seulement reproduction, conservation ou administration : il doit pouvoir accueillir l’irruption du nouveau.
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L’action est le mode par lequel cette capacité de commencer devient publique. Elle ne se réduit ni au travail, orienté vers la nécessité vitale, ni à l’œuvre, orientée vers la fabrication durable d’objets. L’action engage la parole, l’initiative, la pluralité et l’exposition dans un espace commun.
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Le monde commun n’est donc pas une simple addition d’intérêts privés. Il est l’espace fragile où des sujets peuvent apparaître, se répondre, agir ensemble et inaugurer des séquences dont les effets ne sont jamais entièrement maîtrisables.
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## Distinction
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Ce paradigme ne pense pas l’ordre depuis la seule stabilité ni depuis la seule administration.
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Ce paradigme ne pense pas l’ordre depuis la seule stabilité, la seule souveraineté ou la seule administration.
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Il soutient qu’un monde commun ne tient réellement que s’il laisse place à l’apparition, à la parole, à l’action et à l’inédit. La régulation n’y a donc pas pour seule tâche de contenir les désajustements, mais aussi de rendre possible l’émergence de commencements nouveaux.
|
||||
Il affirme qu’un monde politique digne de ce nom doit préserver la possibilité de l’apparition, de la parole et de l’initiative. La régulation n’a donc pas seulement pour tâche de contenir les désajustements ; elle doit aussi protéger les conditions dans lesquelles du nouveau peut surgir.
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Il se distingue ainsi :
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- de la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui anticipe et neutralise les écarts avant qu’ils ne deviennent actes disputables ;
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- de l’[Exception souveraine](/glossaire/exception-souveraine/), qui recentre l’ordre dans la suspension et la décision ;
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||||
- d’une administration purement gestionnaire, qui tend à réduire l’action à un comportement prévisible ou à une procédure.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- la scène publique comme espace d’apparition ;
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- l’importance politique de l’initiative ;
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- la pluralité comme condition du commun ;
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- la fragilité des mondes où l’action devient impossible ou purement décorative.
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- la pluralité comme condition du monde commun ;
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- la natalité comme puissance politique du commencement ;
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||||
- l’action comme initiative exposée aux autres ;
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- la fragilité des mondes où la parole devient décorative ;
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- les formes de domination qui empêchent l’apparition ou réduisent les sujets à des fonctions.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicration trouve ici un voisinage très fort, car elle suppose elle aussi des scènes où les prises d’un ordre peuvent comparaître, être exposées et retravaillées.
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L’archicratie trouve dans ce paradigme une ressource décisive pour penser la scène d’épreuve comme espace vivant d’apparition, et non comme simple procédure de contrôle.
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L’archicratie s’en distingue toutefois en ce qu’elle ne centre pas son analyse uniquement sur l’espace d’apparition des sujets politiques, mais sur les architectures plus larges qui rendent possible ou empêchent cet espace. La pluralité, la natalité et l’action peuvent ainsi être lues comme l’une des formes les plus vives de la scène d’épreuve dans un régime non oblitéré.
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La pluralité, la natalité et l’action rappellent qu’une régulation co-viable ne doit pas seulement maintenir un ordre. Elle doit aussi ménager les conditions dans lesquelles des sujets peuvent apparaître, parler, contester, initier et transformer le monde commun.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : elle demande quelles architectures rendent cette apparition possible.
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Une scène publique ne suffit pas si elle n’a pas de prises, pas de mémoire, pas de formats de reprise, pas de médiations et pas de capacité à transformer les architectures qui encadrent l’action.
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Autrement dit, Arendt éclaire la dimension existentielle et politique de l’apparition ; l’archicration demande comment cette apparition devient durablement traitable, révisable et co-viabilisable.
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## Limite archicratique
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Le gain arendtien est immense : il rappelle que la régulation doit aussi laisser surgir du neuf.
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Le gain arendtien est immense : il rappelle que la politique ne commence pas avec l’administration de la vie, mais avec l’apparition de sujets capables d’initiative dans un monde commun.
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Mais son angle mort est de moins dire comment cette apparition s’articule durablement à des infrastructures, des procédures et des médiations capables d’en soutenir la tenue.
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Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse une difficulté ouverte. Il pense puissamment la scène d’apparition, mais formalise moins les infrastructures, procédures, archives, garanties et contre-prises nécessaires pour soutenir cette scène dans la durée.
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L’archicratie y voit donc une théorie décisive de l’apparition politique, à relier à une théorie plus explicite des architectures de régulation.
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La question archicratique devient alors : comment instituer les conditions matérielles, symboliques et procédurales de l’apparition ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Arendt. Elle ne réduit pas l’action à la régulation ; elle cherche à empêcher que les architectures de régulation détruisent la possibilité même de l’action.
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Sans scène d’archicration, la pluralité peut être célébrée sans prise réelle. Avec des scènes robustes, elle peut devenir puissance effective de transformation du commun.
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## Références minimales
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||||
- Hannah Arendt, *Condition de l’homme moderne*, 1958.
|
||||
- Hannah Arendt, *La crise de la culture*, 1961.
|
||||
- Hannah Arendt, *Essai sur la révolution*, 1963.
|
||||
- Hannah Arendt, *Qu’est-ce que la politique ?*, textes posthumes.
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## Renvois
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@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Antoinette Rouvroy", "Thomas Berns"]
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comparisonTraditions: ["gouvernementalité algorithmique", "critique de la préemption", "théorie du calcul prédictif"]
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||||
edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.2.0"
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version: "0.2.1"
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definitionShort: "Paradigme de régulation dans lequel les comportements sont anticipés, scorés, orientés ou désincités avant même de devenir des actes disputables sur une scène politique ou juridique."
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||||
concepts: ["preemption-algorithmique", "algorithme", "scoring", "nudging", "anticipation", "modulation"]
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links: []
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@@ -33,37 +33,74 @@ navigation:
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apply: ["droit-au-differe-contradictoire", "coupe-circuit-citoyen", "tribunal-de-lalgorithme"]
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La préemption algorithmique désigne un paradigme de régulation dans lequel les comportements sont anticipés, scorés, orientés ou désincités avant même de devenir des actes disputables sur une scène politique, juridique ou délibérative.
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||||
La préemption algorithmique désigne ici un paradigme de régulation dans lequel les comportements sont anticipés, scorés, orientés ou désincités avant même de devenir des actes disputables sur une scène politique, juridique ou délibérative.
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Il ne s’agit plus principalement de juger après coup, ni même d’interdire explicitement, mais de moduler en amont les trajectoires possibles par le calcul, la corrélation et l’ajustement continu.
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Elle ne consiste plus à juger après coup, ni même à interdire explicitement, mais à moduler en amont les trajectoires possibles par le calcul, la corrélation et l’ajustement continu.
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## Ancrage théorique minimal
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Dans le prolongement des analyses d’Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, la préemption algorithmique constitue une radicalisation de la gouvernementalité algorithmique.
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Le pouvoir n’agit plus seulement sur les conduites, mais sur les **conditions de possibilité des conduites**. Il opère en amont de l’action, à partir de corrélations statistiques, de profils, de scores et de probabilités.
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Son trait décisif est de déplacer la régulation du registre de la décision vers celui de la **modulation probabiliste**. Il ne s’agit plus de dire ce qui est permis ou interdit, mais de rendre certaines trajectoires plus probables, plus fluides ou plus accessibles que d’autres.
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L’action elle-même tend alors à être reconfigurée : elle n’apparaît plus comme initiative imprévisible, mais comme actualisation d’un espace de possibles déjà pré-structuré.
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## Distinction
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La préemption algorithmique se distingue d’une régulation discursive, procédurale ou litigieuse.
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La préemption algorithmique se distingue radicalement des formes classiques de régulation.
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Elle n’a pas besoin d’attendre que le conflit apparaisse, puisque son efficacité consiste précisément à neutraliser les écarts avant qu’ils n’accèdent à une scène de contestation. Là où d’autres paradigmes rendent la régulation visible et discutable, la préemption algorithmique tend à fonctionner sous le seuil de la dispute.
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Elle ne repose ni sur la loi explicite, ni sur la décision souveraine, ni sur la délibération publique, ni même sur la sanction après coup. Son efficacité consiste précisément à éviter que ces scènes aient lieu.
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Elle se distingue ainsi :
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- de la [Gouvernementalité](/glossaire/gouvernementalite/), qui agit sur les conduites, mais laisse encore subsister des espaces de visibilité et de contestation ;
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- de la [Gouvernementalité algorithmique](/glossaire/gouvernementalite-algorithmique/), dont elle constitue une intensification lorsqu’il ne s’agit plus seulement d’orienter, mais d’**empêcher l’émergence même de l’écart** ;
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||||
- du [Dissensus politique](/glossaire/dissensus-politique/), qui suppose l’apparition d’un conflit sur une scène partageable.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- les formes de régulation prédictive ;
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- le gouvernement par anticipation probabiliste ;
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- la transformation des actions en trajectoires calculées ;
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- la neutralisation précoce de la disputabilité ;
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||||
- les architectures de tri comportemental ;
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- l’optimisation silencieuse des conduites ;
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- l’évitement de la scène juridique ou politique.
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- l’évitement des scènes juridiques, politiques ou délibératives ;
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- la substitution de la modulation continue à la décision explicite ;
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- la production de comportements sans passage par l’épreuve du conflit.
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Il éclaire particulièrement les situations où l’ordre tient en empêchant que les écarts deviennent visibles, formulables ou contestables.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rencontre ici l’une de ses antithèses les plus décisives.
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L’archicratie rencontre ici l’une de ses limites critiques les plus fortes.
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Là où l’archicratie cherche à rendre la régulation traversable, contestable et révisable, la préemption algorithmique tend à dissoudre la scène d’épreuve dans l’implémentation discrète, le calcul corrélationnel et la modulation continue. Elle court-circuite la triade tensionnelle en désactivant les conditions mêmes de l’archicration.
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Là où l’archicration suppose une tension mise en scène, une comparution des prises et une possibilité de transformation, la préemption algorithmique agit en amont de cette triade. Elle désactive les conditions mêmes de l’épreuve en empêchant que l’écart advienne comme objet disputable.
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Du point de vue archicratique, elle correspond à une forme avancée d’oblitération : la régulation fonctionne, mais sans scène, sans différé, sans dossier, sans contestation possible.
