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| Lieu vide du pouvoir | Lieu vide du pouvoir |
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glossaire | referentiel | 0.2.0 | Paradigme politique selon lequel la démocratie moderne se caractérise par la désincorporation du pouvoir : le lieu du pouvoir demeure institué mais ne peut plus être durablement confondu avec le corps d’un souverain, d’un parti ou d’une substance sociale unique. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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Le lieu vide du pouvoir désigne ici un paradigme politique selon lequel la démocratie moderne se caractérise par la désincorporation du pouvoir : le lieu du pouvoir demeure institué mais ne peut plus être durablement confondu avec le corps d’un souverain, d’un parti ou d’une substance sociale unique.
Ancrage théorique minimal
Chez Claude Lefort, la démocratie moderne se distingue des régimes monarchiques ou totalitaires d’incorporation du pouvoir en ce que le pouvoir n’est plus incarné dans une figure qui prétend représenter la totalité du social. Le roi, le parti ou le peuple-un ne peuvent plus coïncider avec le lieu du pouvoir.
Ce lieu ne disparaît pas : il reste nécessaire à l’organisation symbolique du collectif. Mais il devient structurellement vide, au sens où aucune instance ne peut s’y installer définitivement sans être exposée à la contestation.
Cette vacance n’est pas un défaut : elle est la condition même de la démocratie. Elle signifie que la société ne peut plus se représenter comme une unité close. Elle est traversée par une division constitutive, et le pouvoir devient le lieu où cette division se donne à voir sans pouvoir être résolue une fois pour toutes.
Distinction
Ce paradigme ne signifie pas absence de pouvoir, mais impossibilité de sa clôture incarnée.
Le lieu du pouvoir subsiste comme point d’organisation symbolique du collectif, mais il demeure vide en ce sens qu’il ne peut être occupé que de manière provisoire, contestable et réversible.
Il se distingue ainsi :
- des régimes d’incorporation (monarchiques, totalitaires), où le pouvoir prétend coïncider avec une figure ou une substance sociale ;
- du Décisionnisme souverain, qui reconcentre la fondation dans l’acte de trancher ;
- de la Volonté générale, lorsqu’elle est pensée comme unité substantielle du corps social.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- la spécificité symbolique des démocraties modernes ;
- la non-coïncidence entre pouvoir et société ;
- l’ouverture constitutive de la scène politique ;
- la légitimité du conflit et du dissensus ;
- l’impossibilité d’une clôture définitive du social.
Il éclaire particulièrement les situations où le pouvoir est disputé sans pouvoir être stabilisé comme propriété.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie trouve ici une ressource théorique majeure.
Le paradigme du lieu vide du pouvoir montre qu’un ordre viable ne tient pas nécessairement par saturation ou clôture, mais par l’institution d’un espace où la régulation demeure exposée à la contestation et à la révision.
Il éclaire une condition essentielle de l’archicration : aucune instance ne doit pouvoir se soustraire durablement à la comparution.
Mais l’archicratie s’en distingue en introduisant une exigence supplémentaire : la matérialité des prises.
Là où Lefort décrit la vacance symbolique du pouvoir, l’archicratie demande par quelles architectures concrètes cette vacance reste praticable ; l’archicration désigne alors la scène où cette vacance devient effectivement contestable, révisable et transformatrice.
Limite archicratique
Le gain lefortien est décisif : il empêche toute réincorporation du pouvoir dans une figure totalisante et préserve la conflictualité démocratique.
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort tient au risque d’une vacance sans prise.
Le pouvoir peut demeurer non incorporé tout en devenant difficilement saisissable, diffus, technocratique ou algorithmique, sans scènes effectives de contestation.
La question archicratique devient alors : comment empêcher que le lieu vide ne devienne un lieu introuvable ?
C’est ici que l’archicratie prolonge Lefort. Elle ne remet pas en cause la désincorporation du pouvoir ; elle cherche à lui adjoindre des dispositifs de comparution capables de rendre cette vacance opératoire, visible et transformatrice.
Sans ces dispositifs, le lieu vide peut se transformer en espace d’indétermination impuissante ou de captation silencieuse. Avec eux, il peut devenir une véritable scène d’épreuve du commun.
Références minimales
- Claude Lefort, L’invention démocratique, 1981.
- Claude Lefort, Essais sur le politique, 1986.
- Claude Lefort, La complication, 1999.