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| Pluralité, natalité, action | Pluralité, natalité, action |
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glossaire | referentiel | 0.2.1 | Paradigme politique dans lequel la régulation doit ménager l’apparition de sujets pluriels capables d’initiative, d’action concertée et d’inauguration imprévisible dans un monde commun. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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La pluralité, la natalité et l’action désignent ici un paradigme politique dans lequel la régulation doit ménager l’apparition de sujets pluriels capables d’initiative, d’action concertée et d’inauguration imprévisible dans un monde commun.
Ancrage théorique minimal
Chez Hannah Arendt, la pluralité est la condition fondamentale de la politique. Les humains ne vivent pas seulement comme membres interchangeables d’une espèce ou comme individus isolés ; ils apparaissent les uns devant les autres comme êtres singuliers, capables de parole, d’action et d’initiative.
La natalité désigne la capacité de commencer. Chaque naissance introduit dans le monde la possibilité d’un commencement imprévisible. Politiquement, cela signifie qu’un ordre commun n’est jamais seulement reproduction, conservation ou administration : il doit pouvoir accueillir l’irruption du nouveau.
L’action est le mode par lequel cette capacité de commencer devient publique. Elle ne se réduit ni au travail, orienté vers la nécessité vitale, ni à l’œuvre, orientée vers la fabrication durable d’objets. L’action engage la parole, l’initiative, la pluralité et l’exposition dans un espace commun.
Le monde commun n’est donc pas une simple addition d’intérêts privés. Il est l’espace fragile où des sujets peuvent apparaître, se répondre, agir ensemble et inaugurer des séquences dont les effets ne sont jamais entièrement maîtrisables.
Distinction
Ce paradigme ne pense pas l’ordre depuis la seule stabilité, la seule souveraineté ou la seule administration.
Il affirme qu’un monde politique digne de ce nom doit préserver la possibilité de l’apparition, de la parole et de l’initiative. La régulation n’a donc pas seulement pour tâche de contenir les désajustements ; elle doit aussi protéger les conditions dans lesquelles du nouveau peut surgir.
Il se distingue ainsi :
- de la Préemption algorithmique, qui anticipe et neutralise les écarts avant qu’ils ne deviennent actes disputables ;
- de l’Exception souveraine, qui recentre l’ordre dans la suspension et la décision ;
- d’une administration purement gestionnaire, qui tend à réduire l’action à un comportement prévisible ou à une procédure.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- la scène publique comme espace d’apparition ;
- la pluralité comme condition du monde commun ;
- la natalité comme puissance politique du commencement ;
- l’action comme initiative exposée aux autres ;
- la fragilité des mondes où la parole devient décorative ;
- les formes de domination qui empêchent l’apparition ou réduisent les sujets à des fonctions.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie trouve dans ce paradigme une ressource décisive pour penser la scène d’épreuve comme espace vivant d’apparition, et non comme simple procédure de contrôle.
La pluralité, la natalité et l’action rappellent qu’une régulation co-viable ne doit pas seulement maintenir un ordre. Elle doit aussi ménager les conditions dans lesquelles des sujets peuvent apparaître, parler, contester, initier et transformer le monde commun.
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : elle demande quelles architectures rendent cette apparition possible.
Une scène publique ne suffit pas si elle n’a pas de prises, pas de mémoire, pas de formats de reprise, pas de médiations et pas de capacité à transformer les architectures qui encadrent l’action.
Autrement dit, Arendt éclaire la dimension existentielle et politique de l’apparition ; l’archicration demande comment cette apparition devient durablement traitable, révisable et co-viabilisable.
Limite archicratique
Le gain arendtien est immense : il rappelle que la politique ne commence pas avec l’administration de la vie, mais avec l’apparition de sujets capables d’initiative dans un monde commun.
Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse une difficulté ouverte. Il pense puissamment la scène d’apparition, mais formalise moins les infrastructures, procédures, archives, garanties et contre-prises nécessaires pour soutenir cette scène dans la durée.
La question archicratique devient alors : comment instituer les conditions matérielles, symboliques et procédurales de l’apparition ?
C’est ici que l’archicratie prolonge Arendt. Elle ne réduit pas l’action à la régulation ; elle cherche à empêcher que les architectures de régulation détruisent la possibilité même de l’action.
Sans scène d’archicration, la pluralité peut être célébrée sans prise réelle. Avec des scènes robustes, elle peut devenir puissance effective de transformation du commun.
Références minimales
- Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, 1958.
- Hannah Arendt, La crise de la culture, 1961.
- Hannah Arendt, Essai sur la révolution, 1963.
- Hannah Arendt, Qu’est-ce que la politique ?, textes posthumes.