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La question n’est donc plus seulement : « qui décide ? », mais : **qu’est-ce qui empêche qu’il y ait encore quelque chose à décider publiquement ?**
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## Limite archicratique
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Le gain analytique du concept est très fort : il permet de nommer une forme de pouvoir qui n’attend plus la comparution du conflit.
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Le gain analytique du concept est décisif : il permet de nommer une mutation profonde du pouvoir, qui ne passe plus par la décision visible mais par la pré-structuration invisible des possibles.
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Mais son angle mort est qu’il décrit surtout la fermeture. L’archicratie prolonge alors le diagnostic en demandant quels dispositifs peuvent réintroduire du différé, du dossier, de la contradiction et de l’arrêt.
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Mais, du point de vue archicratique, ce diagnostic doit être prolongé.
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La préemption décrit une fermeture de la scène. L’enjeu devient alors d’identifier les dispositifs capables de la rouvrir : réintroduire du temps, du différé, du conflit, de la documentation, de la contestabilité et de la capacité d’arrêt.
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La question archicratique devient alors : comment rendre à nouveau disputable ce qui a été préempté ?
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C’est dans cette perspective que prennent sens des dispositifs comme le droit au différé contradictoire, le journal de justification, le tribunal de l’algorithme ou le coupe-circuit citoyen.
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Sans ces contre-prises, la régulation tend vers l’autarchicratie : une efficacité sans comparution. Avec elles, elle peut redevenir un objet de co-viabilisation.
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## Références minimales
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- Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, “Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation”, 2013.
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- Antoinette Rouvroy, “La gouvernementalité algorithmique : radicalisation et stratégie immunitaire du capitalisme et du néolibéralisme ?”, 2011.
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- Thomas Berns, travaux sur la statistique et le gouvernement des conduites.
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## Renvois
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@@ -4,8 +4,8 @@ term: "Régime de co-viabilité"
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aliases: []
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edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.2.0"
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definitionShort: "Forme d’ordre dans laquelle la question centrale n’est pas seulement qui commande, mais comment des formes de vie, des milieux, des intérêts et des temporalités peuvent tenir ensemble sous des contraintes multiples."
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version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Topologie de l’ordre collectif définie par la capacité à faire tenir ensemble des formes de vie, des milieux et des temporalités sous contrainte, sans produire de destructions irréversibles ni d’incompatibilités généralisées."
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concepts: ["regime-de-co-viabilite", "co-viabilite", "regulation", "forme-dordre", "tension", "maintien", "composition"]
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links: []
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kind: "topologie"
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@@ -25,49 +25,91 @@ navigation:
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apply: ["gouvernance-des-communs", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
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||||
Le régime de co-viabilité désigne une forme d’ordre dans laquelle la question centrale n’est pas seulement : « qui gouverne ? », mais : « comment des formes de vie, des milieux, des intérêts et des temporalités peuvent-ils tenir ensemble sans destruction irréversible ? »
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||||
Le régime de co-viabilité désigne une topologie de l’ordre collectif dans laquelle la question centrale n’est pas seulement : « qui gouverne ? », mais : « comment des formes de vie, des milieux, des intérêts et des temporalités peuvent-ils tenir ensemble sans produire de destructions irréversibles ni d’incompatibilités généralisées ? »
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||||
Cette notion déplace l’analyse politique vers la tenue concrète des coexistences.
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Cette notion déplace l’analyse politique vers la condition matérielle, relationnelle et temporelle de la tenue du commun.
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## Ancrage conceptuel minimal
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Un régime de co-viabilité ne se définit pas d’abord par ses institutions visibles, mais par sa capacité effective à maintenir des coexistences sous contrainte.
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Il implique :
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- la gestion de tensions irréductibles ;
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- la limitation des dynamiques destructrices ;
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- la compatibilisation partielle de logiques hétérogènes ;
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- la soutenabilité dans le temps des formes de vie et des milieux.
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Un ordre peut être stable, légitime ou performant sans être co-viable. La co-viabilité introduit ainsi un critère distinct : celui de la tenue non destructrice du commun.
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## Distinction
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Le régime de co-viabilité ne se réduit ni à un régime institutionnel visible, ni à une doctrine de légitimité, ni à un simple état d’équilibre.
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Le régime de co-viabilité ne se réduit :
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Il désigne une forme d’ordre orientée vers la possibilité, toujours précaire, de maintenir un monde habitable malgré des tensions multiples.
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- ni à un régime institutionnel identifiable ;
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- ni à une doctrine de légitimité ;
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- ni à un équilibre statique.
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L’enjeu n’est donc pas seulement l’autorité, mais la manière dont une société rend compatible ce qui pourrait autrement se détruire, se dissocier ou s’incompatibiliser durablement.
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Il désigne une forme d’ordre orientée vers la possibilité, toujours fragile, de maintenir un monde habitable.
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## Fonction dans le paradigme
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Il se distingue ainsi :
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Cette notion est centrale pour l’archicratie, car elle reformule la question politique.
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- des approches centrées sur la souveraineté ou la décision ;
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- des modèles purement normatifs de légitimité ;
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- des visions fonctionnelles qui ignorent les effets destructeurs différés.
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Au lieu de partir uniquement de la souveraineté, de l’État, du marché ou du droit, elle part de la régulation des coexistences.
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## Fonction dans le système théorique
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Un régime de co-viabilité doit en effet :
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Cette notion joue un rôle structurant dans l’architecture archicratique.
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- composer avec des tensions durables ;
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- articuler des contraintes matérielles, symboliques et institutionnelles ;
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- instituer des scènes de révision ;
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- rendre soutenable une pluralité de formes de vie.
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Elle permet de relire l’ensemble des paradigmes comme des manières de traiter la question de la tenue du commun :
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- certains renforcent la co-viabilité ;
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- d’autres la fragilisent ;
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- d’autres encore la rendent invisible.
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Le régime de co-viabilité devient ainsi un critère transversal d’analyse des formes de régulation.
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## Rapport aux méta-régimes
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Les régimes de co-viabilité peuvent être lus à travers les grands [Méta-régimes archicratiques](/glossaire/meta-regime-archicratique/).
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Les [Méta-régimes archicratiques](/glossaire/meta-regime-archicratique/) décrivent les grandes matrices par lesquelles une société traite ses tensions.
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Ceux-ci décrivent les grandes matrices par lesquelles une société traite ses tensions, se stabilise, se transmet ou se transforme.
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Le régime de co-viabilité désigne donc le niveau général du problème ; le méta-régime archicratique en décrit les formes typiques.
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Le régime de co-viabilité désigne le problème général auquel ces matrices répondent.
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Autrement dit :
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- le régime de co-viabilité nomme la question centrale de la tenue du commun ;
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- le méta-régime archicratique en explicite les solutions structurelles récurrentes.
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- le régime de co-viabilité pose la question de la tenue du commun ;
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- les méta-régimes décrivent les formes typiques de réponse à cette question.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie se définit comme une théorie des conditions de possibilité de la co-viabilité.
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Elle ne cherche pas seulement à décrire les régulations existantes, mais à identifier :
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- les prises qui permettent leur maintien ;
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- les scènes où elles peuvent être révisées ;
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- les dispositifs capables de limiter leurs effets destructeurs.
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L’archicration apparaît alors comme le processus par lequel un régime devient effectivement co-viable en se rendant traversable, contestable et transformable.
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## Enjeu politique
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La force de cette notion est de rappeler qu’un ordre n’est jamais jugé seulement sur son principe de commandement, mais aussi sur sa capacité à maintenir un monde commun sans écrasement irréversible des vivants, des milieux, des différences et des temporalités.
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La notion de régime de co-viabilité introduit un déplacement décisif.
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Le régime de co-viabilité recentre ainsi l’analyse sur la tenue du commun.
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Un ordre collectif ne peut plus être évalué uniquement selon :
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- sa légitimité ;
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- son efficacité ;
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- sa stabilité.
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Il doit aussi être évalué selon sa capacité à :
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- maintenir des coexistences non destructrices ;
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- préserver des possibilités d’existence futures ;
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- rendre compatibles des formes de vie hétérogènes.
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||||
Le régime de co-viabilité constitue ainsi un critère politique fondamental dans un monde marqué par l’intensification des interdépendances et des risques d’irréversibilité.
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||||
## Renvois
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@@ -7,8 +7,8 @@ mobilizedAuthors: ["Gilbert Simondon", "Norbert Elias", "Edgar Morin"]
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||||
comparisonTraditions: ["philosophie de l’individuation", "sociologie processuelle", "théorie de la complexité"]
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||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.1.0"
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||||
definitionShort: "Paradigme selon lequel la régulation n’administre pas seulement des interdépendances déjà données, mais produit des formes nouvelles par propagation, ajustement local et transformation structurante des relations."
|
||||
version: "0.2.1"
|
||||
definitionShort: "Paradigme selon lequel la régulation ne s’applique pas à des interdépendances données, mais constitue le processus même par lequel des formes relationnelles émergent, se transforment et se stabilisent."
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||||
concepts: ["regulation-morphogenetique-des-interdependances", "morphogenese", "interdependance", "transformation", "co-viabilisation", "structuration"]
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||||
links: []
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||||
kind: "paradigme"
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||||
@@ -28,32 +28,73 @@ navigation:
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||||
apply: ["archicratisation", "audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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||||
La régulation morphogénétique des interdépendances désigne le paradigme selon lequel la régulation ne se contente pas de contenir, d’équilibrer ou de redistribuer des relations déjà constituées, mais participe à la production de formes nouvelles à travers l’ajustement, la propagation et la reconfiguration des interdépendances elles-mêmes.
|
||||
La régulation morphogénétique des interdépendances désigne ici un paradigme selon lequel la régulation ne s’applique pas à des relations déjà constituées, mais constitue le processus même par lequel des interdépendances prennent forme, se transforment et se stabilisent.
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||||
|
||||
L’ordre y est pensé comme genèse structurée plutôt que comme simple conservation.
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||||
L’ordre n’y est pas pensé comme un état à maintenir, mais comme une genèse continue de formes relationnelles.
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## Ancrage théorique minimal
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||||
Ce paradigme croise trois apports majeurs.
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Chez Gilbert Simondon, la notion de **transduction** permet de penser la formation des structures comme propagation d’une opération dans un milieu, produisant simultanément les termes et leurs relations.
