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Théorie de la justification et économies de la grandeur Théorie de la justification
Économies de la grandeur
Cités de justification
theorie-de-la-justification
Luc Boltanski
Laurent Thévenot
sociologie pragmatique
théorie des cités
analyse des disputes
glossaire referentiel 0.2.1 Paradigme sociologique selon lequel les conflits sociaux sorganisent autour de régimes de justification différents permettant aux acteurs de rendre leurs positions légitimes dans des situations de dispute.
justification
grandeur
cites
regimes-de-justification
dispute
epreuve
paradigme paradigme theorie avance
dissensus-politique
scene-depreuve
democratie-deliberative
archicration
gouvernance-des-communs
archicratie
decisionnisme-souverain
configuration-et-interdependance
habitus-et-violence-symbolique
tribunal-de-lalgorithme
journal-de-justification
primaryNext primaryReason paths
journal-de-justification Le journal de justification transpose la théorie des épreuves justificatives vers un dispositif concret de traçabilité, de publicité et de révision.
understand deepen compare apply
scene-depreuve
archicration
democratie-deliberative
dissensus-politique
gouvernance-des-communs
habitus-et-violence-symbolique
decisionnisme-souverain
domination-legale-rationnelle
preemption-algorithmique
journal-de-justification
tribunal-de-lalgorithme
audit-archicratique

La théorie de la justification désigne ici un paradigme sociologique selon lequel les conflits sociaux sorganisent autour de régimes de justification différents, permettant aux acteurs de rendre leurs positions légitimes dans des situations de dispute.

Ancrage théorique minimal

Chez Luc Boltanski et Laurent Thévenot, les acteurs ne sont pas seulement déterminés par des intérêts, des positions sociales ou des rapports de force. Ils disposent aussi de capacités critiques : ils peuvent dénoncer, justifier, contester, demander des comptes et rapporter une situation à des principes supérieurs de légitimité.

Dans De la justification, les auteurs identifient plusieurs “cités” ou mondes de justification : inspiré, domestique, civique, marchand, industriel et de lopinion, auxquels seront ensuite ajoutés dautres régimes, notamment dans lanalyse du nouvel esprit du capitalisme.

Chaque cité définit une manière différente détablir ce qui vaut, ce qui est grand, ce qui est légitime, ce qui mérite reconnaissance ou ce qui peut être critiqué.

Une dispute nest donc pas un simple affrontement dintérêts. Elle est une épreuve dans laquelle les acteurs doivent rendre leurs positions recevables selon des grammaires de justification partagées ou contestées.

Distinction

Ce paradigme ne réduit pas le conflit à un rapport de force brut.

Il montre que les acteurs peuvent mobiliser des principes de légitimité, entrer dans des épreuves de justification et confronter plusieurs régimes normatifs dans une même situation.

Il se distingue ainsi :

  • du Décisionnisme souverain, qui tranche sans devoir nécessairement construire une justification partagée ;
  • du Habitus et violence symbolique, qui insiste davantage sur lincorporation et la reproduction des dispositions ;
  • dune conception purement procédurale de la délibération, qui peut sous-estimer la pluralité concrète des grammaires de justification.

Fonction dans le paysage théorique

Ce paradigme permet de penser :

  • les disputes publiques ;
  • les épreuves de légitimité ;
  • la pluralité des régimes normatifs ;
  • les conflits entre principes de grandeur ;
  • les compromis entre mondes de justification ;
  • la capacité critique ordinaire des acteurs ;
  • les conditions dans lesquelles une critique devient recevable.

Rapport à larchicratie

Larchicratie trouve dans la théorie de la justification une ressource majeure.

Elle montre quune régulation ne tient pas seulement par la contrainte, la règle ou lefficacité. Elle doit aussi pouvoir être justifiée dans des formats reconnaissables par les acteurs concernés.

Du point de vue archicratique, les régimes de justification constituent des arcalités discursives : ils donnent des principes, des critères et des grandeurs à partir desquels une décision peut être défendue ou contestée.

Mais larchicratie ajoute une exigence supplémentaire : la scène de comparution.

Il ne suffit pas que des justifications existent. Encore faut-il que les acteurs aient accès à une scène où les produire, les confronter, les documenter, les contester et les faire porter sur les architectures effectives de régulation.

Limite archicratique

Le gain pragmatique est considérable : il montre que les acteurs ne sont pas seulement pris dans des structures, mais capables de critique, de justification et de montée en généralité.

Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse ouverte une difficulté : toutes les justifications ne disposent pas des mêmes prises.

Une justification peut être recevable en théorie et rester sans effet en pratique. Une dispute peut être formulée sans atteindre la chaîne de décision. Une critique peut être entendue sans modifier larchitecture qui produit le problème.

La question archicratique devient alors : quest-ce qui donne prise à une justification ?

Cest ici que larchicratie prolonge Boltanski et Thévenot. Elle ne se contente pas danalyser les grammaires de justification ; elle demande quelles scènes, quels dossiers, quelles institutions, quels journaux, quels délais et quels dispositifs permettent à ces justifications de devenir réellement opératoires, opposables et révisables.

Références minimales

  • Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, 1991.
  • Luc Boltanski, Lamour et la justice comme compétences, 1990.
  • Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, 1999.
  • Laurent Thévenot, Laction au pluriel, 2006.

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