8.2 KiB
title, term, aliases, urlAliases, mobilizedAuthors, comparisonTraditions, edition, status, version, definitionShort, concepts, links, kind, family, domain, level, related, opposedTo, seeAlso, navigation
| title | term | aliases | urlAliases | mobilizedAuthors | comparisonTraditions | edition | status | version | definitionShort | concepts | links | kind | family | domain | level | related | opposedTo | seeAlso | navigation | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pharmacologie technique | Pharmacologie technique |
|
|
|
|
glossaire | referentiel | 0.2.1 | Paradigme de régulation fondé sur l’ambivalence constitutive des techniques, capables à la fois de soutenir le soin, la mémoire et l’attention, ou d’accroître l’entropie, l’automatisation et la dépossession. |
|
paradigme | paradigme | theorie | avance |
|
|
|
|
La pharmacologie technique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur l’ambivalence constitutive des techniques : toute technique peut fonctionner à la fois comme remède et comme poison.
Elle peut soutenir la mémoire, l’attention, la transmission, le soin, la coopération et la délibération. Mais elle peut aussi accroître l’automatisation, la désorientation, l’entropie attentionnelle, la dépendance cognitive et la dépossession des capacités d’agir.
Ancrage théorique minimal
Chez Bernard Stiegler, la technique n’est pas un simple instrument extérieur à l’humain. Elle participe à la constitution même des formes de mémoire, de savoir, d’attention, de désir et de vie collective.
La notion de pharmacologie reprend l’ambivalence du pharmakon : ce qui soigne peut aussi intoxiquer ; ce qui augmente une capacité peut aussi la détruire ; ce qui conserve la mémoire peut aussi produire de l’oubli ; ce qui automatise peut libérer du temps ou prolétariser les savoir-faire.
La technique doit donc être pensée comme une puissance de transformation des milieux symboliques, cognitifs et sociaux. Elle ne se contente pas d’exécuter des finalités déjà données : elle reconfigure les conditions mêmes dans lesquelles les sujets perçoivent, jugent, désirent, apprennent, transmettent et délibèrent.
L’enjeu pharmacologique consiste alors à distinguer les conditions dans lesquelles une technique devient curative, capacitante et contributive, de celles où elle devient toxique, captatrice et désindividuante.
Distinction
La pharmacologie technique se distingue d’une approche purement instrumentale des dispositifs.
Elle ne demande pas seulement si une technique est efficace, utile ou performante. Elle demande quels effets cette technique produit sur les capacités humaines et collectives : attention, mémoire, jugement, autonomie, transmission, délibération, soin, individuation.
Elle se distingue aussi d’une technophobie simple. La technique n’est pas condamnée en tant que telle. Elle est toujours ambivalente. La question décisive n’est donc pas de refuser la technique, mais de savoir comment l’organiser, l’instituer, la limiter, la réorienter et la soigner.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- l’ambivalence constitutive des dispositifs techniques ;
- les effets de soin ou de toxicité produits par l’automatisation ;
- la transformation technique de l’attention, de la mémoire et du jugement ;
- les formes de prolétarisation cognitive ;
- la nécessité de désautomatiser certains automatismes ;
- la possibilité de dispositifs contributifs, capacitants et réindividuants ;
- les conditions techniques d’une vie collective plus ou moins habitable.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie trouve dans la pharmacologie technique une ressource majeure pour penser les régulations contemporaines.
La pharmacologie montre qu’un dispositif technique n’est jamais seulement un moyen neutre. Il modifie les prises disponibles, les temporalités de l’action, les capacités de contestation, les formes d’attention, les régimes de mémoire et les possibilités de participation.
Du point de vue archicratique, une technique possède donc toujours une portée régulatrice. Elle organise des arcalités : cadres, normes, formats, mémoires, critères. Elle déploie aussi des cratialités : automatisations, classements, accélérations, captures, délégations, chaînes d’action.
Mais l’archicratie ajoute une exigence : la comparution.
Une technique ne doit pas seulement être évaluée selon ses performances ou ses risques abstraits. Elle doit pouvoir être exposée sur une scène d’épreuve : quels effets produit-elle ? Quelles capacités augmente-t-elle ? Quelles capacités détruit-elle ? Qui peut la contester ? Qui peut la modifier ? Qui supporte ses coûts cognitifs, sociaux, symboliques ou politiques ?
Limite archicratique
Le gain stieglerien est considérable : il permet de comprendre que la technique transforme la texture même du commun.
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort possible tient à la formalisation institutionnelle des scènes de reprise. La pharmacologie technique dit puissamment qu’il faut soigner les dispositifs, désautomatiser les automatismes et produire des techniques contributives, c’est-à-dire capables d’augmenter les capacités de participation, de savoir et de délibération. Elle dit moins précisément quelles architectures publiques, documentaires, juridiques et scéniques permettent d’organiser durablement cette reprise.
La question archicratique devient alors : comment instituer une pharmacologie ?
C’est ici que l’archicratie prolonge Stiegler. Elle ne se contente pas d’opposer le poison au remède ; elle demande quelles scènes, quels droits, quels journaux de justification, quels audits, quels coupe-circuits et quels dispositifs de contestation permettent de transformer une toxicité technique en objet de reprise collective.
Sans archicration, la pharmacologie risque de rester un diagnostic critique. Avec des scènes d’épreuve robustes, elle peut devenir une politique effective de co-viabilisation technique.
Références minimales
- Bernard Stiegler, La Technique et le temps 1. La faute d’Épiméthée, 1994.
- Bernard Stiegler, La Technique et le temps 2. La désorientation, 1996.
- Bernard Stiegler, La Technique et le temps 3. Le temps du cinéma et la question du mal-être, 2001.
- Bernard Stiegler, Prendre soin. De la jeunesse et des générations, 2008.
- Bernard Stiegler, Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?, 2016.