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| Cosmopolitique | Cosmopolitique |
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glossaire | referentiel | 0.2.0 | Paradigme politique selon lequel les collectifs humains doivent composer leurs institutions et leurs décisions en tenant compte de la pluralité des êtres, des milieux et des mondes engagés dans une même situation. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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La cosmopolitique désigne un paradigme politique selon lequel les collectifs humains ne peuvent pas instituer un ordre commun en faisant comme si seuls comptaient les acteurs humains déjà reconnus dans les formats politiques ordinaires.
Elle propose au contraire de penser les situations comme des compositions plus vastes, impliquant des milieux, des êtres, des techniques, des attachements, des formes de vie et parfois des mondes hétérogènes qui ne se laissent pas aisément rabattre sur une scène politique préformée.
Ancrage théorique minimal
Chez Isabelle Stengers, la cosmopolitique ne désigne pas un cosmopolitisme universel au sens classique. Elle ne suppose pas un monde commun déjà donné, ni une humanité abstraite capable de se reconnaître immédiatement dans les mêmes catégories.
Elle désigne plutôt une exigence de composition prudente entre des êtres, des pratiques, des savoirs, des milieux et des attachements hétérogènes. Le « cosmos » n’y renvoie pas à une totalité harmonieuse, mais à l’insistance de ce qui trouble les partages établis du politique : vivants, milieux, techniques, collectifs non humains, savoirs minorés, interdépendances écologiques, modes d’existence et conséquences non prises en charge.
La cosmopolitique oblige donc à ralentir la décision. Elle demande que l’on ne transforme pas trop vite une situation en simple problème administrable, calculable ou arbitrable selon des critères déjà disponibles.
Son enjeu n’est pas d’ajouter mécaniquement de nouveaux représentants à une scène politique inchangée, mais de transformer les conditions mêmes de la scène : qui ou quoi compte, selon quelles médiations, avec quelles précautions, et au nom de quels effets sur les mondes engagés ?
L’usage archicratique du concept retient cette exigence de composition entre mondes hétérogènes, mais la déplace vers une question régulatrice : comment instituer des scènes où cette pluralité puisse devenir lisible, opposable, discutable et révisable sans être réduite à une métrique unique ?
Distinction
La cosmopolitique ne se réduit ni à un universalisme généreux, ni à une simple écologie morale, ni à une extension rhétorique du politique.
Elle ne dit pas que “tout” devrait simplement être inclus dans une grande délibération harmonieuse.
Elle affirme plutôt qu’aucune scène commune légitime ne peut être construite sérieusement sans prendre acte du fait que les situations engagent des pluralités d’êtres, de contraintes, d’attachements et de mondes qui ne parlent pas d’avance le même langage.
Elle se distingue ainsi :
- du Décisionnisme souverain, qui reconcentre la tenue du commun dans l’acte de trancher ;
- d’une gouvernementalité technocratique, qui traite les situations comme de simples problèmes à administrer ;
- d’un pluralisme faible, qui juxtapose des points de vue sans retravailler les conditions de leur composition.
Une politique de composition
La cosmopolitique ne cherche pas d’abord à produire un consensus total.
Elle cherche à organiser des processus de composition dans lesquels des existences hétérogènes puissent être prises au sérieux sans être immédiatement réduites à des variables commensurables. Cela vaut pour les vivants, les milieux, les formes techniques, les attachements collectifs, mais aussi pour les régimes de savoir ou les cadres d’habitabilité.
La difficulté n’est donc pas seulement de “faire participer davantage”.
Elle est d’instituer une scène où ce qui compte n’est pas déjà entièrement défini.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- les conflits écologiques et technoscientifiques ;
- la pluralité des mondes engagés dans une même situation ;
- les difficultés de composition entre ontologies, intérêts et milieux hétérogènes ;
- la nécessité de scènes plus attentives aux conséquences de l’action sur les vivants et sur les cadres d’habitabilité.
Il éclaire particulièrement les situations où la décision classique apparaît trop courte au regard de ce qu’elle affecte réellement.
Rapport à l’archicratie
L’Archicratie trouve dans la cosmopolitique une ressource décisive pour penser que la régulation ne porte jamais seulement sur des sujets abstraits déjà constitués, mais sur des coexistences concrètes, fragiles, hétérogènes et souvent multi-scalaires.
Elle s’en distingue toutefois par son exigence propre : décrire comment cette composition devient institutionnellement soutenable, scéniquement adressable et politiquement révisable.
Autrement dit, la cosmopolitique rappelle qu’aucune scène n’est légitime si elle oublie les mondes qu’elle engage ; l’archicratie demande en plus par quelles prises, quels dispositifs et quelles scènes de comparution cette pluralité peut devenir traitable sans être détruite.
Extension contemporaine
Dans les configurations techniques contemporaines, la cosmopolitique prend une portée particulière.
Lorsqu’un système numérique, logistique ou algorithmique redessine les lignes de visibilité, d’audibilité et d’habitabilité entre humains, institutions et milieux, la question n’est plus seulement de savoir s’il est efficace, mais quels mondes il configure, quelles existences il rend recevables, et quelles autres il marginalise.
Une cosmopolitique des systèmes techniques ne commence donc pas après la technique ; elle commence dans la description même des partages qu’elle recompose.
Limite archicratique
Le gain cosmopolitique est majeur : elle interdit de présupposer un commun déjà constitué.
Mais son angle mort possible est de ne pas toujours expliciter suffisamment les formes institutionnelles, documentaires et scéniques par lesquelles cette composition des mondes devient réellement opposable, arbitrable et révisable.
L’archicratie prolonge alors cette intuition en demandant comment instituer des scènes capables de faire comparaître des mondes hétérogènes sans les écraser sous une métrique unique ni les abandonner à une coexistence purement descriptive.
Références minimales
- Isabelle Stengers, Cosmopolitiques I. La guerre des sciences, 1996-1997
- Isabelle Stengers, Cosmopolitiques II. Pour en finir avec la tolérance, 1997.
- Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, 2009.
- Bruno Latour, Politiques de la nature, 1999.
Renvois
- Archicratie
- Co-viabilité
- Co-existence ontologique / nécessité régulatrice
- Formes de vie / cadres d’habitabilité
- Souverainetés territoriales / interdépendances globales
- Technodiversité et cosmotechnie
- Théorie de l’acteur-réseau
- Gouvernance des communs
- Configuration et interdépendance
- Décisionnisme souverain