diff --git a/src/content/archicratie/prologue.mdx b/src/content/archicratie/prologue.mdx index 5ddd4f6..30e0ca8 100644 --- a/src/content/archicratie/prologue.mdx +++ b/src/content/archicratie/prologue.mdx @@ -21,8 +21,7 @@ Le terme n’est pas trivial. Il ne s’agit pas simplement d’une viabilité p La *co-viabilité* ne désigne ni un état d'équilibre, ni une finalité normative. Elle nomme un état dynamique et instable, dans lequel un monde — société, milieu technique, formation historique — tient non pas par homogénéité ou harmonie, mais parce qu'il parvient à réguler ce qui le menace sans se détruire lui-même. Il compose entre des éléments hétérogènes — forces d'inertie et d'innovation, attachements profonds et ruptures nécessaires — sans chercher à les unifier. C'est cette disposition active, faite de compromis fragiles et d'ajustements toujours révisables, que nous tenons pour première, et non dérivée. -Ce qui revient à dire que la question politique — au sens fort — n'a peut-être jamais été qui commande ? Mais bien plus : *Comment un ordre tient-il malgré ce qui le défait ?* *Quels sont les dispositifs qui permettent à une société de ne pas se désagréger sous l'effet de ses propres contradictions ?* *Comment sont régulées les tensions qui traversent le tissu du monde commun sans le déchirer ?*\ -Cette bascule de perspective prolonge des intuitions anciennes. Max Weber (*Économie et société*, 1922) rappelait que ce qui fait tenir un ordre, ce n'est pas seulement la force ou la loi, mais les « chances de validité » socialement reconnues. Norbert Elias (*La dynamique de l'Occident*, 1939/1975) montrait, quant à lui, que les sociétés se maintiennent par des équilibres toujours précaires entre interdépendances, rivalités et pacifications. Notre démarche s'inscrit dans ce sillage : travailler cette interrogation sur les *conditions de viabilité d'un monde commun*. +Ce qui revient à dire que la question politique — au sens fort — n’a peut-être jamais été qui commande ? Mais bien plus : Comment un ordre tient-il malgré ce qui le défait ? Quels sont les dispositifs qui permettent à une société de ne pas se désagréger sous l’effet de ses propres contradictions ? Comment sont régulées les tensions qui traversent le tissu du monde commun sans le déchirer ? Cette bascule de perspective prolonge des intuitions anciennes. Max Weber (Économie et société, 1922) rappelait que ce qui fait tenir un ordre, ce n’est pas seulement la force ou la loi, mais les « chances de validité » socialement reconnues. Norbert Elias (La dynamique de l’Occident, 1939/1974) montrait, quant à lui, que les sociétés se maintiennent par des équilibres toujours précaires entre interdépendances, rivalités et pacifications. Notre démarche s’inscrit dans ce sillage : travailler cette interrogation sur les conditions de viabilité d’un monde commun. Ce changement de perspective implique une rupture profonde dans la manière même de poser la question politique. Pendant des siècles, les sociétés ont pensé le politique à partir de principes transcendants — Dieu, Nature, Volonté générale, Pacte social. Ces principes, supposés extérieurs aux conflits du présent, garantissaient l'ordre en surplomb. Comme le rappelle Michel Foucault, il n'y a pas de principe extérieur au jeu des forces : seulement des rapports de pouvoir situés, modulés, réversibles. C'est précisément cette exigence — trouver dans les relations elles-mêmes les ressources nécessaires pour maintenir des mondes vivables — qui définit notre époque.