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| Pensée complexe et dialogique | Pensée complexe |
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glossaire | referentiel | 0.2.1 | Paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes complexes caractérisés par l’interdépendance, la récursivité organisationnelle, le principe hologrammatique et la coexistence de logiques antagonistes. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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La pensée complexe désigne ici un paradigme épistémologique selon lequel les phénomènes sociaux et politiques doivent être compris comme des systèmes dynamiques caractérisés par l’interdépendance des éléments, la récursivité des processus et la coexistence de logiques hétérogènes, parfois antagonistes.
Elle s’oppose aux approches réductionnistes qui isolent les phénomènes, simplifient les causalités ou cherchent à ramener l’ordre à un principe unique.
Ancrage théorique minimal
Chez Edgar Morin, la pensée complexe se structure autour de plusieurs principes fondamentaux.
La dialogique consiste en la capacité à maintenir ensemble des logiques antagonistes sans les réduire ni les résoudre dans une synthèse simplificatrice : ordre et désordre, stabilité et transformation, autonomie et dépendance peuvent coexister au sein d’un même système.
La récursivité organisationnelle décrit un processus dans lequel les effets rétroagissent sur leurs causes : les produits et les résultats d’une action contribuent à produire ce qui les a rendus possibles. Une société produit des individus qui, en retour, produisent la société.
Le principe hologrammatique affirme le fait que le tout est présent dans les parties et que les parties participent à la constitution du tout : chaque élément porte en lui, sous certaines formes, l’organisation globale à laquelle il appartient.
Ces principes permettent de penser les systèmes sociaux non comme des ensembles stables ou linéaires, mais comme des configurations dynamiques, traversées de boucles, de tensions et de dépendances multiples.
Distinction
La pensée complexe ne se réduit ni une complication descriptive, ni une indétermination vague.
Elle constitue une exigence épistémologique rigoureuse : penser ensemble ce qui est séparé, articuler des logiques hétérogènes sans les réduire, intégrer les rétroactions, les incertitudes et les antagonismes comme des dimensions constitutives des systèmes.
Elle se distingue ainsi :
- des approches réductionnistes, qui isolent les variables et simplifient les causalités ;
- des modèles linéaires, qui pensent les relations en termes de causes et d’effets unidirectionnels ;
- des paradigmes unificateurs, qui cherchent à ramener la complexité à un principe unique.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- les systèmes sociaux interdépendants ;
- les dynamiques de transformation et de stabilisation ;
- les boucles de rétroaction entre niveaux d’organisation ;
- la coexistence de logiques contradictoires au sein d’un même ensemble ;
- la nécessité d’articuler ordre, désordre, organisation et désorganisation ;
- les régulations comme processus instables, évolutifs et situés.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie partage avec la pensée complexe une intuition fondamentale : les régulations collectives ne peuvent être comprises comme des structures simples, linéaires ou homogènes.
Elle prolonge toutefois cette approche en opérant un déplacement décisif.
Là où Morin propose une épistémologie de la complexité, l’archicratie cherche à en produire une topologie opératoire : identifier les scènes, les prises, les médiations et les dispositifs par lesquels des logiques hétérogènes peuvent effectivement coexister, entrer en tension et être stabilisées sans être réduites.
Autrement dit, la pensée complexe permet de comprendre pourquoi les régulations sont intrinsèquement plurielles et conflictuelles ; l’archicratie demande comment ces pluralités deviennent effectivement praticables, comparables et co-viabilisées.
Limite archicratique
Le gain morinien est considérable : il fournit une critique puissante des simplifications abusives et permet de penser la complexité constitutive des systèmes sociaux.
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient à son niveau de généralité.
La pensée complexe décrit les propriétés des systèmes, mais elle formalise moins précisément les conditions institutionnelles, documentaires et scéniques qui permettent de rendre ces complexités opératoires, discutables et transformables.
La question archicratique devient alors : comment donner prise à la complexité ?
C’est ici que l’archicratie prolonge Morin. Elle ne cherche pas à simplifier la complexité, mais à l’équiper : produire des dispositifs capables de soutenir la tension, d’organiser la comparution et de permettre la co-viabilisation de logiques hétérogènes.
Références minimales
- Edgar Morin, La Méthode, 6 volumes, 1977-2004.
- Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, 1990.
- Edgar Morin, Science avec conscience, 1982.