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| Décisionnisme souverain | Décisionnisme souverain |
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glossaire | referentiel | 0.2.1 | Doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique se constitue ultimement dans la capacité souveraine à décider de l’exception, à suspendre la norme et à imposer un cadre sans médiation dialogique. |
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doctrine | doctrine | theorie | fondamental |
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Le décisionnisme souverain désigne ici une doctrine fondatrice selon laquelle l’ordre politique se constitue ultimement dans la capacité souveraine à décider de l’exception, à suspendre la norme et à imposer un cadre sans médiation dialogique.
Ancrage théorique minimal
Chez Carl Schmitt, le souverain est celui qui décide de la situation exceptionnelle. Cette formule ne signifie pas seulement qu’un pouvoir intervient en cas de crise ; elle signifie que l’ordre juridique dépend, en dernière instance, d’une décision qui ne peut pas être entièrement déduite de la norme.
Le décisionnisme affirme donc que la norme ne se fonde pas elle-même. Lorsqu’une situation échappe aux cadres ordinaires, c’est la décision souveraine qui détermine ce qui doit être suspendu, maintenu ou réinstitué.
La politique y est pensée depuis le moment du tranchant : l’autorité se révèle dans sa capacité à décider là où les médiations ordinaires, les procédures et les discussions ne suffisent plus.
Distinction
Le décisionnisme souverain n’est pas un paradigme général de régulation. C’est une doctrine de fondation politique.
Il ne décrit pas une composition co-viabilisante de la régulation. Il affirme un geste inaugural de décision, dans lequel l’ordre dépend d’une autorité capable de trancher sans devoir passer par une justification dialogique préalable.
Il se distingue ainsi :
- de la Domination légale-rationnelle, qui privilégie la règle, l’office et la procédure ;
- de la Démocratie délibérative, qui privilégie la publicité de la justification ;
- de la Gouvernance des communs, qui privilégie des régulations distribuées et situées.
Fonction dans le paysage théorique
Cette doctrine permet de penser :
- le moment de fondation de l’ordre ;
- la décision comme acte irréductible à la norme ;
- la suspension des médiations ordinaires ;
- la concentration extrême du pouvoir ;
- les régimes d’urgence ;
- les formes unilatérales de réinstitution politique.
Elle donne ainsi une expression radicale au problème de la tenue : que se passe-t-il lorsque l’ordre ne peut plus s’appuyer sur ses propres procédures ?
Rapport à l’archicratie
L’archicratie rencontre ici l’un de ses contrepoints doctrinaux les plus radicaux.
Le décisionnisme souverain produit une arcalité massive : l’ordre est fondé par l’autorité capable de décider. Il produit aussi une cratialité concentrée : trancher, suspendre, imposer, réinstituer.
Mais l’archicration y demeure très faible. La scène de contestation, de justification et de révision est subordonnée au moment souverain du tranchant.
Là où le décisionnisme demande qui décide lorsque la norme ne suffit plus, l’archicratie demande comment une régulation peut rester exposable, contestable et révisable même lorsqu’elle doit affronter des tensions extrêmes.
Limite archicratique
Le gain décisionniste est réel : il rappelle qu’aucun ordre ne peut ignorer la possibilité de la crise, de l’indécidable et du moment où il faut trancher.
Mais, du point de vue archicratique, son angle mort est majeur. La décision peut absorber la scène. Le tranchant peut devenir autojustifiant. L’exception peut se convertir en mode ordinaire de gouvernement.
La question archicratique devient alors : comment empêcher que la capacité de décider ne devienne fermeture de toute comparution ?
Le décisionnisme souverain demeure donc une doctrine fondatrice décisive pour penser la crise de la norme, mais insuffisante pour penser une régulation tensionnelle, révisable et co-viabilisable.
Références minimales
- Carl Schmitt, Théologie politique, 1922.
- Carl Schmitt, La notion de politique, 1932.
- Carl Schmitt, La Dictature, 1921.