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||||
Chez Norbert Elias, les **configurations d’interdépendance** désignent des ensembles dynamiques où les individus et les relations se co-transforment dans le temps, sans centre de contrôle unique.
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||||
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||||
Chez Edgar Morin, la **pensée complexe** met en évidence les boucles de rétroaction, les tensions et les dynamiques non linéaires qui caractérisent les systèmes vivants et sociaux.
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||||
Ces approches convergent vers une même idée : les formes sociales ne préexistent pas à leur régulation ; elles émergent à travers elle.
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## Distinction
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Ce paradigme se distingue d’une vision statique de la régulation.
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Ce paradigme se distingue des conceptions classiques de la régulation.
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||||
Il ne considère pas seulement comment un système tient, mais comment il se transforme en faisant émerger de nouvelles cohérences relationnelles.
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||||
Il ne considère pas la régulation comme une instance extérieure qui ajuste, corrige ou stabilise un système donné. Il la comprend comme une dynamique interne de formation des structures.
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||||
|
||||
Il s’oppose ainsi à l’[Inertie sociale symbolique](/glossaire/inertie-sociale-symbolique/), qui met davantage l’accent sur la reconduction des formes déjà sédimentées.
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||||
Il se distingue ainsi :
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|
||||
- des modèles statiques, qui pensent les relations comme déjà constituées ;
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||||
- des approches administratives, qui traitent la régulation comme gestion d’un donné ;
|
||||
- de l’[Inertie sociale symbolique](/glossaire/inertie-sociale-symbolique/), qui met l’accent sur la reconduction des formes stabilisées.
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||||
|
||||
Ici, la régulation est intrinsèquement **générative**.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- la genèse des formes collectives ;
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||||
- la transformation structurante des interdépendances ;
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||||
- la genèse relationnelle des formes collectives ;
|
||||
- la propagation locale de solutions régulatrices ;
|
||||
- la manière dont des tensions deviennent productrices de nouvelles configurations.
|
||||
- la propagation locale de configurations régulatrices ;
|
||||
- la manière dont des tensions deviennent productrices de formes nouvelles ;
|
||||
- les processus par lesquels un ordre se reconfigure de l’intérieur.
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||||
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||||
Il éclaire particulièrement les situations où l’ordre ne peut être maintenu qu’en se transformant.
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## Rapport à l’archicratie
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L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) trouve ici une ressource majeure pour penser la co-viabilisation comme processus de transformation et non comme simple maintien.
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||||
L’archicratie trouve ici une ressource fondamentale.
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||||
Elle s’en distingue néanmoins en insistant sur la nécessité de scènes où ces transformations puissent aussi comparaître, être qualifiées et devenir politiquement disputables.
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Ce paradigme permet de comprendre que la co-viabilisation n’est pas un simple ajustement entre entités données, mais un processus morphogénétique par lequel de nouvelles prises, relations et formes de coordination émergent.
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Il éclaire ainsi la dimension dynamique de l’archicration : les scènes, les prises et les médiations ne sont pas seulement des supports de régulation, mais des opérateurs de transformation.
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||||
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : la comparution.
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||||
Là où la morphogenèse décrit la formation des formes, l’archicration demande où et comment ces transformations deviennent visibles, qualifiables et disputables.
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## Limite archicratique
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||||
Le gain de ce paradigme est sa capacité à penser la régulation comme production de formes.
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Mais son angle mort possible est de ne pas garantir en lui-même les conditions de visibilité de cette production.
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Une morphogenèse peut être extrêmement active tout en restant opaque, non documentée ou non disputable.
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||||
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||||
La question archicratique devient alors : comment rendre la morphogenèse comparable ?
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||||
C’est ici que l’archicratie prolonge ce paradigme. Elle ne se contente pas de penser la transformation des interdépendances ; elle cherche à instituer des scènes où cette transformation peut être suivie, discutée et orientée.
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||||
Sans ces scènes, la morphogenèse peut produire des formes puissantes mais non maîtrisées. Avec elles, elle peut devenir un processus de co-viabilisation explicite.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "democratie-deliberative", "gouvernementalite-algorithmique", "liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales"]
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||||
opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["cybernetique", "pharmacologie-technique", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle"]
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navigation:
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||||
primaryNext: "tribunal-de-lalgorithme"
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||||
primaryReason: "Le tribunal de l’algorithme traduit cette tension en dispositif de comparution des régulations techniques."
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paths:
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||||
understand: ["tension", "gouvernementalite-algorithmique", "democratie-deliberative"]
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deepen: ["liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle", "cybernetique"]
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||||
compare: ["preemption-algorithmique", "pharmacologie-technique", "dissensus-politique"]
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||||
apply: ["tribunal-de-lalgorithme", "audit-archicratique", "journal-de-justification"]
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---
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La tension entre régulation technique et légitimation démocratique désigne le conflit structurel entre, d’un côté, des dispositifs techniques, procéduraux ou automatisés capables d’assurer une prise rapide et efficace sur des processus complexes, et, de l’autre, l’exigence politique de validation collective, de justification publique et de révisabilité.
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||||
|
||||
@@ -7,8 +7,8 @@ mobilizedAuthors: ["Hartmut Rosa"]
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||||
comparisonTraditions: ["théorie critique relationnelle"]
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edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.1.0"
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||||
definitionShort: "Concept relationnel désignant la qualité de réponse mutuelle par laquelle un monde social demeure encore habitable, audible et transformable pour les sujets qui y prennent part."
|
||||
version: "0.2.1"
|
||||
definitionShort: "Concept relationnel désignant une modalité de rapport au monde fondée sur la réponse mutuelle, l’affectation réciproque et la transformation, par laquelle un monde social demeure habitable sans être totalement maîtrisable."
|
||||
concepts: ["resonance-sociale", "resonance", "relation", "reponse", "monde-social", "habitabilite"]
|
||||
links: []
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||||
kind: "paradigme"
|
||||
@@ -19,8 +19,8 @@ related: ["theorie-de-la-resonance", "pluralite-natalite-action", "scene-depreuv
|
||||
opposedTo: ["preemption-algorithmique"]
|
||||
seeAlso: ["fait-social-total", "dissensus-politique", "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique"]
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||||
navigation:
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||||
primaryNext: "theorie-de-la-resonance"
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||||
primaryReason: "La théorie de la résonance permet de replacer la qualité relationnelle dans un paradigme plus large du monde répondant."
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||||
primaryNext: "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique"
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||||
primaryReason: "La visibilité médiatique et la reconnaissance symbolique permettent d’éprouver concrètement si une relation sociale demeure audible, reconnue et transformable."
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||||
paths:
|
||||
understand: ["theorie-de-la-resonance", "scene-depreuve", "co-viabilite"]
|
||||
deepen: ["pluralite-natalite-action", "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique", "dissensus-politique"]
|
||||
@@ -28,32 +28,75 @@ navigation:
|
||||
apply: ["journal-de-justification", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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||||
---
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||||
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||||
La résonance sociale désigne la qualité de relation par laquelle un monde collectif ne demeure pas seulement stable ou fonctionnel, mais encore capable de répondre à ceux qui l’habitent, de les affecter sans les écraser et de se laisser transformer par leurs prises de parole, d’action ou de présence.
|
||||
La résonance sociale désigne ici une modalité de relation au monde dans laquelle les sujets et les environnements entrent dans un rapport de réponse mutuelle, d’affectation réciproque et de transformation.
|
||||
|
||||
Elle renvoie ainsi à une forme de tenue du commun qui ne se réduit ni à la pure efficacité ni à la pure conformité.
|
||||
Un monde social est résonant lorsqu’il ne se contente pas de fonctionner ou de se maintenir, mais lorsqu’il demeure capable de répondre à ceux qui l’habitent, de les affecter sans les écraser, et de se laisser transformer par leurs prises.
|
||||
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||||
## Ancrage théorique minimal
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||||
Chez Hartmut Rosa, la résonance ne désigne ni un état psychologique individuel ni une harmonie sociale.
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||||
Elle désigne une **structure relationnelle** caractérisée par trois dimensions :
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||||
- une **relation d’adresse** : le sujet se sent concerné par le monde et s’y rapporte comme à quelque chose qui lui parle ;
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||||
- une **réponse** : le monde répond, résiste, affecte, renvoie quelque chose qui ne se réduit pas à une pure projection ;
|
||||
- une **transformation** : le sujet et le monde sont modifiés par cette interaction.
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||||
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||||
Un élément décisif est que la résonance implique une part d’**indisponibilité** : elle ne peut être entièrement programmée, contrôlée ou optimisée. Elle suppose une ouverture à ce qui échappe.
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||||
## Distinction
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||||
La résonance sociale ne se confond ni avec l’harmonie ni avec le consensus.
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||||
La résonance sociale ne se confond ni avec l’harmonie, ni avec le consensus, ni avec la simple satisfaction.
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||||
Un monde peut être conflictuel, traversé de tensions et néanmoins demeurer résonant dès lors que des formes de réponse, d’écoute, d’apparition et de transformation mutuelle y restent possibles.
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||||
Un monde peut être conflictuel, instable et néanmoins résonant, dès lors que les relations restent traversées par des possibilités d’adresse, de réponse et de transformation.
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||||
Elle s’oppose ainsi à la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui tend à neutraliser les écarts avant leur comparution.
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Elle se distingue ainsi :
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- des modèles instrumentaux, où le monde est réduit à une ressource disponible ;
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- des régimes de pure efficacité, où la relation est remplacée par l’optimisation ;
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||||
- de la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui tend à neutraliser l’imprévisibilité et à supprimer l’indisponibilité constitutive de la résonance.
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## Fonction dans le paysage théorique
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||||
Ce concept permet de penser :
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Ce paradigme permet de penser :
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- la qualité vécue du lien social ;
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- la possibilité d’un monde encore répondant ;
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- les seuils où l’ordre devient muet, saturé ou non habitable ;
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||||
- les conditions relationnelles d’une vie collective non entièrement instrumentale.
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- la qualité relationnelle d’un monde social ;
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- la possibilité d’un rapport non purement instrumental au réel ;
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- les seuils de mutisme, d’aliénation ou de saturation ;
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- les conditions d’une transformation vécue et non imposée ;
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||||
- la différence entre un monde maîtrisé et un monde habitable.
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||||
Il éclaire particulièrement les situations où un ordre fonctionne mais ne répond plus.
