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| Archicrations épistémiques | Archicrations épistémiques |
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glossaire | referentiel | 0.2.0 | Méta-régime de co-viabilité dans lequel la régulation collective repose sur la production, la validation, la hiérarchisation et l’institutionnalisation de régimes de vérité. |
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topologie | meta-regime | transversal | avance |
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Les archicrations épistémiques désignent un méta-régime de co-viabilité dans lequel la régulation collective s’appuie sur la production, la validation, la hiérarchisation et la diffusion institutionnelle du savoir.
Dans ces régimes, la stabilité du collectif dépend en grande partie de la capacité à produire des énoncés tenus pour recevables, à distinguer le vrai du faux, le valide de l’invalide, l’expertise de l’opinion, et à organiser autour de ces distinctions des formes de décision, d’orientation ou d’autorité.
Principe régulateur
La co-viabilité du collectif repose ici sur des dispositifs capables de produire, vérifier, corriger, classer et transmettre des régimes de vérité.
Les institutions savantes, les disciplines, les communautés expertes, les procédures de validation, les formats de preuve, les normes méthodologiques et les hiérarchies de compétence jouent alors un rôle structurant dans la tenue du commun.
Le savoir n’y est pas seulement ressource cognitive.
Il devient infrastructure régulatrice.
Distinction
Les archicrations épistémiques ne se confondent ni avec les Archicrations historiographiques ni avec les Archicrations esthético-symboliques.
- dans les archicrations épistémiques, le cœur de la régulation réside dans la validité du savoir et dans les procédures qui l’autorisent ;
- dans les archicrations historiographiques, la régulation passe prioritairement par la maîtrise légitime du récit du passé ;
- dans les archicrations esthético-symboliques, elle passe par la forme sensible, la représentation et la circulation d’imaginaires partagés.
Ces régimes peuvent évidemment se croiser, mais ils ne fondent pas la co-viabilité sur le même type de scène.
Arcalité, cratialité, archicration
L’arcalité se manifeste dans les cadres conceptuels qui organisent le savoir : paradigmes, disciplines, taxonomies, méthodes, critères de recevabilité, protocoles de preuve.
La cratialité s’exerce dans la capacité de certaines institutions, communautés ou appareils d’expertise à déterminer ce qui comptera comme connaissance valide, ce qui sera marginalisé comme erreur, ignorance, pseudo-savoir ou bruit.
L’archicration se joue dans les scènes de validation et de révision : expérience, publication, controverse savante, évaluation par les pairs, institution académique, expertise publique, comité de preuve, protocole de test, mesure standardisée.
Portée archicratique
Ces régimes montrent que le savoir peut devenir une infrastructure de régulation collective.
La production du vrai n’y est pas simplement spéculative. Elle oriente les politiques publiques, légitime les décisions, redistribue la crédibilité, hiérarchise les voix recevables et configure la manière dont un collectif se représente ses propres contraintes.
L’archicratie y trouve donc un champ d’analyse décisif : celui où la régulation opère à travers des autorités cognitives plutôt qu’à travers la seule loi, la seule souveraineté ou la seule contrainte matérielle.
Formes contemporaines
Dans les configurations contemporaines, les archicrations épistémiques se recomposent souvent avec des formes de calcul, de modélisation, d’expertise distribuée et d’automatisation.
Les systèmes d’indicateurs, les tableaux de bord, les métriques, les modèles prédictifs ou les chaînes de scoring peuvent prolonger ce régime en donnant au savoir validé une puissance opératoire accrue.
Mais cette montée en opérativité peut aussi déplacer la scène de validation vers des zones plus opaques, plus techniques ou moins contestables.
Pathologies possibles
Les archicrations épistémiques deviennent pathologiques lorsque la production du vrai se ferme contre sa propre révision ou lorsqu’elle se transforme en pouvoir indisputable d’expertise.
Leurs dérives typiques incluent notamment :
- la technocratisation de la décision ;
- la clôture des communautés de validation ;
- la confusion entre expertise et autorité ultime ;
- la dépolitisation des arbitrages sous couvert de nécessité cognitive ;
- l’illusion selon laquelle une preuve suffirait à résoudre des tensions qui demeurent normatives ou politiques.
L’angle mort d’un tel régime est de faire comme si la validité du savoir suffisait à elle seule à produire la légitimité de la régulation.
Enjeu politique
Le problème n’est donc pas de discréditer le savoir, mais d’interroger les scènes où il devient puissance régulatrice.
Une archicration épistémique soutenable suppose non seulement des procédures robustes de validation, mais aussi des formes de comparution où puissent être discutés :
- les critères de preuve ;
- les cadrages implicites ;
- les usages politiques du savoir ;
- et les médiations qui transforment une vérité recevable en décision structurante.