@@ -302,7 +302,7 @@ La forme, en revanche, relève d’un niveau intermédiaire. Elle désigne les m
Mais en-dessous de ces formes, il y a la structure régulatrice : un plan plus profond, plus transversal, plus déterminant, qui ne désigne ni les institutions ni les pratiques, mais les conditions même de possibilité de la régulation politique. Cette structure est ce qui permet — ou non — qu’un ordre se rende visible, controversable, habitable. Elle ne renvoie pas à une architecture constitutionnelle, mais à une configuration d’agencement entre ce qui fonde, ce qui opère, et ce qui permet d’en discuter. C’est là que se situe l’hypothèse archicratique : non au niveau des régimes ou des formes, mais au niveau de la structure régulatrice profonde, ce que l’on pourrait appeler, en empruntant à Lévi-Strauss ou à Althusser, un *inconscient politique de la régulation*.
L’*archicratie* n’est donc pas un régime de plus. Elle n’est pas la cousine néolibérale de la démocratie, ni une dérive technocratique de l’État-nation. Elle est le nom donné à une structure de régulation sans scène instituée, sans fondement invocable, sans épreuve contradictoire formelle. Et à ce titre, elle peut traverser différents régimes, s’y superposer, y introduire des failles ou des inerties, s’y agglomérer comme un parasitage silencieux. Un régime peut être démocratique en apparence, mais archicratique dans sa structure opératoire réelle. Inversement, certaines formes autoritaires peuvent ménager des archicrations ponctuelles, permettant une conflictualité politique minimale. C’est ce qui rend l’archicratie si difficile à identifier, et si nécessaire à penser : elle ne se lit pas dans les institutions, mais dans la manière dont un ordre rend — ou non — la régulation opposable, différée, arbitrable.
L’autarchicratie n’est donc pas un régime politique de plus. Elle n’est ni la cousine néolibérale de la démocratie, ni une simple dérive technocratique de l’État-nation. Elle désigne la dérive par laquelle des architectures régulatrices continuent d’opérer tout en se soustrayant progressivement à la scène d’épreuve : les fondements ne disparaissent pas nécessairement, mais deviennent de moins en moins exposables ; les procédures contradictoires peuvent subsister, mais se vident, se simulent ou deviennent inopérantes ; et la régulation tend à se refermer sur sa propre logique d’exécution. À ce titre, l’autarchicratie peut traverser différents régimes politiques, s’y superposer, y introduire des inerties, des fermetures ou des parasitages silencieux. Un régime peut ainsi être démocratique en apparence, tout en dérivant vers une structure opératoire autarchicratique. Inversement, certaines formes autoritaires peuvent encore ménager des archicrations ponctuelles, permettant le maintien d’une conflictualité politique minimale. C’est ce qui rend l’autarchicratie difficile à identifier, et pourtant nécessaire à penser : elle ne se lit pas seulement dans les institutions, mais dans la manière dont un ordre rend — ou non — sa régulation exposable, opposable, différable et révisable.
Cette distinction entre régime, forme, et structure n’est pas simplement académique. Elle est politiquement décisive. Car c’est elle qui permet d’éviter deux écueils fréquents : le fétichisme institutionnel (croire qu’un régime démocratique suffit à garantir une régulation juste), et le scepticisme cynique (penser que toute régulation est toujours déjà close, dominée, irréformable). L’*archicratie* introduit un plan d’analyse transversal, qui oblige à questionner non ce que les institutions prétendent, mais ce qu’elles permettent réellement en termes de fondement, d’opération, et de dispute. Elle ouvre une lecture différentielle du politique, fondée non sur l’étiquette (démocratie ou non), mais sur la qualité régulatrice de l’ordre.
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