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## Rapport à l’archicratie
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L’[Archicratie](/glossaire/archicratie/) peut y trouver un indicateur précieux de la qualité sensible et relationnelle d’une régulation.
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||||
L’archicratie trouve dans la résonance sociale un indicateur décisif de la qualité d’un régime de régulation.
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||||
Elle s’en distingue toutefois en demandant aussi par quelles scènes, quelles prises documentaires et quelles architectures cette qualité peut être soutenue, disputée ou réinstituée.
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Une régulation peut être stable, efficace et même légitime, tout en étant non résonante : elle ne répond pas, n’affecte pas, ne se laisse pas transformer.
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Du point de vue archicratique, la résonance renvoie à la dimension vécue de la co-viabilisation : un régime est viable non seulement lorsqu’il tient, mais lorsqu’il reste habitable.
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Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : la matérialité des conditions de cette résonance.
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Là où Rosa décrit une structure relationnelle, l’archicration demande :
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- où cette relation peut apparaître ;
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- par quelles scènes elle peut se manifester ;
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- par quels dispositifs elle peut être soutenue, contestée ou restaurée.
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## Limite archicratique
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Le gain du concept est majeur : il permet de penser la qualité relationnelle d’un monde au-delà de sa seule fonctionnalité.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient à la difficulté d’institution.
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La résonance ne peut être produite mécaniquement. Mais elle peut être empêchée structurellement.
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La question archicratique devient alors : comment éviter l’anti-résonance ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge ce paradigme. Elle ne cherche pas à produire la résonance, mais à identifier et transformer les architectures qui la rendent impossible : absence de scène, saturation, accélération, capture, préemption.
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Sans ces transformations, la résonance reste un idéal fragile. Avec elles, elle peut devenir une dimension opératoire de la co-viabilisation.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "gouvernance-des-communs", "configuration-et-interdependance", "coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"]
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opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["cosmopolitique", "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique", "regulation-technique-et-legitimation-democratique"]
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navigation:
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primaryNext: "gouvernance-des-communs"
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primaryReason: "La gouvernance des communs permet de penser la régulation des interdépendances au-delà de la seule souveraineté territoriale."
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paths:
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||||
understand: ["tension", "co-viabilite", "configuration-et-interdependance"]
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||||
deepen: ["gouvernance-des-communs", "cosmopolitique", "coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice"]
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||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"]
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||||
apply: ["scene-depreuve", "cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique"]
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---
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La tension entre souverainetés territoriales et interdépendances globales désigne le conflit structurel entre des cadres politiques principalement organisés autour de territoires délimités, et des processus de crise, de circulation, d’échange, de pollution, de calcul ou de dépendance qui excèdent ces limites.
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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||||
related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "gouvernance-des-communs", "biopolitique", "travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite"]
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opposedTo: []
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seeAlso: ["souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur"]
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navigation:
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||||
primaryNext: "travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur"
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||||
primaryReason: "Le travail vivant prolonge la tension de subsistance vers les formes d’abstraction, de captation et de dépossession."
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paths:
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||||
understand: ["formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "biopolitique", "co-viabilite"]
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||||
deepen: ["travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur", "gouvernance-des-communs", "fait-social-total"]
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||||
compare: ["preemption-algorithmique", "gouvernementalite-algorithmique", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales"]
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apply: ["scene-depreuve", "audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes"]
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---
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La tension entre subsistance vivante et captation capitalistique désigne le conflit structurel entre, d’une part, les conditions matérielles, écologiques, organiques et symboliques qui rendent la vie possible et, d’autre part, les logiques d’appropriation, d’extraction et de rentabilité qui traitent ces conditions comme des ressources captables.
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||||
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||||
@@ -15,6 +15,12 @@ level: "avance"
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||||
related: ["scene-darchicration", "archicration", "hypotopie", "hypertopie", "atopie", "co-viabilite", "regime-de-co-viabilite"]
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opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["scene-depreuve", "monde-instituable", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic"]
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||||
navigation:
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||||
paths:
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||||
understand: ["atopie", "hypotopie", "hypertopie"]
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||||
deepen: ["scene-darchicration", "archicration", "co-viabilite"]
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||||
compare: ["regime-de-co-viabilite", "meta-regime", "scene-depreuve"]
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||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "archidiagnostic", "audit-archicratique"]
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||||
La synchrotopie désigne la configuration topologique dans laquelle plusieurs scènes, temporalités ou niveaux de régulation coexistent et doivent être synchronisés pour qu’une archicration soit opérante.
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@@ -7,8 +7,8 @@ mobilizedAuthors: ["Yuk Hui"]
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||||
comparisonTraditions: ["philosophie contemporaine de la technique", "cosmotechnie", "critique de l’universalisation technique"]
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||||
edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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version: "0.2.0"
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||||
definitionShort: "Paradigme de régulation technique selon lequel les formes de la technique ne sont ni universelles ni neutres, mais toujours inscrites dans des mondes, des cosmologies et des manières plurielles d’habiter l’ordre collectif."
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||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Paradigme selon lequel les techniques ne sont pas universelles mais indissociables de cosmologies situées, impliquant une pluralité irréductible de formes de rationalité, de régulation et d’habitabilité du monde."
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||||
concepts: ["technodiversite-et-cosmotechnie", "technodiversite", "cosmotechnie", "technique", "pluralite", "monde", "cosmologie"]
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||||
links: []
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kind: "paradigme"
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||||
@@ -19,49 +19,81 @@ related: ["archicratie", "co-viabilite", "pharmacologie-technique", "agencement-
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||||
opposedTo: ["cybernetique", "gouvernementalite-algorithmique"]
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||||
seeAlso: ["grammatisation-et-proletarisation-cognitive", "pluralite-natalite-action", "configuration-et-interdependance"]
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||||
navigation:
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||||
primaryNext: "cosmopolitique"
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||||
primaryReason: "La cosmopolitique permet de prolonger la pluralité des mondes techniques vers une scène de composition entre formes de vie, milieux et régulations hétérogènes."
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||||
primaryNext: "regime-de-co-viabilite"
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||||
primaryReason: "La technodiversité appelle un régime de co-viabilité capable de composer plusieurs mondes techniques sans les réduire à un modèle unique."
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paths:
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||||
understand: ["pharmacologie-technique", "cosmopolitique", "co-viabilite"]
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||||
deepen: ["coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice", "formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "configuration-et-interdependance"]
|
||||
compare: ["cybernetique", "gouvernementalite-algorithmique", "agencement-machinique"]
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||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique", "regime-de-co-viabilite"]
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||||
apply: ["formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite", "audit-archicratique", "regime-de-co-viabilite"]
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||||
La technodiversité et la cosmotechnie désignent un paradigme de régulation technique selon lequel les formes de la technique ne sont ni universelles ni neutres, mais toujours inscrites dans des mondes, des cosmologies et des manières plurielles d’habiter l’ordre collectif.
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||||
La technodiversité et la cosmotechnie désignent ici un paradigme selon lequel les techniques ne constituent pas un domaine universel homogène, mais des configurations situées, indissociables de cosmologies, de formes de vie et de régimes de normativité spécifiques.
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||||
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||||
Dans cette perspective, la technique n’est pas seulement un ensemble d’outils ou de procédures efficaces. Elle engage toujours une manière de composer un monde, de hiérarchiser les finalités, de relier les humains, les milieux et les normes.
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||||
Il n’existe pas “la technique” en général, mais une pluralité de manières d’articuler opérations techniques, ordre du monde et finalités humaines.
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||||
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||||
## Ancrage théorique minimal
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Chez Yuk Hui, la notion de **cosmotechnie** désigne l’unité d’une technique et d’une cosmologie : toute technique suppose une manière de comprendre le monde, d’y situer l’humain et d’ordonner les finalités de l’action.
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|
||||
La **technodiversité** désigne alors la pluralité irréductible de ces couplages entre techniques et mondes.
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||||
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||||
Cette approche critique l’idée d’une rationalité technique universelle qui pourrait s’imposer indépendamment des contextes culturels, historiques et cosmologiques. Elle montre que l’expansion d’un modèle technique unique correspond toujours à une forme de réduction des mondes possibles.
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## Distinction
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Ce paradigme ne doit pas être confondu avec un relativisme vague ni avec un simple pluralisme culturel.
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Ce paradigme ne se confond ni avec un relativisme culturel, ni avec un pluralisme descriptif.
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La **technodiversité** désigne la pluralité effective des trajectoires techniques possibles. La **cosmotechnie** désigne l’inscription de toute technique dans une articulation déterminée entre ordre cosmique, ordre moral et ordre opératoire.
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||||
Il affirme une thèse plus forte : les techniques sont constitutivement situées et ne peuvent être pleinement comprises ni évaluées indépendamment des cosmologies qui les portent.
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Il se distingue ainsi des modèles qui universalissent la rationalité technique comme si elle valait partout de la même manière.
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||||
Il se distingue ainsi :
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- des modèles universalistes, qui supposent une rationalité technique neutre et exportable ;
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- des approches strictement instrumentales, qui isolent les dispositifs de leurs conditions de sens ;
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||||
- de la [Cybernétique](/glossaire/cybernetique/) et de la [Gouvernementalité algorithmique](/glossaire/gouvernementalite-algorithmique/), lorsqu’elles tendent à homogénéiser les régimes de régulation à partir de logiques calculatoires généralisées.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- la pluralité des rationalités techniques ;
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- l’ancrage civilisationnel et cosmologique des dispositifs ;
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- la critique des universalismes technologiques ;
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||||
- la possibilité d’autres trajectoires de régulation technique que celles de l’automatisation intégrale.
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||||
- l’inscription des dispositifs dans des mondes de sens ;
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||||
- les conflits entre trajectoires technologiques ;
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||||
- la réduction des mondes induite par l’universalisation technique ;
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||||
- la possibilité de bifurcations techniques non hégémoniques.
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Il éclaire particulièrement les situations où un modèle technique s’impose en invisibilisant d’autres formes possibles d’habiter le monde.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie trouve ici une ressource décisive pour penser que toute régulation technique est située, historiquement formée et liée à des mondes de sens.
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||||
L’archicratie trouve ici une ressource théorique majeure.
