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Cosmopolitique Cosmopolitique
cosmopolitique
Isabelle Stengers
philosophie des sciences
anthropologie politique
écologie politique
glossaire referentiel 0.2.0 Paradigme politique selon lequel les collectifs humains doivent composer leurs institutions et leurs décisions en tenant compte de la pluralité des êtres, des milieux et des mondes engagés dans une même situation.
cosmopolitique
pluralite-des-mondes
composition
milieu
situation
coexistence
paradigme paradigme theorie avance
archicratie
co-viabilite
coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice
formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite
souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales
decisionnisme-souverain
technodiversite-et-cosmotechnie
theorie-de-lacteur-reseau
gouvernance-des-communs
configuration-et-interdependance
primaryNext primaryReason paths
technodiversite-et-cosmotechnie La technodiversité et la cosmotechnie prolongent la cosmopolitique en situant les dispositifs techniques dans des mondes pluriels.
understand deepen compare apply
coexistence-ontologique-et-necessite-regulatrice
formes-de-vie-et-cadres-dhabitabilite
co-viabilite
technodiversite-et-cosmotechnie
theorie-de-lacteur-reseau
configuration-et-interdependance
decisionnisme-souverain
gouvernance-des-communs
souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales
cartographie-des-scenes-manquantes
souverainetes-territoriales-et-interdependances-globales
regime-de-co-viabilite

La cosmopolitique désigne un paradigme politique selon lequel les collectifs humains ne peuvent pas instituer un ordre commun en faisant comme si seuls comptaient les acteurs humains déjà reconnus dans les formats politiques ordinaires.

Elle propose au contraire de penser les situations comme des compositions plus vastes, impliquant des milieux, des êtres, des techniques, des attachements, des formes de vie et parfois des mondes hétérogènes qui ne se laissent pas aisément rabattre sur une scène politique préformée.

Ancrage théorique minimal

Chez Isabelle Stengers, la cosmopolitique ne désigne pas un cosmopolitisme universel au sens classique. Elle ne suppose pas un monde commun déjà donné, ni une humanité abstraite capable de se reconnaître immédiatement dans les mêmes catégories.

Elle désigne plutôt une exigence de composition prudente entre des êtres, des pratiques, des savoirs, des milieux et des attachements hétérogènes. Le « cosmos » ny renvoie pas à une totalité harmonieuse, mais à linsistance de ce qui trouble les partages établis du politique : vivants, milieux, techniques, collectifs non humains, savoirs minorés, interdépendances écologiques, modes dexistence et conséquences non prises en charge.

La cosmopolitique oblige donc à ralentir la décision. Elle demande que lon ne transforme pas trop vite une situation en simple problème administrable, calculable ou arbitrable selon des critères déjà disponibles.

Son enjeu nest pas dajouter mécaniquement de nouveaux représentants à une scène politique inchangée, mais de transformer les conditions mêmes de la scène : qui ou quoi compte, selon quelles médiations, avec quelles précautions, et au nom de quels effets sur les mondes engagés ?

Lusage archicratique du concept retient cette exigence de composition entre mondes hétérogènes, mais la déplace vers une question régulatrice : comment instituer des scènes où cette pluralité puisse devenir lisible, opposable, discutable et révisable sans être réduite à une métrique unique ?

Distinction

La cosmopolitique ne se réduit ni à un universalisme généreux, ni à une simple écologie morale, ni à une extension rhétorique du politique.

Elle ne dit pas que “tout” devrait simplement être inclus dans une grande délibération harmonieuse.
Elle affirme plutôt quaucune scène commune légitime ne peut être construite sérieusement sans prendre acte du fait que les situations engagent des pluralités dêtres, de contraintes, dattachements et de mondes qui ne parlent pas davance le même langage.

Elle se distingue ainsi :

  • du Décisionnisme souverain, qui reconcentre la tenue du commun dans lacte de trancher ;
  • dune gouvernementalité technocratique, qui traite les situations comme de simples problèmes à administrer ;
  • dun pluralisme faible, qui juxtapose des points de vue sans retravailler les conditions de leur composition.

Une politique de composition

La cosmopolitique ne cherche pas dabord à produire un consensus total.

Elle cherche à organiser des processus de composition dans lesquels des existences hétérogènes puissent être prises au sérieux sans être immédiatement réduites à des variables commensurables. Cela vaut pour les vivants, les milieux, les formes techniques, les attachements collectifs, mais aussi pour les régimes de savoir ou les cadres dhabitabilité.

La difficulté nest donc pas seulement de “faire participer davantage”.
Elle est dinstituer une scène où ce qui compte nest pas déjà entièrement défini.

Fonction dans le paysage théorique

Ce paradigme permet de penser :

  • les conflits écologiques et technoscientifiques ;
  • la pluralité des mondes engagés dans une même situation ;
  • les difficultés de composition entre ontologies, intérêts et milieux hétérogènes ;
  • la nécessité de scènes plus attentives aux conséquences de laction sur les vivants et sur les cadres dhabitabilité.

Il éclaire particulièrement les situations où la décision classique apparaît trop courte au regard de ce quelle affecte réellement.

Rapport à larchicratie

LArchicratie trouve dans la cosmopolitique une ressource décisive pour penser que la régulation ne porte jamais seulement sur des sujets abstraits déjà constitués, mais sur des coexistences concrètes, fragiles, hétérogènes et souvent multi-scalaires.

Elle sen distingue toutefois par son exigence propre : décrire comment cette composition devient institutionnellement soutenable, scéniquement adressable et politiquement révisable.

Autrement dit, la cosmopolitique rappelle quaucune scène nest légitime si elle oublie les mondes quelle engage ; larchicratie demande en plus par quelles prises, quels dispositifs et quelles scènes de comparution cette pluralité peut devenir traitable sans être détruite.

Extension contemporaine

Dans les configurations techniques contemporaines, la cosmopolitique prend une portée particulière.

Lorsquun système numérique, logistique ou algorithmique redessine les lignes de visibilité, daudibilité et dhabitabilité entre humains, institutions et milieux, la question nest plus seulement de savoir sil est efficace, mais quels mondes il configure, quelles existences il rend recevables, et quelles autres il marginalise.

Une cosmopolitique des systèmes techniques ne commence donc pas après la technique ; elle commence dans la description même des partages quelle recompose.

Limite archicratique

Le gain cosmopolitique est majeur : elle interdit de présupposer un commun déjà constitué.

Mais son angle mort possible est de ne pas toujours expliciter suffisamment les formes institutionnelles, documentaires et scéniques par lesquelles cette composition des mondes devient réellement opposable, arbitrable et révisable.

Larchicratie prolonge alors cette intuition en demandant comment instituer des scènes capables de faire comparaître des mondes hétérogènes sans les écraser sous une métrique unique ni les abandonner à une coexistence purement descriptive.

Références minimales

  • Isabelle Stengers, Cosmopolitiques I. La guerre des sciences, 1996-1997
  • Isabelle Stengers, Cosmopolitiques II. Pour en finir avec la tolérance, 1997.
  • Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, 2009.
  • Bruno Latour, Politiques de la nature, 1999.

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