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| Conatus et multitude | Conatus et multitude |
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glossaire | referentiel | 0.1.0 | Paradigme immanent de régulation dans lequel la tenue du collectif dépend des affects, des puissances d’agir et des compositions mouvantes d’une multitude de singularités interdépendantes. |
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paradigme | paradigme | theorie | avance |
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Le conatus et la multitude désignent ici un paradigme immanent de régulation dans lequel la tenue du collectif dépend des affects, des puissances d’agir et des compositions mouvantes d’une pluralité de singularités interdépendantes.
L’ordre n’y est pas conçu comme application d’une norme transcendante, mais comme résultante toujours instable de puissances, d’affections et de compositions plus ou moins viables.
Ancrage théorique minimal
Chez Baruch Spinoza, le conatus désigne l’effort par lequel chaque être persévère dans son être. Il ne s’agit pas d’une simple volonté subjective, mais d’une dynamique ontologique fondamentale : chaque mode d’existence tend à maintenir et augmenter sa puissance d’agir, en fonction des affects qui le traversent.
Les affects jouent ici un rôle central. Ils modulent la puissance d’agir : certains augmentent cette puissance (joie), d’autres la diminuent (tristesse). La régulation ne se comprend donc pas d’abord en termes de norme ou de loi, mais en termes de composition affective et de variation de puissance.
Chez Antonio Negri, la notion de multitude désigne une pluralité de singularités irréductibles à une unité souveraine. Contrairement au peuple, qui suppose une forme d’unification politique, la multitude reste multiple, hétérogène et traversée de tensions. Elle est capable de produire du commun sans passer nécessairement par une centralisation étatique.
L’intérêt de ce paradigme tient à ce qu’il permet de penser une régulation immanente : l’ordre collectif émerge de la composition des puissances individuelles et collectives, sans fondation transcendante ni instance souveraine unique.
L’usage archicratique de ce cadre retient cette puissance d’analyse des dynamiques affectives et relationnelles, mais la déplace vers une question spécifique : comment ces variations de puissance deviennent-elles observables, qualifiables, discutables et transformables dans des dispositifs concrets de régulation ?
Distinction
Ce paradigme ne renvoie ni à une foule indistincte ni à une spontanéité sans forme.
Le conatus ne se réduit pas à une simple intention individuelle, mais s'étend à une dynamique de persévérance et de variation de puissance inscrite dans des relations. La multitude ne se résume pas en agrégat chaotique, mais se décline en une pluralité structurée par des interdépendances, des conflits, des alliances et des compositions.
La régulation y est immanente, affective et relationnelle : elle procède de la manière dont les puissances s’ajustent, se renforcent ou s’entravent.
Il se distingue ainsi du Décisionnisme souverain, qui recentre l’ordre dans l’acte de trancher, et de l’Exception souveraine, qui fait de la suspension un point culminant de tenue.
Fonction dans le paysage théorique
Ce paradigme permet de penser :
- les dynamiques affectives du collectif ;
- la variation des puissances d’agir ;
- les compositions et recompositions de la multitude ;
- la conflictualité interne des rapports de force ;
- l’émergence d’ordres sans fondation transcendante centrale.
Rapport à l’archicratie
L’Archicratie trouve dans ce paradigme une ressource décisive pour penser la régulation comme organisation de tensions réelles entre puissances relationnelles et affectives.
Il permet notamment de comprendre que toute régulation repose sur des équilibres instables de puissances, et que la viabilité dépend de la manière dont ces puissances peuvent coexister, s’ajuster et se transformer.
Mais l’archicratie introduit une exigence supplémentaire. Là où le paradigme du conatus et de la multitude insiste sur l’immanence des dynamiques, l’archicratie demande par quelles architectures ces dynamiques deviennent :
- observables ;
- qualifiables ;
- transmissibles ;
- discutables ;
- révisables.
Autrement dit, le paradigme éclaire la production immanente de la cratialité ; l’archicration cherche les conditions dans lesquelles cette cratialité peut être exposée sur une scène d’épreuve.
Limite archicratique
Le gain du paradigme est sa capacité à penser la puissance des dynamiques immanentes et affectives sans les réduire à une instance souveraine.
Mais, du point de vue archicratique, il laisse une difficulté ouverte : une variation de puissance, un affect collectif ou une dynamique de multitude peuvent produire des effets très réels tout en restant difficiles à objectiver, à attribuer ou à traiter politiquement.
La question devient alors : comment passer d’une dynamique immanente de puissance à une régulation capable de se rendre visible, de se justifier et de se transformer collectivement ?
C’est précisément là que l’archicratie se distingue. Elle ne nie pas l’immanence ; elle cherche à en construire les conditions de comparution.
Références minimales
- Baruch Spinoza, Éthique, 1677.
- Antonio Negri, L’Anomalie sauvage, 1981.
- Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, 2000.
- Michael Hardt et Antonio Negri, Multitude, 2004.