@@ -320,7 +320,7 @@ Dit autrement, un *méta-régime* n’est pas une forme politique particulière,
Cette grille permet par exemple de comparer un dispositif d’allocation d’aides sociales dans une démocratie représentative, un protocole sanitaire dans une dictature *soft*, ou un mécanisme d’ajustement budgétaire dans une structure supra-étatique. Ce qui compte, ce n’est pas l’étiquette politique du régime, mais la qualité de sa régulation au regard des trois critères fondamentaux : le fondement mobilisé (*arcalité*), les moyens d’effectuation (*cratialité*), et les possibilités instituées de contestation (*archicration*). L’*archicratie* devient ainsi un analyseur paradigmatique, c’est-à-dire une manière de lire des dispositifs en détectant ce qui s’y fonde, ce qui y opère, et ce qui s’y dispute — ou non.
Cette approche n’est pas purement descriptive. Elle est diagnostique, critique, opposable. Elle permet de dire : « ici, l’ordre régulateur semble robuste, mais il est archicratique en ce sens qu’il est devenu indisputable » ; ou bien : « ce dispositif mobilise un fondement fort, mais il est cratialisé sans contrôle, et sans scène de recours ». En ce sens, l’*archicratie* n’est pas un concept mollement critique : elle est une épreuve conceptuelle pour les régimes existants, un test de viabilité démocratique ou politique, une mise à nu des écarts entre l’invocation des principes et la structure réelle de la régulation.
Cette approche n’est pas purement descriptive. Elle est diagnostique, critique, opposable. Elle permet de dire : « ici, l’ordre régulateur semble robuste, mais il fonctionne désormais sur un mode autarchicratique, en ce qu’il devient indisputable. » ; ou bien : « ce dispositif mobilise un fondement fort, mais sa cratialité se déploie sans contrôle effectif et sans scène de recours ». En ce sens, l’archicratie n’est pas un concept mollement critique : elle est une épreuve conceptuelle pour les régimes existants, un test de viabilité politique, une mise à nu des écarts entre l’invocation des principes et la structure réelle de la régulation.
Mais surtout, cette conceptualisation du *méta-régime archicratique* permet de dépasser deux impasses majeures des théories politiques classiques. La première, *normative*, qui suppose qu’un régime est légitime parce qu’il respecte formellement certaines règles (élections, séparation des pouvoirs, État de droit). Or, ces règles peuvent subsister tandis que la régulation réelle devient opaque, automatique ou imperméable à la contestation.
@@ -898,7 +898,7 @@ C’est aussi, plus tragiquement, le lieu où se manifeste l’effondrement des
Si l’on a distingué, jusqu’ici, les prises internes et externes pour chacun des trois pôles du paradigme archicratique — *arcalité, cratialité, archicration* —, cette cartographie ne saurait être figée. Car les dispositifs régulateurs réels ne sont pas des blocs isolés ; ce sont des ensembles dynamiques, traversés par des circulations, des transferts, des reconfigurations. Autrement dit, l’interne et l’externe sont des positions politiques et stratégiques, dont les objets, les fonctions, les signes et les effets peuvent migrer, se dissimuler ou se renverser.
C’est précisément dans cette dynamique migratoire que se déploie toute la plasticité — mais aussi toute l’ambiguïté — des régulations contemporaines. L’*archicratie* ne se limite pas à une absence de scène ou à une saturation cratiale ; elle procède souvent par reconfiguration des prises : ce qui était externe devient interne (capture), ce qui était interne devient externe (délestage), et ce qui devrait être visible est rendu opaque par changement de topologie. Ainsi, la logique archicratique se manifeste autant par ce qui est dit que par l’endroit d’où cela est dit, tout autant par ce qui est fait que par l’endroit d’où cela est imposé.
C’est précisément dans cette dynamique migratoire que se déploie toute la plasticité — mais aussi toute l’ambiguïté — des régulations contemporaines. L’archicratie ne se limite pas à une absence de scène ou à une saturation cratiale ; elle procède souvent par reconfiguration des prises : ce qui était externe devient interne (capture), ce qui était interne devient externe (délestage), et ce qui devrait être visible est rendu opaque par changement de topologie. Ainsi, la logique archicratique se manifeste autant par ce qui est dit que par l’endroit d’où cela est dit, tout autant par ce qui est fait que par l’endroit d’où cela est imposé.
#### ***Migrations arcales* : du mythe incorporé au fondement importé**
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