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||||
Elle rejoint ce paradigme dans la critique de l’uniformisation technique et dans l’idée qu’un ordre viable suppose des articulations pluralisées entre formes de vie, normes et dispositifs. Mais elle s’en distingue en cherchant à expliciter comment ces pluralités deviennent comparables, arbitrables et politiquement soutenables dans une scène commune de co-viabilité.
|
||||
Ce paradigme montre que toute régulation technique est située : elle repose sur des choix implicites de valeurs, de finalités, de temporalités et de formes d’existence.
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||||
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||||
Du point de vue archicratique, cela implique que la co-viabilisation ne peut pas être pensée comme simple coordination technique. Elle doit intégrer la pluralité des mondes techniques et des formes d’habitabilité.
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||||
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : la comparution entre ces mondes.
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Là où la technodiversité affirme la pluralité, l’archicration demande comment cette pluralité peut devenir :
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- visible ;
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- traduisible ;
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- arbitrable ;
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- politiquement soutenable dans une scène commune.
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## Limite archicratique
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Le gain de Yuk Hui est sa critique radicale de l’universalisation technologique.
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Le gain du paradigme est décisif : il empêche de penser la technique comme universelle et ouvre la possibilité de mondes multiples.
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||||
Mais son angle mort est que la pluralité des cosmotechnies ne dit pas encore, à elle seule, comment organiser des scènes communes de traduction, d’arbitrage et de révision entre mondes techniques hétérogènes.
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||||
Mais son angle mort tient à la difficulté de composition.
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||||
L’archicratie y voit donc une ressource essentielle pour penser la pluralité, à compléter par une théorie des médiations scéniques.
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La technodiversité affirme la pluralité, mais ne fournit pas en elle-même les conditions de sa mise en relation.
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||||
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||||
La question archicratique devient alors : comment faire coexister des cosmotechnies hétérogènes ?
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||||
C’est ici que l’archicratie prolonge ce paradigme. Elle ne cherche pas à unifier les techniques, mais à instituer des scènes de traduction, de négociation et de co-viabilisation entre elles.
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||||
Sans ces scènes, la pluralité reste fragmentée ou dominée. Avec elles, elle peut devenir une pluralité organisée.
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||||
## Renvois
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@@ -16,8 +16,8 @@ related: ["archicratie", "co-viabilite", "arcalite", "cratialite", "archicration
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||||
opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["scene-depreuve", "autarchicratie", "obliteration-archicratique", "liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique", "souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle"]
|
||||
navigation:
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||||
primaryNext: "archicration"
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||||
primaryReason: "L’archicration montre comment une tension devient traitable par des scènes, médiations et dispositifs de régulation."
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||||
primaryNext: "regime-de-co-viabilite"
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||||
primaryReason: "Le régime de co-viabilité permet de comprendre comment les tensions peuvent être stabilisées sans être abolies, dans une forme d’ordre tenable."
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||||
paths:
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||||
understand: ["archicratie", "arcalite", "cratialite"]
|
||||
deepen: ["archicration", "co-viabilite", "scene-depreuve"]
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||||
|
||||
@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Luc Boltanski", "Laurent Thévenot"]
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||||
comparisonTraditions: ["sociologie pragmatique", "théorie des cités", "analyse des disputes"]
|
||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
|
||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Paradigme sociologique selon lequel les conflits sociaux s’organisent autour de régimes de justification différents permettant aux acteurs de rendre leurs positions légitimes dans des situations de dispute."
|
||||
concepts: ["justification", "grandeur", "cites", "regimes-de-justification", "dispute", "epreuve"]
|
||||
links: []
|
||||
@@ -27,41 +27,72 @@ navigation:
|
||||
compare: ["decisionnisme-souverain", "domination-legale-rationnelle", "preemption-algorithmique"]
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||||
apply: ["journal-de-justification", "tribunal-de-lalgorithme", "audit-archicratique"]
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||||
---
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||||
La théorie de la justification désigne ici un paradigme sociologique selon lequel les conflits sociaux s’organisent autour de régimes de justification différents, permettant aux acteurs de rendre leurs positions légitimes dans des situations de dispute.
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||||
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||||
La théorie de la justification est un paradigme sociologique selon lequel les conflits sociaux s’organisent autour de régimes de justification différents permettant aux acteurs de rendre leurs positions légitimes dans des situations de dispute.
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||||
## Ancrage théorique minimal
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||||
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||||
Dans cette perspective, les acteurs ne se contentent pas de défendre des intérêts. Ils mobilisent des principes de légitimité reconnus publiquement afin de justifier leurs positions, leurs décisions ou leurs critiques.
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||||
Chez Luc Boltanski et Laurent Thévenot, les acteurs ne sont pas seulement déterminés par des intérêts, des positions sociales ou des rapports de force. Ils disposent aussi de capacités critiques : ils peuvent dénoncer, justifier, contester, demander des comptes et rapporter une situation à des principes supérieurs de légitimité.
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||||
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||||
Dans *De la justification*, les auteurs identifient plusieurs “cités” ou mondes de justification : inspiré, domestique, civique, marchand, industriel et de l’opinion, auxquels seront ensuite ajoutés d’autres régimes, notamment dans l’analyse du nouvel esprit du capitalisme.
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||||
Chaque cité définit une manière différente d’établir ce qui vaut, ce qui est grand, ce qui est légitime, ce qui mérite reconnaissance ou ce qui peut être critiqué.
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Une dispute n’est donc pas un simple affrontement d’intérêts. Elle est une épreuve dans laquelle les acteurs doivent rendre leurs positions recevables selon des grammaires de justification partagées ou contestées.
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||||
## Distinction
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||||
Ce paradigme ne réduit pas le conflit à un simple rapport de force brut.
|
||||
Ce paradigme ne réduit pas le conflit à un rapport de force brut.
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||||
Il suppose que les disputes passent aussi par des épreuves de recevabilité, des grammaires de légitimité et des formats de comparabilité.
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||||
Il montre que les acteurs peuvent mobiliser des principes de légitimité, entrer dans des épreuves de justification et confronter plusieurs régimes normatifs dans une même situation.
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||||
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||||
Il se distingue ainsi du décisionnisme, qui tranche sans justification partagée, mais aussi de théories plus structuralistes dans lesquelles les acteurs ne disposent que faiblement de capacités explicites de justification.
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||||
Il se distingue ainsi :
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui tranche sans devoir nécessairement construire une justification partagée ;
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- du [Habitus et violence symbolique](/glossaire/habitus-et-violence-symbolique/), qui insiste davantage sur l’incorporation et la reproduction des dispositions ;
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||||
- d’une conception purement procédurale de la délibération, qui peut sous-estimer la pluralité concrète des grammaires de justification.
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||||
## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de comprendre :
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Ce paradigme permet de penser :
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- comment les disputes publiques s’organisent ;
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- comment les acteurs rendent leurs positions légitimes ;
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||||
- comment plusieurs régimes normatifs peuvent coexister dans une même situation ;
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- comment une scène de justification structure déjà une forme de régulation.
|
||||
- les disputes publiques ;
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- les épreuves de légitimité ;
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||||
- la pluralité des régimes normatifs ;
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||||
- les conflits entre principes de grandeur ;
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||||
- les compromis entre mondes de justification ;
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||||
- la capacité critique ordinaire des acteurs ;
|
||||
- les conditions dans lesquelles une critique devient recevable.
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||||
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||||
## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie rejoint ce paradigme dans l’idée que les conflits sociaux ne peuvent être compris sans analyser les cadres normatifs qui structurent les justifications des acteurs.
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||||
L’archicratie trouve dans la théorie de la justification une ressource majeure.
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||||
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||||
Toutefois, là où la sociologie pragmatique décrit les régimes de justification existants, l’archicratie cherche à penser les conditions de régulation permettant de rendre ces régimes compatibles, arbitrables et révisables dans une scène commune de co-viabilité.
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||||
Elle montre qu’une régulation ne tient pas seulement par la contrainte, la règle ou l’efficacité. Elle doit aussi pouvoir être justifiée dans des formats reconnaissables par les acteurs concernés.
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||||
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||||
Du point de vue archicratique, les régimes de justification constituent des arcalités discursives : ils donnent des principes, des critères et des grandeurs à partir desquels une décision peut être défendue ou contestée.
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||||
Mais l’archicratie ajoute une exigence supplémentaire : la scène de comparution.
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||||
Il ne suffit pas que des justifications existent. Encore faut-il que les acteurs aient accès à une scène où les produire, les confronter, les documenter, les contester et les faire porter sur les architectures effectives de régulation.
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||||
## Limite archicratique
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Le gain pragmatique est très fort : il montre que le pouvoir doit souvent se justifier dans des formats reconnaissables.
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Le gain pragmatique est considérable : il montre que les acteurs ne sont pas seulement pris dans des structures, mais capables de critique, de justification et de montée en généralité.
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||||
Mais son angle mort est qu’il formalise moins explicitement les architectures profondes, les infrastructures de pouvoir et les asymétries de scène qui déterminent quelles justifications peuvent réellement compter.
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||||
Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse ouverte une difficulté : toutes les justifications ne disposent pas des mêmes prises.
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||||
L’archicratie y voit donc une théorie précieuse des formats d’épreuve, mais à réarticuler à l’analyse des prises régulatrices.
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||||
Une justification peut être recevable en théorie et rester sans effet en pratique. Une dispute peut être formulée sans atteindre la chaîne de décision. Une critique peut être entendue sans modifier l’architecture qui produit le problème.
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La question archicratique devient alors : qu’est-ce qui donne prise à une justification ?
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C’est ici que l’archicratie prolonge Boltanski et Thévenot. Elle ne se contente pas d’analyser les grammaires de justification ; elle demande quelles scènes, quels dossiers, quelles institutions, quels journaux, quels délais et quels dispositifs permettent à ces justifications de devenir réellement opératoires, opposables et révisables.
