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Gouvernementalité algorithmique Gouvernementalité algorithmique
gouvernementalite-algorithmique
Antoinette Rouvroy
Thomas Berns
théorie critique du numérique
gouvernementalité
critique de lautomatisation
glossaire referentiel 0.2.0 Paradigme de régulation fondé sur le calcul automatisé, la corrélation de données, le scoring, le classement et le pilotage comportemental par systèmes algorithmiques.
gouvernementalite-algorithmique
algorithme
scoring
corrélation
pilotage
autarchicratie
paradigme paradigme cas-ia intermediaire
gouvernementalite
cybernetique
autarchicratie
obliteration-archicratique
cratialite
preemption-algorithmique
regulation-technique-et-legitimation-democratique
archicration
audit-archicratique
archicratie
co-viabilite
tension
tribunal-de-lalgorithme
biopolitique
primaryNext primaryReason flows paths
preemption-algorithmique La préemption algorithmique radicalise la gouvernementalité algorithmique en neutralisant les écarts avant leur comparution.
repair
label primaryNext primaryReason
Parcours réparation audit-archicratique Laudit permet de rendre visibles les arcalités cachées et les cratialités automatisées.
understand deepen compare apply
gouvernementalite
cybernetique
cratialite
preemption-algorithmique
obliteration-archicratique
autarchicratie
regulation-technique-et-legitimation-democratique
biopolitique
pharmacologie-technique
audit-archicratique
tribunal-de-lalgorithme
journal-de-justification

La gouvernementalité algorithmique désigne ici un paradigme de régulation fondé sur le calcul automatisé, la corrélation de données, le scoring, le classement, la prédiction et le pilotage comportemental par systèmes algorithmiques.

Ancrage théorique minimal

Chez Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, la gouvernementalité algorithmique prolonge la gouvernementalité foucaldienne en la déplaçant vers des régimes de calcul automatisé. Le pouvoir nagit plus seulement par norme explicite, discipline ou décision identifiable ; il agit par capture de traces, traitement massif de données, corrélations statistiques, profils, scores, recommandations et modulations denvironnement.

Son trait décisif est de gouverner moins par prescription directe que par anticipation, orientation et ajustement des possibles. Les conduites sont prises dans des infrastructures qui filtrent, classent, hiérarchisent, recommandent, alertent ou désincitent avant même quune décision ne soit toujours clairement formulée comme telle.

La gouvernementalité algorithmique ne cherche donc pas nécessairement à produire un sujet obéissant à une norme énoncée. Elle tend plutôt à agir sur des profils, des probabilités, des comportements anticipés et des régularités extraites de données. la personne concrète peut alors être contournée au profit dun double statistique, dun score ou dune probabilité daction.

Lusage archicratique de ce concept retient cette puissance critique, mais la déplace vers une question régulatrice : par quelles architectures ces calculs deviennent-ils opératoires, et où peuvent-ils être rendus visibles, discutables, justifiables et révisables ?

Distinction

La gouvernementalité algorithmique ne se confond ni avec la simple numérisation, ni avec linformatique administrative, ni avec lusage ponctuel doutils daide à la décision.

Elle désigne un mode de régulation dans lequel le calcul devient une prise de gouvernement : il classe, priorise, détecte, recommande, module, exclut ou rend certaines trajectoires plus probables que dautres.

Elle se distingue :

  • de la Gouvernementalité, dont elle radicalise le versant technique, corrélationnel et automatisé ;
  • de la Cybernétique, dont elle hérite les logiques de feedback, de pilotage et dajustement ;
  • de la Préemption algorithmique, qui en constitue une forme plus radicale lorsque lécart est neutralisé avant même sa comparution.

Fonction dans le paysage théorique

Ce paradigme permet de penser :

  • le gouvernement par données ;
  • les dispositifs de scoring, recommandation, filtrage, détection et priorisation ;
  • la conduite silencieuse des comportements ;
  • la substitution de corrélations opérationnelles à des justifications explicites ;
  • lintégration du calcul dans les infrastructures ordinaires de décision ;
  • la production de scènes manquantes autour des systèmes automatisés ;
  • la transformation des personnes en profils, segments, risques ou probabilités.

Rapport à larchicratie

Larchicratie trouve dans la gouvernementalité algorithmique un diagnostic décisif des régulations contemporaines.

Ce paradigme montre que la régulation peut devenir extrêmement effective tout en restant peu visible : elle opère dans les modèles, les bases de données, les seuils, les interfaces, les systèmes de recommandation, les classements, les scores et les chaînes automatisées de décision.

Du point de vue archicratique, la gouvernementalité algorithmique manifeste une cratialité automatisée : elle agit, trie, module et oriente. Mais cette cratialité est souvent adossée à des arcalités cachées : choix de variables, catégories, objectifs, métriques, seuils, fonctions doptimisation, hypothèses de modèle et valeurs incorporées dans le système.

La question archicratique devient alors : où ces prises peuvent-elles comparaître ?

Un score, une recommandation, un classement ou une alerte ne sont pas seulement des résultats techniques. Ce sont des actes régulateurs lorsquils affectent laccès à un droit, à une ressource, à une visibilité, à une opportunité ou à une reconnaissance.

Larchicration demande donc que ces actes puissent être documentés, expliqués, contestés, audités, suspendus et révisés.

Limite archicratique

Le gain du concept est considérable : il permet de nommer la mutation contemporaine dun pouvoir qui gouverne par calcul, corrélation et modulation plutôt que par commandement explicite.

Mais, du point de vue archicratique, ce diagnostic reste insuffisant sil ne débouche pas sur des dispositifs de reprise.

La gouvernementalité algorithmique décrit puissamment la fermeture possible du gouvernement par les données, mais elle ne formalise pas toujours les scènes capables de rouvrir cette fermeture : audit, journal de justification, droit au différé contradictoire, tribunal de lalgorithme, coupe-circuit citoyen, cartographie des scènes manquantes.

La question décisive devient alors : comment transformer une chaîne algorithmique de conduite en architecture publiquement éprouvable ?

Cest ici que larchicratie prolonge le diagnostic. Elle ne se contente pas de dire que les algorithmes gouvernent ; elle demande comment leurs prises peuvent devenir lisibles, imputables, contestables, révisables et co-viabilisables.

Sans ces conditions, la gouvernementalité algorithmique tend vers lautarchicratie : une régulation qui fonctionne, mais qui se soustrait à la scène où elle devrait comparaître.

Références minimales

  • Antoinette Rouvroy et Thomas Berns, « Gouvernementalité algorithmique et perspectives démancipation. Le disparate comme condition dindividuation par la relation ? », 2013.
  • Antoinette Rouvroy, “La gouvernementalité algorithmique : radicalisation et stratégie immunitaire du capitalisme et du néolibéralisme ?”, 2011.
  • Antoinette Rouvroy, “Des données sans personne : le fétichisme de la donnée à caractère personnel à lépreuve de lidéologie des Big Data”, 2014.
  • Thomas Berns, Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique, 2009.

Renvois