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| Agencement machinique | Agencement machinique |
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glossaire | referentiel | 0.2.0 | Paradigme de régulation fondé sur des agencements hétérogènes de flux, de machines, de signes, de corps et de dispositifs, sans centre souverain unique ni forme close préalable. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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L’agencement machinique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur des compositions hétérogènes de corps, signes, flux, machines, institutions et affects, sans centre souverain unique ni forme close préalable.
Ancrage théorique minimal
Chez Deleuze et Guattari, l’agencement ne désigne pas un simple assemblage d’éléments déjà constitués. Il désigne une composition opératoire dans laquelle des corps, des signes, des flux, des affects, des institutions, des techniques, des énoncés et des pratiques se connectent, se stabilisent provisoirement et produisent des effets réels.
Le terme de « machine » ne doit donc pas être entendu au sens strictement technique ou mécanique. Une machine peut être sociale, sémiotique, désirante, institutionnelle, économique ou politique. Elle désigne moins un objet qu’un mode de production de relations, de prises, de contraintes, de circulations et de transformations.
Dans Mille plateaux, Deleuze et Guattari distinguent notamment l’agencement machinique de corps et l’agencement collectif d’énonciation. Le premier concerne les compositions matérielles, corporelles, techniques et pratiques ; le second concerne les régimes de signes, de paroles, de catégories et d’énoncés qui rendent ces compositions exprimables, transmissibles ou gouvernables.
L’intérêt du concept tient donc à ce qu’il permet de penser une régulation sans la réduire à un centre souverain, à une norme unique, à une intention subjective ou à une institution dominante. Une régulation peut émerger d’un branchement hétérogène entre dispositifs techniques, habitudes incorporées, langages administratifs, affects collectifs, protocoles, infrastructures, classements et pratiques ordinaires.
L’usage archicratique du concept retient cette puissance descriptive, mais la déplace vers une question spécifique : comment ces prises composées deviennent-elles visibles, imputables, discutables et révisables ? Autrement dit, l’agencement machinique permet de comprendre comment une cratialité distribuée opère ; l’archicration demande à quelles conditions cette cratialité peut comparaître sur une scène d’épreuve.
Distinction
L’agencement machinique ne se confond ni avec l’idée vague de réseau ni avec une pure horizontalité.
Il désigne une logique de composition dans laquelle des éléments hétérogènes se connectent de manière productive et transforment les conditions mêmes de la régulation. La machine y désigne donc une puissance de composition plutôt qu’un simple objet technique.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- des compositions régulatrices décentrées ;
- les articulations entre technique, langage, institutions et affects ;
- les stabilisations locales sans fondation unitaire ;
- les lignes de fuite, reconfigurations et reprises de l’ordre.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie trouve dans l’agencement machinique une ressource majeure pour penser des régulations non réductibles à l’État, au droit, à la norme centrale ou à l’administration classique.
L’agencement permet de comprendre comment une régulation peut émerger de branchements distribués : infrastructures techniques, chaînes institutionnelles, langages, affects, protocoles, automatismes, habitudes et dispositifs de capture.
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire : elle ne demande pas seulement comment les agencements fonctionnent, mais où, comment et devant qui leurs effets peuvent comparaître.
Autrement dit, l’agencement machinique éclaire puissamment la cratialité distribuée ; l’archicration demande en plus la scène où cette cratialité devient exposable, contestable et transformable.
Limite archicratique
Le gain deleuzo-guattarien est considérable : il permet de décrire des compositions hétérogènes, mobiles, décentrées et productives, là où les modèles classiques cherchent souvent un centre, une norme ou une institution principale.
Mais du point de vue archicratique, cette puissance descriptive laisse une difficulté ouverte. Un agencement peut produire des effets très réels tout en demeurant infra-scénique, diffus, non imputable ou difficilement adressable. Il peut expliquer comment une puissance circule sans toujours dire comment cette puissance peut être exposée, contestée, qualifiée ou transformée collectivement.
La question décisive devient alors : comment transformer une composition opératoire en scène d’épreuve ?
C’est précisément là que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas l’agencement ; elle en reprend la puissance d’analyse des compositions distribuées, mais elle ajoute une exigence de comparution. Une régulation ne suffit pas à fonctionner : elle doit pouvoir être rendue lisible, disputable, révisable et co-viabilisable.
Ainsi, l’agencement machinique éclaire la cratialité distribuée ; l’archicration cherche les conditions institutionnelles, symboliques et pratiques par lesquelles cette cratialité devient politiquement et collectivement traitable.
Références minimales
- Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie 1, 1972.
- Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, 1980.