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||||
## Références minimales
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||||
- Luc Boltanski et Laurent Thévenot, *De la justification. Les économies de la grandeur*, 1991.
|
||||
- Luc Boltanski, *L’amour et la justice comme compétences*, 1990.
|
||||
- Luc Boltanski et Ève Chiapello, *Le nouvel esprit du capitalisme*, 1999.
|
||||
- Laurent Thévenot, *L’action au pluriel*, 2006.
|
||||
|
||||
## Renvois
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||||
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||||
@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Hartmut Rosa"]
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||||
comparisonTraditions: ["théorie critique contemporaine", "philosophie sociale", "sociologie de la relation"]
|
||||
edition: "glossaire"
|
||||
status: "referentiel"
|
||||
version: "0.2.0"
|
||||
version: "0.2.1"
|
||||
definitionShort: "Paradigme relationnel dans lequel la qualité d’un ordre dépend de la possibilité pour les sujets et les mondes qu’ils habitent d’entrer dans des rapports de réponse, d’écoute et de transformation mutuelle."
|
||||
concepts: ["theorie-de-la-resonance", "resonance", "relation", "reponse", "monde", "alienation"]
|
||||
links: []
|
||||
@@ -25,41 +25,68 @@ navigation:
|
||||
understand: ["co-viabilite", "scene-depreuve", "tension"]
|
||||
deepen: ["resonance-sociale", "pluralite-natalite-action", "visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique"]
|
||||
compare: ["preemption-algorithmique", "domination-legale-rationnelle", "habitus-et-violence-symbolique"]
|
||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique", "journal-de-justification"]
|
||||
apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "audit-archicratique", "resonance-sociale"]
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||||
---
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||||
La théorie de la résonance désigne ici un paradigme relationnel dans lequel la qualité d’un ordre dépend de la possibilité pour les sujets et les mondes qu’ils habitent d’entrer dans des rapports de réponse, d’écoute et de transformation mutuelle.
|
||||
|
||||
La théorie de la résonance désigne un paradigme relationnel dans lequel la qualité d’un ordre dépend de la possibilité pour les sujets et les mondes qu’ils habitent d’entrer dans des rapports de réponse, d’écoute et de transformation mutuelle.
|
||||
## Ancrage théorique minimal
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||||
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Elle met l’accent non sur la seule maîtrise, ni sur la seule stabilité, mais sur la qualité des liens qui rendent un monde habitable, répondant et non entièrement muet.
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Chez Hartmut Rosa, la résonance désigne une relation au monde dans laquelle un sujet est affecté par ce qu’il rencontre, peut y répondre, et se trouve transformé par cette relation sans la maîtriser entièrement.
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La résonance n’est donc ni harmonie, ni fusion, ni simple satisfaction subjective. Elle suppose une relation vivante entre un sujet et un monde qui lui répond, mais qui conserve aussi sa part d’indisponibilité.
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Rosa oppose cette relation aux formes d’aliénation produites par l’accélération sociale, l’instrumentalisation généralisée et la recherche de disponibilité totale du monde. Un monde entièrement contrôlé peut devenir muet ; un ordre très efficace peut devenir non résonant.
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## Distinction
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La théorie de la résonance ne se confond ni avec l’harmonie ni avec un simple sentiment de bien-être.
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La théorie de la résonance ne se confond ni avec le bien-être, ni avec le consensus, ni avec une simple intensité émotionnelle.
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Elle désigne une qualité de relation dans laquelle quelque chose du monde répond sans être totalement approprié ou dominé. Elle s’oppose à des formes de rapport purement instrumentales, accélérées ou mutiques.
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Elle désigne une qualité relationnelle spécifique : être touché, pouvoir répondre, et être transformé dans un rapport qui n’est ni pure domination ni pure passivité.
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Elle se distingue ainsi :
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- de la [Préemption algorithmique](/glossaire/preemption-algorithmique/), qui neutralise les écarts avant leur apparition ;
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- de la [Domination légale-rationnelle](/glossaire/domination-legale-rationnelle/), qui peut stabiliser un ordre sans garantir sa qualité vécue ;
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- de l’[Habitus et violence symbolique](/glossaire/habitus-et-violence-symbolique/), qui montre comment un monde peut paraître évident tout en reconduisant des formes de domination.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- la qualité vécue des liens sociaux ;
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- les pathologies de l’accélération et de l’aliénation ;
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- la qualité vécue du lien social ;
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- les pathologies de l’accélération ;
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- les formes d’aliénation produites par un monde rendu muet ;
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- les conditions d’un monde encore répondant ;
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- les formes de désajustement où la société devient silencieuse, opaque ou saturée.
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- la différence entre stabilité fonctionnelle et habitabilité relationnelle ;
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- les situations où l’ordre fonctionne mais ne répond plus.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie peut y trouver un indicateur précieux de la qualité relationnelle d’un ordre. Une société peut être stable tout en étant profondément non résonante.
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L’archicratie trouve dans la théorie de la résonance une boussole qualitative majeure.
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Cependant, du point de vue archicratique, la théorie de la résonance demeure insuffisante si elle ne parvient pas à expliciter les médiations institutionnelles, les prises objectives et les scènes où la régulation peut réellement comparaître. Elle indique une qualité du lien ; elle ne suffit pas encore à décrire une architecture opératoire de régulation.
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Elle rappelle qu’un ordre collectif ne peut pas être évalué seulement selon son efficacité, sa stabilité ou sa légalité. Il doit aussi être interrogé selon sa capacité à demeurer habitable, audible et transformable pour celles et ceux qui y prennent part.
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Du point de vue archicratique, la résonance permet de qualifier une dimension sensible de la co-viabilité : un régime peut tenir sans répondre, fonctionner sans écouter, intégrer sans transformer.
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Mais l’archicratie ajoute une exigence : identifier les scènes, les prises et les dispositifs qui rendent cette qualité relationnelle soutenable.
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## Limite archicratique
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Le gain de Rosa est sa capacité à rappeler qu’un ordre n’est pas jugé seulement sur son efficacité, mais aussi sur sa qualité sensible de monde.
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Le gain de Rosa est considérable : il permet de penser l’aliénation non seulement comme domination ou exploitation, mais comme perte de réponse entre le sujet et le monde.
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||||
Mais son angle mort est de moins formaliser les opérations institutionnelles qui permettraient de produire ou de restaurer cette résonance.
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Mais, du point de vue archicratique, la théorie de la résonance reste insuffisante si elle ne formalise pas les conditions institutionnelles, documentaires et scéniques qui permettent de restaurer cette capacité de réponse.
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||||
L’archicratie y voit donc une boussole qualitative précieuse, mais non encore une topologie régulatrice suffisante.
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||||
La question archicratique devient alors : comment instituer des conditions de résonance ?
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||||
C’est ici que l’archicratie prolonge Rosa. Elle ne se contente pas de constater qu’un monde doit répondre ; elle demande quelles architectures permettent aux voix, aux affects, aux expériences et aux contestations de devenir audibles, opposables et transformantes.
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Sans scènes d’épreuve, la résonance risque de rester une qualité vécue fragile, difficilement transmissible et politiquement peu opposable. Avec des prises régulatrices, elle peut devenir un critère de co-viabilité.
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## Références minimales
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- Hartmut Rosa, *Accélération. Une critique sociale du temps*, 2010.
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||||
- Hartmut Rosa, *Résonance. Une sociologie de la relation au monde*, 2016.
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||||
- Hartmut Rosa, *Rendre le monde indisponible*, 2018.
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## Renvois
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@@ -7,8 +7,8 @@ mobilizedAuthors: ["Bruno Latour", "Michel Callon", "John Law"]
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comparisonTraditions: ["sociologie des sciences et des techniques", "ontologie relationnelle", "études des associations"]
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||||
edition: "glossaire"
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||||
status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
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||||
definitionShort: "Paradigme sociologique selon lequel l’action collective résulte d’assemblages hétérogènes associant humains, objets techniques, institutions et savoirs dans des réseaux d’interdépendance."
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||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Paradigme sociologique selon lequel l’action collective résulte d’associations hétérogènes entre humains, objets techniques, institutions, savoirs et dispositifs, stabilisées par des chaînes de traduction."
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||||
concepts: ["acteur-reseau", "traduction", "association", "hybridation", "actant", "stabilisation"]
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links: []
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kind: "paradigme"
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@@ -25,20 +25,32 @@ navigation:
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||||
understand: ["agencement-machinique", "configuration-et-interdependance", "cybernetique"]
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||||
deepen: ["cosmopolitique", "technodiversite-et-cosmotechnie", "transduction-et-individuation"]
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||||
compare: ["gouvernementalite-algorithmique", "pharmacologie-technique", "archicration"]
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||||
apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification"]
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||||
apply: ["audit-archicratique", "cartographie-des-scenes-manquantes", "agencement-machinique"]
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La théorie de l’acteur-réseau est un paradigme sociologique selon lequel l’action collective résulte d’assemblages hétérogènes associant humains, objets techniques, institutions et savoirs dans des réseaux d’interdépendance.
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||||
La théorie de l’acteur-réseau désigne ici un paradigme sociologique selon lequel l’action collective résulte d’associations hétérogènes entre humains, objets techniques, institutions, savoirs, dispositifs et infrastructures.
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Dans cette perspective, les objets techniques, les dispositifs et les infrastructures participent activement à la structuration des situations sociales.
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## Ancrage théorique minimal
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Chez Bruno Latour, Michel Callon et John Law, le social n’est pas une substance déjà donnée qui expliquerait les actions. Il est le résultat provisoire d’associations, de médiations et de traductions entre des entités hétérogènes.
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La notion d’**actant** permet de ne pas réserver l’action aux seuls sujets humains. Un texte juridique, un logiciel, une carte, une norme technique, une molécule, un protocole, une machine ou un guichet peuvent participer à une chaîne d’action dès lors qu’ils modifient ce que d’autres acteurs peuvent faire.
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La notion de **traduction** est centrale. Elle désigne les opérations par lesquelles des acteurs définissent des problèmes, enrôlent d’autres acteurs, alignent des intérêts, stabilisent des alliances et rendent possible une action collective.
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Un réseau n’est donc pas un simple ensemble de connexions. Il est une chaîne de médiations où chaque élément transforme, déplace ou reconfigure l’action.
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## Distinction
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La théorie de l’acteur-réseau ne pense pas la société comme une substance déjà donnée.
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La théorie de l’acteur-réseau ne pense pas la société comme une totalité déjà constituée.
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||||
Elle privilégie les associations, les traductions et les stabilisations par lesquelles des collectifs tiennent provisoirement ensemble.
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Elle refuse de séparer trop vite le social, le technique, le scientifique, le politique et le matériel. Elle cherche au contraire à suivre les associations concrètes par lesquelles un collectif se compose et se stabilise.
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Elle se distingue ainsi des approches qui présupposent des institutions, des classes ou des sujets pleinement constitués avant leur mise en relation.
