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| Configuration et interdépendance | Configuration et interdépendance |
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glossaire | referentiel | 0.2.0 | Paradigme de régulation dans lequel les formes sociales émergent de chaînes d’interdépendance, de contraintes réciproques et de configurations évolutives qui transforment les acteurs autant qu’elles les lient. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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La configuration et l’interdépendance désignent ici un paradigme de régulation dans lequel les formes sociales émergent de chaînes d’interdépendance, de contraintes réciproques et de configurations évolutives qui transforment les acteurs autant qu’elles les lient.
Ancrage théorique minimal
Chez Norbert Elias, la société ne se comprend ni comme simple somme d’individus isolés, ni comme totalité abstraite placée au-dessus d’eux. Elle se comprend comme configuration : une figuration évolutive d’interdépendances dans lequel les individus sont pris, agissent, se contraignent mutuellement et se transforment.
Une configuration n’est donc pas une structure figée. Elle correspond à une forme relationnelle dynamique : famille, cour, État, marché, institution, champ professionnel, appareil administratif ou chaîne technique peuvent être compris comme des configurations dès lors qu’ils organisent des dépendances réciproques entre acteurs.
L’interdépendance signifie que les trajectoires des acteurs ne sont jamais entièrement séparables. Chacun dépend des autres pour agir, se maintenir, obtenir des ressources, être reconnu, exercer une fonction ou stabiliser sa position. Ces dépendances produisent des contraintes qui ne viennent pas seulement d’un ordre extérieur, mais de la forme même des relations.
La notion d’autocontrainte est ici décisive. Elias montre que les contraintes sociales finissent par être incorporées : manières de se tenir, de parler, de désirer, de se contrôler, de différer ses impulsions. Le processus de civilisation nomme précisément cette transformation historique des contraintes externes en autocontraintes intériorisées.
L’usage archicratique de ce paradigme retient cette puissance d’analyse processuelle : une régulation n’est pas seulement une règle imposée ; elle est une configuration d’interdépendances, de contraintes, d’habitudes, de médiations et de chaînes d’action. Mais l’archicratie ajoute une question spécifique : où ces configurations peuvent-elles être rendues visibles, discutables et révisables ?
Distinction
Ce paradigme ne se réduit ni à l’interaction immédiate ni à une simple théorie des réseaux.
La configuration correspond à une forme relationnelle évolutive. L’interdépendance qualifie la liaison réciproque des trajectoires. L’autocontrainte nomme la manière dont les contraintes produites par ces relations sont incorporées par les acteurs eux-mêmes.
Il ne s’agit donc pas seulement de dire que “tout est lié”. Il s’agit de comprendre comment certaines formes de liaison produisent des ordres durables, des hiérarchies, des dépendances, des possibilités d’action, mais aussi des blocages, des asymétries et des transformations historiques.
Ce paradigme se distingue du décisionnisme souverain, qui cherche le fondement de l’ordre dans l’acte de décision. Il se distingue aussi d’une conception purement juridique de la régulation, qui réduit l’ordre à des normes explicites. Ici, l’ordre se forme dans la durée, par chaînes de dépendances, ajustements réciproques et transformations incorporées.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- la genèse processuelle des formes sociales ;
- la montée en complexité des interdépendances ;
- les contraintes émergentes qui pèsent sur les acteurs ;
- la transformation historique des conduites ;
- l’incorporation progressive des normes, attentes et autocontrôles ;
- la manière dont les sociétés se configurent sans dépendre d’un centre unique.
Rapport à l’archicratie
L’archicratie trouve dans Elias une ressource majeure pour penser la régulation comme forme historique d’interdépendance.
Une architecture régulatrice ne tient pas seulement parce qu’une norme est proclamée ou qu’une institution commande. Elle tient parce que des acteurs, des dispositifs, des habitudes, des attentes, des ressources et des contraintes se configurent ensemble.
Ce paradigme permet donc de comprendre la dimension morphogénétique de la régulation : les formes sociales ne sont pas simplement appliquées ; elles se produisent, se stabilisent et se transforment à travers des chaînes d’interdépendance.
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire. Elle demande non seulement comment une configuration se forme, mais comment elle peut comparaître.
Autrement dit : une configuration peut structurer puissamment les conduites tout en demeurant peu visible pour ceux qu’elle affecte. Elle peut produire des dépendances, des asymétries et des autocontraintes sans offrir de scène claire où ces effets puissent être discutés, contestés ou révisés.
La configuration éclaire donc la formation processuelle de l’ordre ; l’archicration demande les conditions dans lesquelles cet ordre devient lisible, disputable et co-viabilisable.
Limite archicratique
Le gain eliasien est considérable : il permet de penser les régulations comme processus historiques, relationnels et incorporés, plutôt que comme simples décisions ou normes abstraites.
Mais, du point de vue archicratique, ce paradigme laisse une difficulté ouverte. Il explique puissamment comment les interdépendances produisent des formes sociales, mais il formalise moins les scènes où ces formes peuvent être publiquement reprises.
Une configuration peut être réelle, efficace et durable sans être immédiatement lisible. Elle peut contraindre sans se déclarer comme pouvoir. Elle peut transformer les conduites sans offrir de lieu où cette transformation puisse être mise en débat.
La question archicratique devient alors : comment transformer une configuration d’interdépendance en objet de comparution ?
C’est ici que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas la logique configurationnelle ; elle cherche à déterminer les conditions dans lesquelles les interdépendances peuvent être cartographiées, qualifiées, discutées et réinstituées.
Références minimales
- Norbert Elias, Über den Prozess der Zivilisation, 1939.
- Norbert Elias, La Société de cour, 1969.
- Norbert Elias, Qu’est-ce que la sociologie ?, 1970.
- Norbert Elias, Engagement et distanciation, 1983.
- Norbert Elias, La Société des individus, 1987.