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Pharmacologie technique Pharmacologie technique
Paradigme pharmacologique
Pharmacologie des dispositifs
pharmacologie-technique
Bernard Stiegler
pharmacologie de la technique
critique de lautomatisation
théories du soin technique
glossaire referentiel 0.2.1 Paradigme de régulation fondé sur lambivalence constitutive des techniques, capables à la fois de soutenir le soin, la mémoire et lattention, ou daccroître lentropie, lautomatisation et la dépossession.
pharmacologie-technique
technique
soin
attention
automatisation
ambivalence
paradigme paradigme theorie avance
archicratie
co-viabilite
tension
preemption-algorithmique
grammatisation-et-proletarisation-cognitive
technodiversite-et-cosmotechnie
memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle
gouvernementalite-algorithmique
scene-depreuve
preemption-algorithmique
agencement-machinique
theorie-de-la-resonance
primaryNext primaryReason paths
technodiversite-et-cosmotechnie La technodiversité élargit la pharmacologie technique en montrant que les remèdes et poisons techniques dépendent toujours de mondes, de milieux et de cosmologies situées.
understand deepen compare apply
tension
co-viabilite
scene-depreuve
grammatisation-et-proletarisation-cognitive
memoire-symbolique-et-instantaneite-computationnelle
technodiversite-et-cosmotechnie
preemption-algorithmique
gouvernementalite-algorithmique
theorie-de-la-resonance
droit-au-differe-contradictoire
journal-de-justification
coupe-circuit-citoyen

La pharmacologie technique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur lambivalence constitutive des techniques : toute technique peut fonctionner à la fois comme remède et comme poison.

Elle peut soutenir la mémoire, lattention, la transmission, le soin, la coopération et la délibération. Mais elle peut aussi accroître lautomatisation, la désorientation, lentropie attentionnelle, la dépendance cognitive et la dépossession des capacités dagir.

Ancrage théorique minimal

Chez Bernard Stiegler, la technique nest pas un simple instrument extérieur à lhumain. Elle participe à la constitution même des formes de mémoire, de savoir, dattention, de désir et de vie collective.

La notion de pharmacologie reprend lambivalence du pharmakon : ce qui soigne peut aussi intoxiquer ; ce qui augmente une capacité peut aussi la détruire ; ce qui conserve la mémoire peut aussi produire de loubli ; ce qui automatise peut libérer du temps ou prolétariser les savoir-faire.

La technique doit donc être pensée comme une puissance de transformation des milieux symboliques, cognitifs et sociaux. Elle ne se contente pas dexécuter des finalités déjà données : elle reconfigure les conditions mêmes dans lesquelles les sujets perçoivent, jugent, désirent, apprennent, transmettent et délibèrent.

Lenjeu pharmacologique consiste alors à distinguer les conditions dans lesquelles une technique devient curative, capacitante et contributive, de celles où elle devient toxique, captatrice et désindividuante.

Distinction

La pharmacologie technique se distingue dune approche purement instrumentale des dispositifs.

Elle ne demande pas seulement si une technique est efficace, utile ou performante. Elle demande quels effets cette technique produit sur les capacités humaines et collectives : attention, mémoire, jugement, autonomie, transmission, délibération, soin, individuation.

Elle se distingue aussi dune technophobie simple. La technique nest pas condamnée en tant que telle. Elle est toujours ambivalente. La question décisive nest donc pas de refuser la technique, mais de savoir comment lorganiser, linstituer, la limiter, la réorienter et la soigner.

Fonction dans le paysage théorique

Ce paradigme permet de penser :

  • lambivalence constitutive des dispositifs techniques ;
  • les effets de soin ou de toxicité produits par lautomatisation ;
  • la transformation technique de lattention, de la mémoire et du jugement ;
  • les formes de prolétarisation cognitive ;
  • la nécessité de désautomatiser certains automatismes ;
  • la possibilité de dispositifs contributifs, capacitants et réindividuants ;
  • les conditions techniques dune vie collective plus ou moins habitable.

Rapport à larchicratie

Larchicratie trouve dans la pharmacologie technique une ressource majeure pour penser les régulations contemporaines.

La pharmacologie montre quun dispositif technique nest jamais seulement un moyen neutre. Il modifie les prises disponibles, les temporalités de laction, les capacités de contestation, les formes dattention, les régimes de mémoire et les possibilités de participation.

Du point de vue archicratique, une technique possède donc toujours une portée régulatrice. Elle organise des arcalités : cadres, normes, formats, mémoires, critères. Elle déploie aussi des cratialités : automatisations, classements, accélérations, captures, délégations, chaînes daction.

Mais larchicratie ajoute une exigence : la comparution.

Une technique ne doit pas seulement être évaluée selon ses performances ou ses risques abstraits. Elle doit pouvoir être exposée sur une scène dépreuve : quels effets produit-elle ? Quelles capacités augmente-t-elle ? Quelles capacités détruit-elle ? Qui peut la contester ? Qui peut la modifier ? Qui supporte ses coûts cognitifs, sociaux, symboliques ou politiques ?

Limite archicratique

Le gain stieglerien est considérable : il permet de comprendre que la technique transforme la texture même du commun.

Mais, du point de vue archicratique, son angle mort possible tient à la formalisation institutionnelle des scènes de reprise. La pharmacologie technique dit puissamment quil faut soigner les dispositifs, désautomatiser les automatismes et produire des techniques contributives, cest-à-dire capables daugmenter les capacités de participation, de savoir et de délibération. Elle dit moins précisément quelles architectures publiques, documentaires, juridiques et scéniques permettent dorganiser durablement cette reprise.

La question archicratique devient alors : comment instituer une pharmacologie ?

Cest ici que larchicratie prolonge Stiegler. Elle ne se contente pas dopposer le poison au remède ; elle demande quelles scènes, quels droits, quels journaux de justification, quels audits, quels coupe-circuits et quels dispositifs de contestation permettent de transformer une toxicité technique en objet de reprise collective.

Sans archicration, la pharmacologie risque de rester un diagnostic critique. Avec des scènes dépreuve robustes, elle peut devenir une politique effective de co-viabilisation technique.

Références minimales

  • Bernard Stiegler, La Technique et le temps 1. La faute dÉpiméthée, 1994.
  • Bernard Stiegler, La Technique et le temps 2. La désorientation, 1996.
  • Bernard Stiegler, La Technique et le temps 3. Le temps du cinéma et la question du mal-être, 2001.
  • Bernard Stiegler, Prendre soin. De la jeunesse et des générations, 2008.
  • Bernard Stiegler, Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?, 2016.

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