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Elle se distingue ainsi :
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- des approches qui expliquent l’action par des structures sociales déjà données ;
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- des théories qui séparent fortement humains et non-humains ;
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- des modèles qui réduisent les objets techniques à de simples instruments passifs.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -46,22 +58,44 @@ Ce paradigme permet de penser :
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- les assemblages socio-techniques ;
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- la participation active des non-humains aux chaînes d’action ;
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||||
- les processus de traduction et d’alignement ;
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||||
- la stabilisation toujours provisoire des collectifs.
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||||
- les processus de traduction, d’enrôlement et d’alignement ;
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||||
- la stabilisation provisoire des collectifs ;
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||||
- la matérialité des médiations ;
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||||
- les conditions par lesquelles une action devient collective.
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Il éclaire particulièrement les situations où une décision, une norme ou une institution ne peut être comprise qu’en suivant la chaîne complète des humains, objets, documents, dispositifs et infrastructures qui la rendent possible.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie partage avec ce paradigme l’idée que les régulations collectives reposent sur des configurations hybrides associant dispositifs techniques, institutions et acteurs humains.
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||||
L’archicratie trouve dans la théorie de l’acteur-réseau une ressource majeure.
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||||
Cependant, là où la théorie de l’acteur-réseau privilégie une description symétrique des réseaux, l’archicratie s’intéresse plus directement aux formes de régulation, aux tensions normatives et aux scènes de comparution qui structurent ces assemblages.
|
||||
Elle permet de comprendre qu’une régulation n’est jamais seulement portée par des sujets, des institutions ou des normes abstraites. Elle tient par des chaînes hétérogènes : formulaires, bases de données, interfaces, standards, instruments, textes, lieux, procédures, experts, usagers, capteurs, modèles et dispositifs.
|
||||
|
||||
Du point de vue archicratique, l’ANT éclaire donc la matérialité distribuée des prises régulatrices.
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||||
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : la comparution.
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||||
Là où l’acteur-réseau suit les associations, l’archicration demande où ces associations peuvent être rendues visibles, discutables et révisables. Une chaîne socio-technique peut agir puissamment sans offrir de scène où ses effets puissent être contestés.
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## Limite archicratique
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Le gain de l’ANT est sa capacité à désessentialiser les collectifs et à montrer la matérialité des chaînes d’action.
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Le gain de l’ANT est considérable : elle désessentialise le social, rend visibles les médiations matérielles et montre que les collectifs sont produits par des associations hétérogènes.
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||||
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||||
Mais son angle mort est qu’elle formalise moins nettement les critères de légitimité, les asymétries de pouvoir et les scènes où ces réseaux pourraient devenir politiquement adressables.
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||||
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient à la normativité de la scène.
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||||
L’archicratie y voit donc une théorie indispensable des associations, mais à réarticuler à une théorie de la scène et de la disputabilité.
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Décrire un réseau ne suffit pas toujours à dire comment il peut être jugé, contesté, limité ou transformé. Suivre les associations ne dit pas encore quelles prises permettent aux personnes affectées de comparaître face aux dispositifs qui les enrôlent.
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La question archicratique devient alors : comment transformer un réseau d’actants en scène d’épreuve ?
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||||
C’est ici que l’archicratie prolonge l’ANT. Elle ne nie pas la fécondité descriptive de la symétrie entre humains et non-humains ; elle demande comment cette symétrie peut être réarticulée à des exigences de justification, de responsabilité, de contestation et de co-viabilisation.
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||||
## Références minimales
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||||
- Michel Callon, “Éléments pour une sociologie de la traduction”, 1986.
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||||
- Bruno Latour, *La science en action*, 1987.
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||||
- Bruno Latour, *Nous n’avons jamais été modernes*, 1991.
|
||||
- John Law, *Organizing Modernity*, 1994.
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||||
- Bruno Latour, *Reassembling the Social*, 2005.
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## Renvois
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@@ -7,7 +7,7 @@ mobilizedAuthors: ["Gilbert Simondon"]
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comparisonTraditions: ["philosophie de l’individuation", "ontogenèse relationnelle", "pensée des potentiels"]
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||||
edition: "glossaire"
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status: "referentiel"
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||||
version: "0.2.0"
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||||
version: "0.2.1"
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||||
definitionShort: "Paradigme de régulation dans lequel les formes individuelles et collectives émergent par propagation structurante, résolution locale de tensions et co-individuation des êtres, des milieux et des dispositifs."
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||||
concepts: ["transduction-et-individuation", "transduction", "individuation", "milieu", "tension", "potentiel"]
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||||
links: []
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@@ -27,39 +27,66 @@ navigation:
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||||
compare: ["configuration-et-interdependance", "pluralite-natalite-action", "technodiversite-et-cosmotechnie"]
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||||
apply: ["co-viabilisation", "regime-de-co-viabilite", "audit-archicratique"]
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||||
---
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||||
La transduction et l’individuation désignent ici un paradigme de régulation dans lequel les formes individuelles et collectives émergent par propagation structurante, résolution locale de tensions et co-individuation des êtres, des milieux et des dispositifs.
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||||
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||||
La transduction et l’individuation désignent un paradigme de régulation dans lequel les formes individuelles et collectives émergent par propagation structurante, résolution locale de tensions et co-individuation des êtres, des milieux et des dispositifs.
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||||
## Ancrage théorique minimal
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||||
Dans cette perspective, un ordre ne préexiste pas entièrement à ses composantes. Il se constitue à travers des processus où les tensions ne sont pas d’abord éliminées, mais transformées en vecteurs de structuration.
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Chez Gilbert Simondon, l’individu n’est pas un point de départ absolu. Il est le résultat provisoire d’un processus d’individuation.
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||||
Avant l’individu constitué, il existe un champ préindividuel de potentiels, de tensions et d’incompatibilités relatives. L’individuation est le processus par lequel ces tensions se résolvent partiellement en produisant une forme nouvelle.
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||||
La notion de **transduction** désigne ce mode de formation : une activité structurante se propage de proche en proche, chaque résolution locale servant de condition à la résolution suivante.
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Un ordre n’est donc pas simplement appliqué à une matière passive. Il émerge à travers une opération de structuration progressive, dans laquelle milieu, individu et relation se co-déterminent.
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## Distinction
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Ce paradigme se distingue d’une pensée qui opposerait simplement individu et collectif, ou structure et action.
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Ce paradigme se distingue d’une pensée qui opposerait simplement individu et collectif, sujet et structure, ou forme et matière.
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L’individuation y est toujours relationnelle : les êtres, les groupes, les objets techniques et les milieux se forment ensemble. La transduction désigne précisément ce mouvement par lequel une activité se propage de proche en proche en produisant progressivement une nouvelle cohérence.
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L’individuation est toujours relationnelle. Les êtres, les groupes, les objets techniques et les milieux se forment ensemble dans des processus de co-individuation.
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||||
La transduction ne désigne donc pas une simple transmission. Elle désigne une propagation générative : une transformation qui produit progressivement les termes mêmes qu’elle relie.
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## Fonction dans le paysage théorique
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Ce paradigme permet de penser :
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- la formation progressive des collectifs ;
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- la résolution générative des tensions ;
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- les liens entre milieu technique, milieu social et formes d’existence ;
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- la manière dont la régulation peut être productrice de formes plutôt que simplement conservatrice.
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- la genèse progressive des formes ;
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- la résolution locale et provisoire des tensions ;
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- les processus de co-individuation entre êtres, milieux et dispositifs ;
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- la formation des collectifs à partir de potentiels préindividuels ;
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- le rôle structurant des milieux techniques et sociaux ;
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- la régulation comme production de formes nouvelles, et non comme simple conservation d’un ordre donné.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie a ici un point d’appui majeur, car elle se définit elle-même comme pensée de l’organisation des tensions et des co-viabilités.
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||||
L’archicratie trouve dans la transduction et l’individuation une ressource décisive.
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||||
La transduction et l’individuation permettent d’éclairer comment une architecture régulatrice ne fait pas seulement tenir un ordre déjà là, mais participe à la genèse de nouvelles formes collectives. L’archicratie s’en distingue néanmoins par son insistance sur la scène d’épreuve, la comparution et la possibilité de rendre ces genèses politiquement visibles.
|
||||
Ce paradigme permet de penser la régulation comme morphogenèse : une architecture régulatrice ne se contente pas de maintenir un ordre déjà constitué ; elle peut produire de nouvelles formes de relation, de coordination, d’attention, de conflit ou de co-viabilité.
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||||
Du point de vue archicratique, les tensions ne sont donc pas seulement des désordres à supprimer. Elles peuvent devenir des vecteurs de transformation, à condition d’être reprises dans des scènes, des médiations et des dispositifs capables d’en soutenir la résolution partielle.
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Mais l’archicratie ajoute une exigence propre : la comparution.
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Là où Simondon éclaire la genèse des formes, l’archicration demande comment ces genèses peuvent être rendues visibles, discutables et orientables collectivement.
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## Limite archicratique
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||||
Le gain simondonien est sa puissance de pensée génétique.
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Le gain simondonien est considérable : il permet de penser les formes non comme des essences fixes, mais comme des résultats provisoires de processus d’individuation.
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||||
Mais son angle mort est qu’il dit moins directement comment instituer les scènes où ces processus d’individuation peuvent être discutés, orientés et révisés collectivement.
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Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse ouverte une difficulté : une individuation peut produire des formes nouvelles sans que celles-ci deviennent politiquement lisibles ou collectivement révisables.
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||||
L’archicratie y voit donc une ressource de tout premier ordre pour penser la dynamique, mais à compléter par une théorie plus explicite de la scène.
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||||
La question archicratique devient alors : comment faire comparaître une genèse ?
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||||
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||||
C’est ici que l’archicratie prolonge Simondon. Elle ne nie pas le caractère processuel, relationnel et transductif des formes ; elle demande quelles scènes, quelles archives, quelles médiations et quels dispositifs permettent d’orienter ces processus sans les figer.
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||||
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||||
Sans archicration, la transduction peut rester infra-scénique. Avec des scènes d’épreuve, elle peut devenir co-viabilisation explicite.
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||||
## Références minimales
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||||
- Gilbert Simondon, *L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information*, 1958.
|
||||
- Gilbert Simondon, *Du mode d’existence des objets techniques*, 1958.
|
||||
- Gilbert Simondon, *Sur la technique*, textes réunis, 2014.
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## Renvois
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@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "grammatisation-et-proletarisation-cognitive", "agencement-machinique", "conatus-et-multitude", "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique", "liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique"]
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||||
opposedTo: []
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seeAlso: ["visibilite-mediatique-et-reconnaissance-symbolique"]
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navigation:
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primaryNext: "grammatisation-et-proletarisation-cognitive"
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primaryReason: "La grammatisation permet de comprendre comment l’abstraction de la valeur peut se prolonger en dépossession cognitive et technique."
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||||
paths:
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||||
understand: ["subsistance-vivante-et-captation-capitalistique", "conatus-et-multitude", "agencement-machinique"]
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||||
deepen: ["grammatisation-et-proletarisation-cognitive", "liberte-daction-et-regimes-de-securite-algorithmique", "pharmacologie-technique"]
|
||||
compare: ["fait-social-total", "gouvernementalite-algorithmique", "co-viabilite"]
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||||
apply: ["scene-depreuve", "journal-de-justification", "subsistance-vivante-et-captation-capitalistique"]
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||||
La tension entre travail vivant et abstraction de la valeur désigne le conflit structurel entre l’activité humaine concrète, située, relationnelle et incarnée, et les formes de valorisation abstraites qui la mesurent, la fragmentent, la calculent ou l’extraient à distance.
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||||
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||||
@@ -15,6 +15,14 @@ level: "avance"
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||||
related: ["tension", "archicration", "archicratie", "co-viabilite", "scene-depreuve", "dissensus-politique", "theorie-de-la-resonance", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle", "egalisation-normative-et-differenciation-singuliere"]
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||||
opposedTo: []
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||||
seeAlso: ["archicrations-esthetico-symboliques", "lieu-vide-du-pouvoir", "travail-vivant-et-abstraction-de-la-valeur"]
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||||
navigation:
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||||
primaryNext: "cartographie-des-scenes-manquantes"
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primaryReason: "Cette tension conduit à cartographier les scènes manquantes où la visibilité ne se transforme pas encore en reconnaissance effective, en droit ou en prise régulatrice."
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paths:
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||||
understand: ["tension", "scene-depreuve", "theorie-de-la-resonance"]
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||||
deepen: ["dissensus-politique", "pluralite-natalite-action", "memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle"]
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||||
compare: ["habitus-et-violence-symbolique", "egalisation-normative-et-differenciation-singuliere", "preemption-algorithmique"]
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apply: ["cartographie-des-scenes-manquantes", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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La tension entre visibilité médiatique et reconnaissance symbolique désigne le conflit structurel entre l’exposition publique des voix, des images, des signes et des présences, et leur reconnaissance effective comme porteurs d’une parole recevable, d’un différend légitime ou d’un statut politique.
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@@ -18,11 +18,24 @@ level: "fondamental"
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||||
related: ["archicratie", "archicration", "scene-depreuve", "co-viabilite", "democratie-deliberative", "dissensus-politique", "lieu-vide-du-pouvoir"]
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||||
opposedTo: ["contractualisme-hobbesien", "droit-naturel-et-propriete", "decisionnisme-souverain"]
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seeAlso: ["pluralite-natalite-action", "gouvernementalite"]
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navigation:
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primaryNext: "democratie-deliberative"
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primaryReason: "La démocratie délibérative met à l’épreuve la volonté générale en l’arrimant à des procédures publiques de justification et de révision."
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paths:
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understand: ["droit-naturel-et-propriete", "democratie-deliberative", "archicration"]
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||||
deepen: ["dissensus-politique", "lieu-vide-du-pouvoir", "theorie-de-la-justification"]
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compare: ["decisionnisme-souverain", "exception-souveraine", "gouvernementalite"]
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apply: ["scene-depreuve", "journal-de-justification", "audit-archicratique"]
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La volonté générale désigne ici une doctrine fondatrice selon laquelle un ordre politique légitime doit pouvoir être rapporté à l’auto-législation du peuple et à une orientation commune irréductible à la simple addition des intérêts particuliers.
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La volonté générale désigne la doctrine selon laquelle un ordre politique légitime doit pouvoir être rapporté à une orientation commune irréductible à la simple agrégation des intérêts particuliers.
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## Ancrage théorique minimal
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Elle pense la légitimité depuis le commun politique plutôt que depuis la seule sécurité ou la seule protection des droits individuels. Elle privilégie ainsi l’unité du corps politique et l’orientation vers l’intérêt général.
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Chez Jean-Jacques Rousseau, la volonté générale constitue le principe de légitimité du corps politique. Elle ne désigne pas la somme des volontés particulières, ni l’opinion majoritaire immédiate, mais l’orientation du peuple vers l’intérêt commun.
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Le pacte social institue un peuple capable de se donner à lui-même sa loi. La liberté politique ne consiste donc pas seulement à être protégé contre l’arbitraire, mais à participer à un ordre dans lequel chacun obéit à une loi dont il peut se reconnaître comme co-auteur.
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La volonté générale vise ainsi l’autonomie collective : le peuple n’est légitime que lorsqu’il ne se rapporte pas à des intérêts privés agrégés, mais à une loi commune orientée vers le bien commun.
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## Distinction
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@@ -30,11 +43,11 @@ Cette doctrine pense la fondation depuis l’auto-législation du peuple.
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Elle ne se réduit ni à l’opinion majoritaire, ni à une somme d’intérêts privés, ni à la simple représentation d’une pluralité de préférences. Elle vise l’idée d’un commun normatif capable de s’instituer lui-même.
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Elle se distingue donc :
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Elle se distingue ainsi :
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- du [Contractualisme hobbesien](/glossaire/contractualisme-hobbesien/), centré sur la sortie du chaos ;
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- du [Contractualisme hobbesien](/glossaire/contractualisme-hobbesien/), centré sur la sortie du chaos et la sécurité ;
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- du [Droit naturel et propriété](/glossaire/droit-naturel-et-propriete/), centré sur des droits préalables au politique ;
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui privilégie l’acte de trancher.
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- du [Décisionnisme souverain](/glossaire/decisionnisme-souverain/), qui privilégie l’acte souverain de trancher.
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## Fonction dans le paysage théorique
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@@ -42,25 +55,36 @@ La volonté générale fournit une ressource majeure pour penser :
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- la souveraineté populaire ;
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- la citoyenneté ;
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- l’auto-législation collective ;
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- l’unité du corps politique ;
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- l’exigence de justification collective des normes ;
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- l’exigence d’un intérêt général irréductible aux intérêts privés ;
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- la centralité moderne du peuple comme sujet politique.
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## Rapport à l’archicratie
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L’archicratie se distingue de cette doctrine en ce qu’elle ne situe pas le problème seulement dans l’expression d’une volonté commune, mais dans la possibilité d’identifier, de rendre visibles et de mettre à l’épreuve les architectures concrètes de régulation.
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L’archicratie reconnaît la puissance de cette doctrine : elle rend pensable une légitimité qui ne vient ni de la peur, ni de la propriété, ni de la décision souveraine, mais de la capacité d’un collectif à se donner sa propre loi.
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Elle demande moins : « Qui veut ? » que : « Par quelles prises, quels dispositifs et quelles scènes un ordre tient-il et se transforme-t-il ? »
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Du point de vue archicratique, Rousseau produit une arcalité forte : peuple, loi, intérêt général, souveraineté populaire. Il produit aussi une cratialité normative : capacité de lier les membres du corps politique par une loi commune.
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Le chapitre 3 est très net sur ce point : Rousseau pense puissamment la fondation républicaine moderne, mais ne pense pas encore la régulation comme modulation, ajustement dialogique et traitement tensionnel de la complexité. Sa régulation demeure idéalisée, son arcalité tend à la fusion, et sa cratialité est reléguée.
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Mais l’archicration demeure fragile. La doctrine dit fortement d’où vient la légitimité, mais elle formalise moins les scènes concrètes où les tensions, minorités, conflits, médiations et effets de la loi peuvent comparaître.
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Là où la volonté générale demande comment le peuple peut vouloir comme peuple, l’archicratie demande par quelles scènes et quels dispositifs cette volonté peut rester disputable, révisable et co-viabilisable.
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## Limite archicratique
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Le gain rousseauiste est immense : il rend pensable l’autonomie collective.
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Le gain rousseauiste est immense : il rend pensable l’autonomie collective et refuse de réduire le politique à la sécurité, à la propriété ou au commandement.
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Mais son angle mort est tout aussi décisif : à trop vouloir faire coïncider loi, unité et volonté commune, il risque d’effacer les médiations réelles, les conflits situés et les scènes nécessaires à l’ajustement.
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Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est décisif. À trop vouloir faire coïncider loi, unité et volonté commune, la doctrine risque d’effacer les médiations réelles, les conflits situés et les scènes nécessaires à l’ajustement.
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Du point de vue archicratique, la volonté générale peut devenir soit mythe mobilisateur, soit menace autoritaire, dès lors qu’elle n’est plus réouverte par des dispositifs de comparution et de révision. Le chapitre 3 le formule explicitement.
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La volonté générale peut alors devenir soit mythe mobilisateur, soit menace autoritaire, si elle n’est pas réouverte par des dispositifs de comparution, de justification et de révision.
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La question archicratique devient donc : comment empêcher que l’unité du commun n’absorbe la pluralité des scènes ?
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## Références minimales
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- Jean-Jacques Rousseau, *Du contrat social*, 1762.
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- Jean-Jacques Rousseau, *Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes*, 1755.
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- Jean-Jacques Rousseau, *Émile ou De l’éducation*, 1762.
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## Renvois
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@@ -512,14 +512,19 @@ export function getGlossarySmartNavigation(
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@@ -288,7 +288,7 @@ const usefulLinks = [
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<GlossaryPortalSection
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id="coeur-de-paradigme"
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title="Cœur de paradigme"
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intro="Cette page prend pour pivot la notion d’Archicratie, entendue comme méta-régime de régulation par lequel les sociétés organisent la co-viabilité de leurs dynamiques internes à travers des compositions variables d’arcalité, de cratialité et d’archicration."
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||||
intro="Cette page prend pour pivot la notion d’Archicratie, entendue comme méta-régime critique de régulation : le niveau où une configuration collective articule ce qui la fonde, ce qui l’opère et ce qui la met à l’épreuve afin de tenir comme totalité sociale habitable."
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{archicratie ? (
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<article class="pa-focus-card">
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